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Commerce franco-britannique : 3 Mrd € d’excédent en suspens après le Brexit

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La France est excédentaire de 3 milliards d’euros par an dans ses échanges agroalimentaires avec le Royaume-Uni, indique une étude de FranceAgriMer publiée le 25 juillet. Les modifications de ces termes en raison du Brexit peuvent faire varier cet équilibre, pour l’instant positif. Cette étude expose l’état des forces en présence, dans la perspective de l’invocation par le 10 Downing Street de l’article 50 du Traité de Lisbonne.

Le solde agroalimentaire des échanges entre la France et le Royaume-Uni, « structurellement excédentaire », est positif de 3 milliards d’euros (Mrd €). Le Brexit laissera-t-il intact cet équilibre ? FranceAgriMer vient de mettre en ligne une étude de 75 pages faisant ressortir « les points saillants » des échanges franco-britanniques « sans préjuger des sujets de négociations à venir entre le Royaume-Uni et l’UE ». Le Royaume-Uni est la troisième plus importante destination agroalimentaire française après l’Allemagne et la Belgique. Le premier poste d’exportation est historiquement constitué par les vins (pour environ 1,2 Mrd €), suivi des produits laitiers et particulièrement des fromages (500 millions € - M€), puis des préparations à bases de céréales (près de 400 M€, avec les biscuits et pains spéciaux, etc.). Deux postes sont déficitaires : les poissons et crustacés, pour environ 450 M€, et les viandes, pour un peu plus de 100 M€. Cette étude comporte treize fiches : vin et spiritueux, lait et produits laitiers, produits de la pêche et de l’aquaculture, céréales et oléoprotéagineux, fruits et légumes, filières ovine, porcine, avicole, bovine, sucrière, filières des biocarburants, des végétaux d’ornement et des plantes aromatiques et médicinales.

Vin : surtout des AOP, peu d’IGP et de vins sans IG

Les vins et spiritueux représentent le tiers des exportations agroalimentaires françaises outre-Manche. Les whiskies représentent la quasi-totalité des importations françaises de boissons du royaume, soit 5 à 6 fois plus que les exportations d’alcools et eaux-de-vie de France vers ce pays. La bonne valorisation des flux exportés vers le Royaume-Uni s’explique par le type de conditionnement, en bouteille (80 % des volumes en 2015), le vrac ne pesant que pour 5 %. Et aussi par les catégories de vins exportés : la France exporte essentiellement des vins AOP (appellation d’origine protégée). Les vins sans indication géographique tranquilles et les IGP (indication géographique protégée) tranquilles ne représentent que, respectivement, 6 % et 7 % des valeurs exportées en 2015.

Les exportations de produits laitiers, deuxième poste excédentaire (de 498 M€ en 2015), sont représentées d’abord par les fromages, puis par les produits ultra-frais. « En 2015, le Royaume-Uni compte pour 10,8 % des exportations françaises de fromages et autant pour les poudres grasses. Le poids des achats britanniques est également significatif pour le beurre (9,5 %). Ce pays est donc un débouché clé pour certains produits laitiers français », commente FranceAgriMer. Ces exportations sont stables globalement sur les cinq dernières années, avec une légère progression des fromages.

Dans le secteur des produits de la mer, la balance des échanges est négative, « pour un montant croissant sur les cinq dernières années ». Le déficit a atteint 388 M€ en 2015.

De plus en plus d’exportations de céréales transformées

Les exportations de céréales françaises vers la Grande-Bretagne sont passées de 100 M€ en 2010 à 150 M€ en 2015. Le pays est exportateur de blé fourrager, mais importateur de blé meunier. La France est son fournisseur historique de maïs, toutefois le maïs bulgare, roumain ou ukrainien « a pris une part très importante » récemment. Plus importantes sont les exportations de céréales transformées : celles des « préparations à base de céréales » sont passées de moins de 400 M€ en 2011 à plus de 500 en 2015, celles de produits de la boulangerie sont passées de 200 à 300 M€ dans le même temps. Cette progression « est surtout le fait de la croissance des exportations de biscuits et produits de la pâtisserie industrielle ».

En graines oléagineuses, la France est passée en cinq ans d’une situation déficitaire (de près de 20 M€ en 2010) à une situation excédentaire (de près de 30 M€ en 2015) : diminution de ses achats de colza anglais, exportation soudaine de soja français outre-Manche en 2015. Les Britanniques sont parmi les principaux clients de la France pour l’huile, notamment de soja et de tournesol.

L’export français de fruits a augmenté ces dernières années, passant de 165 M€ en 2011 à 190 M€ (hors fruits transformés). Concernant les légumes (hors pommes de terre), les échanges sont favorables aux exportations françaises : d’un peu plus de 100 M€ en 2011 à près de 120 M€ en 2015. En pommes de terre, la production française a répondu « particulièrement bien » au marché britannique, surtout les années très déficitaires anglaises de 2012 et 2013.

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Viande bovine : gare à la dévaluation de la livre

En production ovine, le Royaume-Uni, tout juste autosuffisant, est le premier pays exportateur de l’UE. Il est aussi le premier importateur de viande ovine, qui provient principalement de Nouvelle-Zélande. Il importe des produits congelés à moindre valeur unitaire alors qu’il vend sur le marché européen des viandes fraîches à plus forte valeur.

En viande porcine, il a un taux d’autosuffisance à peine supérieur à 53 %. Ses fournisseurs sont le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Irlande, la France n’arrivant qu’au 7e rang. Cette répartition des importations « résulte de la stratégie mise en œuvre au milieu des années 1990 par le groupe coopératif danois, Danish Crown, qui cherchait une alternative au marché trop fluctuant du Japon et a ciblé le Royaume-Uni, demandeur de longe légère pour la fabrication de bacon ». Le Royaume-uni est la troisième destination de l’exportation française, après la Chine et l’Italie.

Longtemps premier pays producteur de volailles de l’Union, il a cédé sa place en 2009 à l’Allemagne, puis a rétrogradé en 2014 à la troisième place au profit de la Pologne. La France est pour lui un fournisseur modeste (110 M€), son premier marché étant l’Arabie Saoudite (231 M€).

La France est importatrice nette de produits bovins en provenance d'outre-Manche depuis 2006. Une dévaluation de la livre sterling « pourrait redonner de la compétitivité aux viandes anglaises, dans un contexte de marché interne déjà sous pression. Les exportations françaises pourraient également diminuer », note l’étude.

Sucre et éthanol : le Brexit peut changer la donne

Dans le secteur sucrier, jusque-là réglementé, « le Brexit peut changer la donne de façon significative, pas forcément favorable pour la filière sucre britannique », évoque l’étude. Pour les autres États membres, « l’enjeu serait de négocier un calendrier de sortie synchronisé avec celui de la fin des quotas ». Par ailleurs, une dépréciation durable de la livre « pourrait encourager les appétits de croissance externe des grands sucriers européens ».

Dans le secteur des biocarburants, dont les marchés sont aussi très déterminés par le cadre règlementaire de l’UE, « les enjeux du Brexit pourraient être importants ». Les exportations françaises d’éthanol vers le royaume grand-breton ont triplé entre 2009 et 2015 pour atteindre 228 000 tonnes, « faisant du Royaume-Uni notre premier client en 2015 ».

Le solde des échanges franco-britanniques de végétaux d’ornement « est structurellement excédentaire », avec un solde positif de 7,4 M€ en 2015. Enfin le solde des échanges des plantes aromatiques et médicinales est excédentaire de 8,7 M€ par an, contrairement au solde global du commerce extérieur de la France pour ces produits. Dans cette catégorie, le solde des huiles essentielles est passé de 12 M€ en 2010 à 19 M€ en 2015.