Le Réseau action pour le climat et la Société française de nutrition plaident pour un « PNNS-climat », face au retard pris par la France sur la littérature scientifique et sur ses voisins pour intégrer les enjeux environnementaux aux recommandations nutritionnelles. Les deux organisations appellent à manger moitié moins de viande pour réduire de 35 % l’impact carbone de l’alimentation. Elles proposent deux régimes types.
Dans une étude diffusée le 20 février, le Réseau action pour le climat (RAC) et la société française de nutrition (SFN) appellent à faire évoluer le programme national nutrition santé actuel (PNNS 4, qui couvre la période 2019-2023) en « PNNS-climat ». Les deux organisations appellent aussi à inscrire ce nouveau projet dans la future stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc), attendue depuis plus de cinq mois.
Dans leur rapport, les auteurs pointent deux principaux écueils du PNNS 4, pourtant « boussole » des pratiques alimentaires et de l’activité physique des Français depuis 2001. Le premier écueil est « un écart significatif » entre les recommandations de consommation de viande du programme national et celles de la littérature scientifique sur les régimes alimentaires durables. Les auteurs du rapport ont comparé les modèles et scénarios prospectifs compatibles avec les objectifs de la France d’atteindre la neutralité carbone et de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 46 % en 2050, conformément à la stratégie nationale bas carbone (SNBC-2).
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Ces scénarios (régime planétaire d’Eat Lancet, scénario Afterres 2050 de Solagro, scénario TYFA-GES de l’Iddri, scénario Pulse fiction du WWF, scénarios Transition(s) 2050 de l’Ademe) « convergent » vers la nécessité de diminuer la consommation de viande « de l’ordre de 50 % pour que la France respecte ses engagements climatiques », indique l’étude. En effet, le PNNS recommande de limiter la consommation de viande à 650 g/semaine (dont viande transformée, et hors volaille) quand le régime planétaire de l’anthropocène du Eat Lancet, qui aligne les objectifs de santé et de climat (voir notre interview dans Agra hebdo n°3913), préconise de consommer jusqu’à 300 g/semaine (dont volaille).
Retard sur quinze pays
Le deuxième écueil est le « retard » de la France sur quinze pays qui prennent en compte les enjeux environnementaux dans leurs recommandations de consommation de chaque catégorie d’aliment. Ces pays sont majoritairement européens (Belgique, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, Grèce, Italie, Norvège, Pays-Bas, Suède) mais pas seulement (Australie, Chine, Colombie, Mexique, Nouvelle-Zélande).
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Parmi ces quinze pays, huit ont actualisé leur guide alimentaire relativement récemment, c’est-à-dire depuis 2018. Dans ces huit pays, la recommandation de viande rouge et transformée « oscille entre 100 et 500 g » par semaine, et un « nombre croissant » d’entre eux recommande de limiter la consommation de viande de volaille, ce qui n’est pas le cas de la France, résume une synthèse du rapport.
Au-delà de ce double constat, l’étude affirme « qu’il est possible de réduire de 50 % la consommation de viande tout en satisfaisant l’adéquation nutritionnelle et sans avoir recours à des produits enrichis ou à des supplémentations ». Cette diminution de moitié des produits carnés « conduirait à une réduction de l’impact carbone de l’alimentation […] comprise entre -20 % et -50 % », affirment les auteurs qui estiment que « placer le curseur à -35 % de l’impact carbone » serait « un bon compromis ».
Dans cette optique, ils distinguent deux « diètes modélisées » parmi dix-sept testées avec le bureau d’études MS Nutrition. Ces deux scénarios alimentaires préconisent une consommation de viande limitée à 450 g par semaine (dont volaille, charcuterie et autres viandes transformées…), contre 870 g/semaine dans le scénario de référence observé en 2015. L’un prévoit trois produits laitiers par jour, l’autre deux ; mais tous deux voient augmenter fortement la consommation de fruits et légumes et de produits céréaliers complets en lieu de raffinés. Pour pallier la baisse de protéines animales, l’étude recommande une consommation quotidienne de « deux petites poignées de fruits à coque non salés, soit 25 à 30 g par jour en privilégiant les noix » (contre 2 g/jour dans le scénario de référence), et une consommation de légumineuses « de 65 à 100 g par jour » (contre 8 g/jour en 2015).
La France reste timide en termes de recommandations nutritives
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