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Organisation de l’agriculture Concentrer les filières pour mieux faire face aux marchés

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Réunis lors du colloque « Pour une agriculture et une industrie agroalimentaire conquérantes », le 31 janvier à l’Université Paris-Dauphine, différents acteurs de l’agriculture et de l’agro-industrie française ont discuté des clefs de la compétitivité de ces secteurs. Animée par Philippe Chalmin, professeur d’économie, cette réunion a permis d’aborder les questions d’organisation des filières de productions agricoles en France pour qu’elles puissent mieux faire face à la pression de la grande distribution et de la concurrence.

«Depuis les années 60, en France l’agroalimentaire et les services qui en émanent gagnent des actifs, malgré la baisse du nombre d’exploitations », a tout de suite souligné Xavier Beulin, président de la FNSEA, lors du colloque « Pour une agriculture et une industrie agroalimentaire conquérantes », le 31 janvier à l’Université Paris-Dauphine. « Selon l’Insee, ce sont 3,5 millions d’emplois qui dépendent du secteur agricole et agroalimentaire en France, soit 15% de la population active », a aussi indiqué Xavier Beulin. Selon lui, c’est aussi le secteur qui génère le plus d’excédents commerciaux, 12 Mds€ nets, dans la balance française.

Une place de leader européen à reconquérir

La France, ayant récemment perdu sa première place européenne sur le secteur de l’agroalimentaire au profit de l’Allemagne, réalise que ses compétiteurs, autrefois extra-européens, sont désormais au sein de l’UE. C’est ce qu’a relevé Xavier Beulin, spécialement dans les secteurs utilisant beaucoup de main d’œuvre tels les productions de fruits et légumes ou animales. Il soutient d’ailleurs l’idée du transfert d’une partie des charges sociales vers la TVA, mais pense que la réforme de la « TVA sociale » met du temps à arriver. Il a aussi pointé le fait que la France avait tendance à toujours aller au delà des normes, ce qui, selon Xavier Beulin, a tendance à plomber sa compétitivité. Mais, pour lui, une des clefs des gains de productivité réside dans le regroupement des unités de productions, que ce soit au niveau des productions agricoles ou agroalimentaires. « Mais le ministre de l’Agriculture dit que ça ne répond pas au modèle agricole français défendu par le gouvernement », a déploré le président de la FNSEA. Cependant, l’objet de cette analyse est surtout de regrouper l’offre « atomisée » avec « plus de 10 000 PME et PMI dans l’agroalimentaire » pour faire face aux cinq grandes centrales d’achat en France. « Il faut regrouper l’offre pour rendre les rapports commerciaux plus équitables et nous avons besoin de progresser en ce qui concerne l’organisation groupée », a enfin déclaré Xavier Beulin.

Se regrouper pour faire face aux cinq centrales d’achats

« On assiste à un monopôle de la distribution en France avec cinq centrales d’achats », a alerté Jean-René Buisson, président de l’Ania (Association nationale des industries alimentaires). Pour rééquilibrer les rapports et améliorer la compétitivité des filières agricoles françaises, Philippe Tillous-Borde, directeur général de Sofiproteol, a rappelé l’exemple de la construction de son entreprise. Partant du constat d’un déficit français en huiles et protéines végétales au début des années 80, l’aval a décidé d’organiser les filières en pilotant l’amont. « Nous avons commencé par fermer les petites usines de triturations pour les regrouper en grandes unités de production, parmi les plus compétitives du monde », a expliqué Philippe Tillous-Borde. Il poursuit : « Puis au début des années 90 nous avons transformé une contrainte en opportunité en transformant les jachères, en jachères industriels permettant de développer la filière diester ». Ce secteur a ainsi contribué à réduire le déficit protéique français grâce aux coproduits de trituration, les tourteaux. Et, dès la fin des années 2000, Sofiproteol s’est engouffrée dans la chimie verte. « Aujourd’hui Sofiproteol, en plus de sa qualité d’investisseur, se développe sur deux grands pôles : la valorisation des oléagineux, et le lien entre productions animales et végétales ». Philippe Tillous-Borde fait ainsi remarqué que l’autosuffisance française en protéines est passé de 20% début 2000 à environ 55% aujourd’hui, grâce aux coproduits de triturations. Selon lui, cette construction est un exemple pour les filières agricoles françaises, notamment animales, qui vont devoir s’organiser et se concentrer pour rester compétitives face à la nouvelle conjoncture économique.

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