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Commerce international : « guerre de l’acier » et risques de dégâts collatéraux

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Avec sa cohorte de mesures de rétorsion comme celles préparées par l’UE et la Chine, puis d’éventuelles contre-rétorsions, une « guerre de l’acier » déclenchée par le président américain pourrait avoir des conséquences sur les échanges dans d’autres secteurs, dont l’agriculture et l’agroalimentaire.

« Nous pensons que le président signera quelque chose d’ici la fin de la semaine », a déclaré le 7 mars la porte-parole de Donald Trump, Sarah Sanders, après l’annonce du président américain d’imposer 25 % de taxes sur les importations d’acier et 10 % sur celles d’aluminium. Espérant éviter « toute escalade », la Commission européenne a préparé des mesures de rétorsion contre les importations en provenance des États-Unis à hauteur de 2,830 milliards €, dont 951 millions € sur une série de produits agricoles et agroalimentaires.

Représailles

Mais si, à son tour, Washington répond à ces mesures, l’accès au marché américain pourrait être entravé pour d’autres produits de l’UE. « Une guerre commerciale avec les États-Unis mettrait en péril environ 4 Mrd € d’exportations agroalimentaires italiennes, alors que celles-ci ont augmenté de 6 % en 2017 », a ainsi mis en garde l’organisation agricole italienne Coldiretti.

La même inquiétude était perceptible lors d’une conférence sur le secteur de l’olive qui s’est tenue au Parlement européen le 7 mars à Bruxelles. Un secteur déjà touché par des enquêtes anti-subventions et antidumping de Washington sur les importations en provenance d’Espagne (1).

Le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, a prévenu lui aussi que Pékin adoptera « certainement » une « réponse appropriée et nécessaire » face aux éventuelles taxes américaines sur l’acier et l’aluminium.

Des représailles commerciales de la Chine, si elles devaient toucher des produits agricoles importés des États-Unis, pourraient modifier sensiblement les modèles commerciaux actuels, pour le soja par exemple, compte tenu de l’impact de la demande de ce pays au niveau mondial, selon les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca).

Maïs, jus d’orange, bourbon…

Trois actions sont envisagées par la Commission européenne pour répondre à des taxes américaines sur l’acier et l’aluminium : des consultations à l’OMC avec Washington, en concertation avec des pays affectés par ces taxes ; des mesures de sauvegarde, si des produits sidérurgiques en provenance de pays tiers destinés à être exportés vers les États-Unis sont ré-acheminés vers l’UE ; et les rétorsions commerciales déjà préparées.

Ces dernières ciblent notamment des produits en provenance des États américains les plus favorables à Donald Trump.

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Selon le projet de Bruxelles, sur les 951 Mio € d’importations agroalimentaires visées par ces rétorsions, 347 Mio € concernent des produits agricoles – notamment le maïs sauf les semences (131 Mio €), le jus d’orange et les airelles, et le riz - et 604 Mio € des produits transformés – en particulier le bourbon (415 Mio €), le whisky (150 Mio €) et le beurre de cacahuètes.

(1) Voir n° 3631 du 12/02/18

(2) Voir n° 3633 du 26/02/18

(3) Voir n° 3629 du 29/01/18

Alena, négociations bilatérales et TPP en toile de fond

Washington a laissé entendre que le Canada et le Mexique, avec lesquels les États-Unis renégocient l’Accord de libre-échange nord américain (Alena), pourraient être exemptés des taxes sur l’acier et l’aluminium annoncées par Donald Trump. Ce dernier avait, auparavant, lié une telle exemption à la conclusion d’un nouvel Alena « juste ». La 7e session de pourparlers entre les trois pays pour la révision de cet accord voulue par le président américain s’est tenue du 25 février au 3 mars à Mexico, sans permettre de percée importante sur l’agriculture. Certains chapitres, tels celui sur les mesures sanitaires et phytosanitaires ont, en revanche, été bouclés. Les pourparlers doivent reprendre en avril aux États-Unis. Le délai pour les boucler se réduit, l’élection présidentielle mexicaine ayant lieu en juillet et les élections à mi-mandat aux États-Unis en novembre.

Les discussions au sein de l’Alena pèsent aussi sur les négociations commerciales entre l’UE et le Mexique dont le prochain cycle est prévu en avril à Bruxelles (2).

Par ailleurs, les dirigeants des onze pays de la région Asie-Pacifique, dont le Canada et le Mexique, qui ont conclu le 23 janvier un nouveau Partenariat transpacifique – sans les États-Unis de Donald Trump qui s’en sont retirés l’année dernière – devaient se retrouver le 8 mars au Chili pour la signature officielle de ce traité (3).