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Philippe Dewolfs, spécialiste du compostage chez Tüv Austria Compostage à domicile des étiquettes : « C’est technologiquement un challenge »

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Philippe Dewolfs est responsable de la certification à la branche belge du bureau certificateur autrichien Tüv Austria. Il a lancé la première certification européenne de compostage à domicile, "Ok compost home", en 2003. Il revient sur la genèse de ce label, et sur les enjeux techniques et réglementaires du compostage à domicile pour les étiquettes à coller directement sur les fruits et légumes.

Comment Tüv Austria en est venu à être pionnier du compostage domestique ?

Dans les années 90, nous avions été sollicités par la ville d’Anvers qui souhaitait faire la collecte de déchets verts dans des sacs compostables. Cette demande découlait de la directive européenne 94/62/CE qui prévoyait, entre autres, la collecte de déchets de jardins par les communes ou par les villes. C’est ainsi qu’en 1995, nous avons lancé le label "Ok compost industrial" pour le compostage en centre de compostage industriel. Ce label (NDLR. Tüv Austria en compte six (1)) était basé sur ce qui allait devenir la norme européenne EN 13432, norme de référence pour le recyclage organique qui a vu le jour en l’an 2000.

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Mais le problème du compostage industriel est qu’il nécessite des installations de compostage et un système de collecte. Nous avons pensé qu’il serait intéressant de pouvoir contourner ces freins en permettant aux particuliers de composter au fond de leur jardin. C’est ainsi que nous avons créé le label "Ok compost home" en 2003: en adaptant la norme EN 13432 à une situation de compostage à domicile.

En quoi la certification de compostage à domicile est-elle différente du compostage industriel ?

On a doublé le temps de désintégration et de biodégradation par rapport à la norme EN 13432, car ce processus se déroule à température ambiante. Dans des conditions de test en laboratoire, il faut que le produit se désintègre à 90 % dans les six mois, à environ 25 degrés. De plus, il ne faut pas de contamination visuelle : vous ne pouvez pas avoir un compost contenant des étiquettes reconnaissables à l’œil nu, même si elles font partie d’un emballage qui s’est biodégradé à 90 %. En revanche, nous avons conservé les mêmes critères sur l’écotoxicité, les métaux lourds et le fluor qu’en compostage industriel.

Quels produits certifiez-vous ?

Nous certifions trois groupes de produits : les matières de base (ex : résines, biofibres composites..) ; les intermédiaires, composants et constituants généralement utilisés en B2B (encres, colorants, masterbatch, films non imprimés, colles, certaines étiquettes) ; et les produits finis (sacs et sachets, ustensiles de restauration comme les gobelets et la coutellerie, emballages alimentaires et non-alimentaires, articles pour le jardin et l’agriculture). A l’heure actuelle, les étiquettes pour fruits et légumes sont dans la sous-catégorie "autres" du groupe des produits finis. Cela dit, nous sommes en train de réviser la classification car nous avons beaucoup de demandes liées à de nouveaux produits (capsules de café par exemple).

Certifiez-vous beaucoup d’étiquettes "Ok compost home" pour fruits et légumes ?

Peu d’étiquettes pour fruits et légumes sont certifiées car c’est technologiquement un challenge. En effet, les adhésifs ne se biodégradent pas facilement à basse température. Ce n’est pas lié au fruit ou au légume mais aux matériaux utilisés pour l’étiquette. Au total, nous avons émis plus de 1 300 certificats Ok compost home dont une grosse partie en lien avec l’agroalimentaire.

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Prenons l’exemple d’un sac pour fruits et légumes en vrac. Un certificat correspond à un modèle de sac dont nous précisons la portée (épaisseur, dimensions, couleur, pourcentage d’encre utilisé) pour un fabricant donné. Il arrive aussi qu’on délivre un seul certificat pour une famille de produits : pour une gamme de gobelets de tailles différentes par exemple.

La certification "Ok compost home" de Tüv Austria est-elle la seule existante en Europe pour le compostage domestique ?

Ce n’est pas la seule, mais c’est de loin la plus répandue. Il y a également la société allemande Din certco qui a un système de certification pour la compostabilité domestique.

Comment voyez-vous l’interdiction des étiquettes non compostables en compostage domestique en France, dès le 1er janvier ?

Je pense que les discussions continueront à être vives entre ceux qui sont pour ou contre l’interdiction, tant que la loi française ne spécifiera pas ce que signifie le "compostable à domicile" pour les étiquettes. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’une norme n’est jamais obligatoire tant qu’elle n’est pas reprise dans une législation. En France, il existe la norme NF T51-800 (publiée en 2015) pour le compostage à domicile des plastiques. Cette norme a été créée pour répondre à la loi de transition énergétique, selon laquelle les sacs en plastique distribués dans les rayons fruits et légumes doivent être compostables à domicile. Mais cette loi ne mentionne pas les étiquettes, rien n’oblige donc les étiquettes à être conformes avec la NFT 51 800. De plus, cette norme porte sur le plastique, et laisse hors de son champ toutes les étiquettes en papier.

Votre activité de certificateur est-elle en train de se développer sur le marché français vu la loi Agec ?

Le marché français des produits manufacturés compostables est actuellement très fébrile car les signaux envoyés par le gouvernement ne sont pas clairs : manque de précision dans les impositions, définitions floues ou absentes, avenir incertain… Il n’en reste pas moins vrai que l’engouement pour la certification "Ok compost home" est assez général. Pour l’heure, nous n’avons qu’un seul laboratoire agréé "Ok compost home" en France pour faire les tests : le laboratoire Apesa (à Pau, NDLR). Mais il y en a d’autres qui sont dans le pipeline.

« Peu d’étiquettes pour fruits et légumes sont certifiées »

« l’engouement pour Ok compost home est assez général »