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Droits de plantation/UE Commission et professionnels du vin en désaccord sur la mission du Groupe sur les droits de plantation

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« La Commission ne peut pas se contenter de simples recommandations et doit au contraire faire des propositions législatives concrètes, qui devront aussi être intégrées dans la réforme en cours de la Politique agricole commune ». Dès la première réunion du Groupe de haut niveau sur les droits de plantation dans le secteur du vin, des divergences sont apparues entre le commissaire européen à l’agriculture, Dacian Ciolos et les professionnels du vin, notamment en ce qui concerne la mission du Groupe de haut niveau, les seconds jugeant les propositions du premier trop timorées.

Pour le commissaire européen, la mission du Groupe est de préparer des « recommandations d’ici la fin 2012 pour alimenter la réflexion de la Commission en parallèle au rapport qu’elle va élaborer sur la mise en œuvre de la réforme de la PAC » (prévu aussi pour la fin de cette année). Pour les professionnels, au contraire, le Groupe de haut niveau doit aller « au-delà de simples recommandations et présenter des propositions législatives, propositions qui devront impérativement être incluses dans la réformes en cours de la Pac ». « J’attends du Groupe des recommandations d’ici à la fin de l’année. Elles permettront de nourrir la réflexion de la Commission, en parallèle au rapport sur la mise en œuvre de la réforme qui sera également présenté d’ici à la fin de l’année. Si je vois qu’il y a des arguments forts et des solutions innovantes et durables qui nécessitent des ajustements, je prendrais mes responsabilités». Ces phrases du commissaire à l’agriculture, Dacian Ciolos, le 19 avril à Bruxelles, à l’ouverture de la première réunion du Groupe, ont littéralement douché les espoirs des professionnels du vin présents.

Aller au-delà de simples recommandations
Riccardo Ricci Curbastro, président de la Fédération européenne des vins d’origine (Efow en anglais) a répliqué sans ambages aux propos du commissaire : « Nous souhaitons rester constructifs et nous ferons des propositions précises dans ce Groupe. Mais la Commission européenne ne peut pas se contenter de simples recommandations et devra apporter des réponses concrètes et à court terme, c’est-à-dire dans le cadre de la réforme en cours de la Politique agricole commune ». Celui-ci a fait remarquer que, contrairement à ce qui s’est passé dans le secteur du lait avec le Groupe de réflexion de haut niveau sur le lait, « aucune obligation de résultat n’a été assignée au Groupe de haut niveau sur les droits de plantation » alors que les débats sur le lait « ont débouché sur des propositions législatives et non pas seulement des recommandations ». Pour Riccardo Ricci Curbastro, la Commission se doit de faire preuve « d’écoute et de respect lorsque 15 États membres (1) – 69 % de la population et représentant 99 % de la production de vin – sans compter les avis du Parlement européen se sont prononcés en faveur du maintien des droits de plantation après 2015.
« La Commission serait mieux inspirée de répondre aux inquiétudes avec des propositions concrètes ». Le patron d’Efow conteste également l’analyse économique défendue par la Commission. Il rappelle que si l’Australie, autrefois citée comme « le » modèle d’organisation en 2008 lors de la dernière réforme du secteur viticole, ne l’est désormais plus : « Elle qui a planté massivement connaît actuellement une crise sans précédent et se voit contrainte aujourd’hui de procéder à des arrachages de vigne ». Riccardo Curbastro s’étonne par ailleurs qu’alors que l’Union « vient de dépenser en trois ans plus d’un milliard d’euros pour l’arrachage de plus de 150 000 hectares de vigne, la Commission veut libéraliser totalement la plantation de vignes sur l’ensemble du territoire, c’est de la folie ! ».

Les positions commerciales de l’UE sont menacées selon la Commission
« Si l’UE est le numéro un de la qualité, le numéro un en quantité, le numéro un en création de valeur et le numéro un des exportations, ses positions sur les marchés sont, d’une part, contestées aujourd’hui par les vins étrangers et, d’autre part, fragilisées par les changements dans les habitudes de consommation des Européens ». Dacian Ciolos, s’est voulu pédagogue en essayant de placer les professionnels du vin devant leurs responsabilités. Des exemples ? Il donne celui du Royaume-Uni « où les vins européens sont désormais au coude à coude avec les vins du Nouveau Monde ». La Chine? Si elle est certes un grand importateur, « c’est aussi, potentiellement un acteur sur ce marché, y compris avec des entreprises européennes qui investissent ». Quant au Chili, celui-ci prévoit « d’augmenter de 10% par an ses exportations de vin d’ici à 2020 et de planter 100 000 hectares de vignes ». Le commissaire se plaît à souligner que dans le même temps, en Europe, « le vignoble européen, lui, recule: - 14% en Espagne et en Italie, - 11% en France depuis 10 ans ». Et se voulant légèrement perfide, le commissaire rappelle que « ce sont la plupart du temps des capitaux européens qui contribuent au développement du vignoble mondial ». Le plus inquiétant pour le commissaire serait l’attitude des consommateurs européens qui ont changé et sont « plus curieux, plus volatils et plus rapides à aller vers les nouveaux grands marchés de consommation ».

Deux dossiers parallèles selon Dacian Ciolos
À ceux qui lui reprochent d’isoler le problème des droits de plantation de la réforme en cours de la PAC, le commissaire Ciolos répond : « L’avenir de toute une filière ne se décide pas entre 2 et 3 heures du matin, pour décrocher un accord plus général sur la Politique agricole commune. Au final, cela ne fait pas une politique cohérente à long terme. Nous devons définir notre approche horizontale, avec la réforme de la PAC après 2013, et, de façon parallèle, des approches sectorielles. L’approche de filières garde toute sa pertinence ». Pour lui « nous devons faire bien attention de donner de véritables perspectives à la viticulture européenne et de vivre dans le présent et se projeter vers l’avenir, non pas rester avec les yeux tournés vers le passé. Nous n’allons pas construire l’avenir de la filière viticole avec des outils des années 70 qui ont montré leurs limites. D’un côté, vous le savez très bien, les droits tels qu’ils fonctionnent– je dis bien tels quels – n’empêchent ni la surproduction, ni la sous-plantation ». Avant de conclure sur la mission telle qu’il l’a conçoit du GHN: « Avec le groupe à haut niveau, nous devons aller au-delà des déclarations politiciennes et simplistes. Nous avons besoin d’une évaluation réaliste de ce que peut être ou pas un système de gestion des surfaces, compte tenu de la réalité des marchés d’aujourd’hui. Et nous devons avoir en permanence en tête deux défis : le défi de la qualité du vin et le défi du revenu des viticulteurs. Nous devons avoir une vision nouvelle, moderne, du rôle des pouvoirs publics et des organisations professionnelles dans la gestion des marchés. D’ici au mois de novembre, nous avons une responsabilité collective pour préparer l’avenir du secteur viticole européen, préserver son excellence, mais aussi consolider ses perspectives d’avenir. A vous, aussi, de vous montrer créatifs et innovants pendant les prochains mois pour que le secteur puisse saisir toutes les opportunités et concilier qualité, durabilité, compétitivité et valeur ajoutée pour les producteurs. »

(1)France, Allemagne, Italie, Chypre, Luxembourg, Autriche, Hongrie, Portugal, Roumanie, Tchéquie, Grèce, Espagne, Slovaquie, Slovénie et Bulgarie.

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