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Comment un projet d’agrivoltaïsme a perdu sa vocation agricole

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Dix ans après son installation dans le Maine-et-Loire, un projet d’agrivoltaïsme sur serre a finalement perdu sa vocation agricole. Si la production d’énergie se poursuit, les serres photovoltaïques de 5,5 hectares n’abritent plus aucune production de fruits et légumes depuis 2017, au grand dam de la Confédération paysanne. Un appel à candidatures a été lancé par les propriétaires du foncier pour trouver un nouvel exploitant agricole.

La Confédération paysanne du Maine-et-Loire était reçue le 20 décembre par la préfecture pour aborder l’épineux dossier des serres photovoltaïques de Bourgneuf-en-Mauges. Ce site, qualifié de friche industrielle par le syndicat, avait été inauguré en 2011. Il avait pour but de produire jusqu’à 200 tonnes de fraises sous 12 000 panneaux photovoltaïques. À l’époque, l’agrivoltaïsme en était à ses balbutiements et la SARL Vergers de Marottière était vue comme une exploitation exemplaire. « J’avais interrogé la DDE et la chambre d’agriculture qui avaient donné des avis favorables », se souvient Jacques Réthoré, l’ancien maire de Bourgneuf-en-Mauges. Dix ans plus tard, les panneaux photovoltaïques produisent toujours de l’électricité, mais aucune production agricole n’est sortie des serres depuis quatre ans. « La production de fraise s’est arrêtée en 2017. Sur l’ensemble du projet, ce sont 11 ha viabilisés, dont 5,5 ha de serres, qui ont perdu leur vocation agricole », fulmine Alain Guiffès, porte-parole de la Confédération paysanne du Maine-et-Loire. Interrogée sur la rencontre avec le syndicat, la préfecture a répondu à Agra Presse que « l’attention de l’État va se porter sur le devenir de l’exploitation agricole ». Insuffisant, répond le syndicat.

Dès le lancement du projet, le permis de construire stipulait que la production d’énergie devait être obligatoirement couplée à la production agricole. « C’est moi qui avait ajouté cette clause », précise le maire Jacques Réthoré. Suite à une mobilisation de la Confédération paysanne en juin, Leonidas Associates France, la filiale française du fonds d’investissement allemand Leonidas Group, actuel propriétaire des installations de production d’énergie et du foncier, a lancé un appel à candidatures pour trouver un nouvel exploitant. Mais l’ancien élu comme le syndicat ont du mal à y croire. « Au début du projet, je ne mettais pas en doute leur parole, mais plus le temps passe et plus j’ai l’impression qu’il y a un discours mais les actes ne suivent pas », regrette Jacques Réthoré. Il insiste sur le fait que l’installation bénéficie des tarifs de rachat de l’électricité avant 2012 à plus de 40cts/kwh. « C’est de l’argent public qui va directement à une entreprise allemande », interpelle-t-il.

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Un jeu d’achat/revente des installations

La situation actuelle sans production agricole est le résultat d’un ménage à trois entre Régis Guiet, le producteur à l’origine du projet, GlobalEcopower, l’entreprise qui a conçu les serres et Leonidas Associates France, le fonds d’investissement allemand actuel propriétaire. « GlobalEcopower a revendu les installations à Léonidas dès que le projet a été concrétisé », se souvient l’élu. Il s’est ensuite avéré que l’installation avait été mal conçue. Pour ne pas gêner la production d’énergie, le producteur avait signé un document limitant l’ouverture des ouvrants d’aération en toiture à un certain pourcentage. « Ce n’était pas suffisant pour la production de fraise. Nous avons rencontré Leonidas Associates France pour en discuter, mais nos interlocuteurs refusaient de revenir sur ces chiffres », rapporte Jacques Réthoré. En 2017, Régis Guiet est reconnu invalide par la MSA et la production s’arrête. En 2019, GlobalEcopower revient pour lancer une production de spiruline dans les serres. Mais la société est rapidement placée en liquidation judiciaire. « Il est tout à fait possible de réinstaller une production agricole. J’ai consulté des serristes qui m’ont confirmé la faisabilité de réaliser des ouvrants dans les murs pour ne pas gêner la production d’énergie », soutient l’ancien maire de Bourgneuf-en-Mauges.

Un ménage à trois qui a mal tourné