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Comment rendre la filière laitière attractive

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Le renouvellement des générations en agriculture, sempiternel casse-tête que tente de résoudre la filière laitière qui fait face à de fortes difficultés de recrutement tant dans la production que pour la transformation et même la distribution. Remplacement, innovation et communication positive sont autant de solutions pour attirer de nouvelles recrues.

« Il y en a plein de petits enfants qui ont envie de faire ce métier d’éleveur laitier. Comment faire pour qu’ils gardent l'envie d’avoir envie ? », résume Daniel Perrin, fraîchement élu secrétaire général de la FNPL (producteur de lait, FNSEA) lors du congrès du syndicat qui s’est tenu à Cherbourg les 11 et 12 mars.

Le renouvellement des générations en agriculture, et particulièrement en élevage laitier où les contraintes horaires sont plus fortes qu’ailleurs, est un challenge que doit rapidement relever la filière laitière. Et il n’y a pas que le maillon production qui manque d’attractivité. C’est bien la filière dans son ensemble qui peine à recruter. Au total ce sont près de 15 % des annonces en CDI ne sont pas pourvues dans la filière laitière.

« Il y a un quasi-rejet des métiers des secteurs agricole et de l’industrie alimentaire », explique Fabienne Gomant, directrice adjointe du département opinion de l’Ifop, lors d’une présentation au Salon de l’agriculture d’une étude commandée par l’interprofession laitière sur la perception des métiers du lait par les jeunes de 15 à 25 ans.

Malgré ce constat implacable, des pistes de réflexions s’ouvrent. « Ce qui rend attractif la filière laitière, c’est de faire perdurer un savoir-faire, l’utilité sociale du métier qui fait sens », explique-t-elle. Le niveau d’autonomie pour l’élevage est également un critère qui apparaît « comme atout à valoriser auprès des jeunes générations ».

Innovation, remplacement, communication

Alors, pour attirer plus de jeunes dans les métiers du lait, quelques pistes émergent. La première mise en avant lors du congrès de la FNPL sont les nouvelles technologies.

« Il est évident que les nouvelles technologies contribuent à l’attractivité des nouvelles générations », s’enthousiasme Benoit Rubin, chef service économie de l’exploitation à l’Idèle. Si le robot de traite vient spontanément en tête, de très nombreuses technologies et start-up se développent pour aider l’éleveur au quotidien.

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Par exemple, afin de contrer les troubles musculosquelettiques, la MSA de Normandie a mis en place un projet d’exosquelette. Après seulement un mois, l’expérimentation a malheureusement été abandonnée du fait d’inconvénients trop forts en termes de sécurité, de mobilité et de flexibilité dans les tâches à réaliser. Mais elle démontre l’effervescence dans la filière pour apporter une meilleure qualité de vie au travail.

Les vacances, ou plutôt leur absence, pèsent également sur l’attractivité de l’élevage laitier. Là encore, des initiatives apparaissent. La coopérative fromagère Jeune Montagne a mis en place un service de remplacement où elle prend en charge 50 % des vingt premiers jours de remplacement. Le reste à charge pour l’éleveur est alors de 60 euros par jour.

Communiquer autrement et plus positivement semble aussi nécessaire. « Il faut aussi dire quand cela va bien. Nos propres fils ne veulent pas reprendre nos fermes. Laissons place à ces discours enthousiastes de ces jeunes qui viennent s‘installer par passion, prêche Christiane Lambert, présidente de la FNSEA en clôture du congrès de la FNPL. Ne soyons pas que porteurs de mauvaises nouvelles. »

« Il y a un quasi-rejet des métiers des secteurs agricole et de l’industrie alimentaire »

La coopération agricole quelque peu malmenée au congrès de la FNPL

La FNPL (producteurs de lait, FNSEA) tenait son 76e congrès à Cherbourg les 11 et 12 mars et le sujet de la coopération agricole est souvent revenu dans les discussions. Leurs représentants ont dû essuyer quelques huées, restées malgré tout timides. « Depuis le début de nos travaux, la coopération est interpellée sur son rôle et l’application de la loi Egalim », observe Thierry Roquefeuil, président du syndicat. « Je demande aux coopératives de se mettre au travail pour que les indicateurs de coût de production soient intégrés [au calcul du prix payé aux producteurs]. Si nécessaire, il nous faudra un médiateur », prévient-il. Arguant que la FNPL est un « syndicat économique », il assure vouloir éviter de revenir aux « stériles querelles de clocher » et aux anciens modes d’action, comme les « déversements de lisier ». « Ce que l’on attend de vous maintenant, ce sont des actes », renchérit Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL. Alors, quand le sujet de l’attractivité a été mis sur la table, Pascal Brun, président de la branche métier Lait de vache conventionnel de la coopérative Agrial n’a pas hésité à répliquer face aux syndicalistes : « Forcément, si on dit tous les jours que ça va mal, on ne va pas attirer des jeunes. »