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Comprendre les risques climatiques du commerce agricole international

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L’institut de Stockholm pour l’environnement (SEI), cercle de réflexion suédois, publiera d’ici le printemps un outil appelé le Source Index, qui permettra d’identifier les risques climatiques contenus dans les échanges des principales matières premières agricoles.

Jusque-là, le réchauffement climatique demeurait un phénomène statique, réservant ses conséquences les plus dramatiques aux pays en développement. Mais, avec le Source Index que prépare le SEI, il sera possible de comprendre comment ce risque se propage tout au long des chaînes d’approvisionnement du blé, du maïs, du soja, du riz, du sucre de canne ou du café. « C’est une évaluation visant à comprendre comment le risque climatique est intégré dans le produit », résume Kevin Adams, chercheur au SEI.

« Notre première conclusion, c’est que le risque climatique traverse les frontières, peu importe le niveau de développement », poursuit le chercheur. Singapour, un pays au PIB élevé, se retrouve ainsi impliqué dans la relation commerciale la plus à risque au niveau mondial sur le marché du riz, représentée par les 32 Mt annuelles que la cité-Etat importe de Thaïlande. Car dans ce pays, le réchauffement climatique pourrait entraîner des baisses d’export de l’ordre de 35 %. Le producteur de riz le plus exposé aux effets du réchauffement climatique serait cependant le Vietnam, qui exporte des volumes plus limités, mais à destination de nombreux pays.

Un outil pour le développement

Les chercheurs, après avoir étudié les effets des projections climatiques sur les productions agricoles, ont appliqué ces différences de volumes sur les flux commerciaux. « Nous avons choisi le scénario pessimiste, car c’est une évaluation de risque et il nous faut considérer le scénario extrême. C’est également le moyen de refléter les problèmes d’événements climatiques extrêmes, que les modèles actuels ne prennent pas en compte », précise Kevin Adams. Les évaluations publiées à ce stade par le SEI ont donc été réalisées avec le scénario RCP 8,5 du Giec, correspondant à une hausse de température de 2°C à l’horizon 2050.

Les créateurs du Source Index espèrent que l’outil permettra avant tout d’orienter des actions de développement. Appliqué à la Suède, le Source Index indique par exemple que les importations de maïs d’Albanie, ou les importations de riz du Vietnam, font partie des flux les plus à risque. Des éléments qui pourraient justifier le fléchage de fonds suédois pour des actions spécifiques sur ces deux pays.

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« Nos chiffres pourraient même avoir des implications géopolitiques d’ampleur », estime Kevin Adams, décrivant les niveaux de risque chez les géants agricoles mondiaux. Car le réchauffement pourrait mettre en danger les exportations américaines de maïs vers le Canada, ou encore les exportations chinoises de maïs à destination de la Mongolie. « On sait que la Chine utilise le commerce comme un levier d’influence régionale, et ces projections pourraient la conduire à modifier certaines de ses politiques », prévoit Kevin Adams.

Des diversifications difficiles

Le Source Index se penche aussi sur le niveau de risque global des marchés, en comparant le volume de production qui pourrait pâtir du réchauffement à celui qui pourrait en bénéficier. Un indicateur qui, s’il est élevé, pourrait limiter les possibilités de contourner les problèmes d’approvisionnement, comme l’explique Kevin Adams. « Des endroits comme la Russie, ou le Canada pourraient voir leurs productions augmenter et attirer de nouveaux acheteurs. Mais si le risque général sur le marché est très élevé, il sera difficile pour les pays importateurs de diversifier leurs achats. »

« Le risque climatique traverse les frontières »

Difficile de diversifier les achats