Abonné

Séisme Comment le drame japonais va rejaillir sur l’agriculture mondiale

- - 6 min

Une cause supplémentaire de volatilité des cours, des incertitudes sur les marchés de la viande, une relance possible des opportunités liées aux énergies renouvelables… le drame japonais va peser lourd, également, sur les marchés et les politiques agricoles. Le 14 mars, les cours des matières premières non transformées ont chuté. Une suspension partielle des importations japonaises a fait baisser les cours du maïs et du colza, deux produits dont le Japon est le premier importateur mondial. Les productions américaines et australiennes sont les plus touchées par l’enrayement de l’économie japonaise qui constitue un débouché important pour leurs produits agricoles notamment. Cependant, la reprise pourrait être d’autant plus soutenue, qu’une partie des stocks japonais en céréales a été détruite et devra donc être à nouveau contractée sur les marchés internationaux. De plus, si les infrastructures côtières de transformation, que ce soit les usines d’aliments pour animaux ou les raffineries, ont été détruites, le Japon aurait des réserves de devises suffisantes pour importer des marchandises raffinées.

«La semaine dernière, avant le séisme au Japon, les cours des céréales et des oléagineux avaient enregistré des baisses de 5 à 11% », a expliqué Luke Mathews, analyste en matières premières agricoles pour la Commonwealth Bank of Australia. Selon lui, une baisse additionnelle de 2 à 3% des cours sur les marchés agricoles a été observée tout de suite après la catastrophe japonaise. Le Japon, premier importateur mondial de maïs, de canola (colza) et de porc, avec respectivement 18%, 24% et 21% de parts de marché, connaît des difficultés logistiques pour importer et devrait réduire le rythme de ses achats à l’international sur les prochains mois.

Des difficultés logistiques avérées dans le nord du Japon

« L’importation mensuelle de maïs à destination de l’alimentation animale chuterait de 8% après la destruction d’usines au nord du Japon », a signalé l’agence Dow Jones Newswires. « La destruction des ports du nord va rendre difficiles le déchargement et le transport des importations japonaises », déclarait Tommy Hamamoto, directeur de l’US Grain Concil au Japon. Ceci montre bien les difficultés logistiques que risque de connaître le nord du Japon dans les prochains mois. De plus, selon le cabinet de conseil en agriculture AgRessource, le tsunami aurait réduit de 15 à 20% les capacités de stockage de céréales au Japon. Ainsi, les importations de maïs du pays sont attendues en recul de 500 000t à 1Mt. Selon la firme de courtage FC Stone, « les ports endommagés par le tsunami traitaient 17% des besoins d’importations d’aliments composés pour animaux au Japon. Une activité directement liée aux élevages de volailles de la région ».

Les retraits des fonds entraînent les cours à la baisse

« Suite au tsunami, les opérateurs financiers en matières premières, y compris agricoles, ont d’abord parié sur un ralentissement de l’économie mondiale pendant quelques semaines, mais maintenant les inquiétudes porteraient sur quelques mois », a indiqué un courtier. Selon lui, les fondamentaux bougent peu, et restent tendus, mais l’aggravation nucléaire de la crise nippone devrait allonger la durée de ralentissement de l’économie du pays, la troisième mondiale. Le courtier conclut sur un effet inverse des fondamentaux des marchés pour expliquer les baisses actuelles. A la mi-journée, le 15 mars, des reculs des cours de 9,75€/t pour le colza, de 6,5€/t en maïs et de 7 à 8/t en blé ont été enregistrés sur la bourse Euronext. Cependant, d’ici six à douze mois le retour aux achats sur les marchés mondiaux du Japon pourrait faire repartir fortement la demande en matière première, indique le courtier, en soulignant que les ports de livraison au sud du pays sont toujours opérationnels.

Une reprise des cours amorcée qui pourrait être forte

Déjà, dans le sillage des bourses européennes, les cours des matières premières agricoles avaient regagné du terrain jeudi 17 mars sur les places asiatiques et américaines. Cette évolution pourrait être liée à un repositionnement des fonds suite aux fortes baisses enregistrées récemment. « Les fonds sont à découvert pour des produits comme le blé », signale d’ailleurs Mike Mawdsley, analyste pour Market one, une société de management du risque en agriculture. « Si les fonds amorcent leur retour sur les marchés à terme, les fondamentaux sont de toute façon haussiers et un retour de la demande pourrait enflammer les cours à nouveau », a indiqué Jonathan Watters, analyste pour le courtier américain Benson Quinn Commodities. Selon lui, entre les sécheresses touchant les plaines du sud des Etats-Unis, inquiétant les opérateurs sur les cultures de blé de force Red Winter, et l’humidité freinant les semis de blé de printemps dans le Dakota, les fondamentaux devraient rester tendus. Du côté du soja, les pluies retardant les récoltes au Brésil ont aussi tendance à soutenir les cours.

Un ralentissement qui ne devrait pas durer

« Le Japon est un pays dont la résilience (capacité de rebondir, NDLR) est forte et qui dispose d’importantes réserves d’actifs financiers », a indiqué Martin Wolf dans le Financial Times. Selon la banque d’investissement Goldman Sachs, le coût total des destructions des bâtiments et des usines au Japon atteindrait les 198Mds$, soit 4% du PIB, ce qui au final est une somme relativement modeste pour l’économie japonaise. De plus, un yen fort, suite notamment aux rachats de leur devise par les Japonais en manque de liquidités, facilite les achats japonais sur les marchés extérieurs, rendant les produits libellés en dollars plus abordables. Enfin, selon Mickael Callahan, directeur général des opérations internationales de l’US Grains Council, « aucun envoi de céréales en direction du Japon n’a été annulé pour le moment depuis les Etats-Unis ». Il signale aussi que les éleveurs essaient de couvrir leurs besoins. Cependant, pour Mickael Callahan, « l’effet sur le commerce des grains en direction du Japon n’est pas encore complètement cerné puisque actuellement les priorités concernent les opérations de secours et de déblaiement ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.