La production marocaine de fruits rouges s’inquiète du manque de main-d’œuvre, en particulier au moment de la récolte.
Le problème de l’eau se fait moins sentir dans le nord du pays où la pluviométrie est plus importante. « Ici il y a encore une nappe assez intéressante. Pour moi, l’eau est une inquiétude en tant que citoyen mais pas pour ma production », explique Chahib Krafess, producteur de fraises, myrtilles et framboises à Moulay-Bousselam, dans la province de Larache, l’une des plus arrosées du pays, à proximité de la chaîne du Rif. Exploitant 15 ha, il fait partie de Bestberry, une coopérative créée l’année dernière et rassemblant quarante producteurs de fruits rouges dont la production est presque exclusivement destinée à l’exportation vers l’Europe. Aux alentours, des champs entiers sont couverts de tunnels de bâches, entre lesquelles circulent les employés chargés de la récolte, en grande majorité des femmes couvertes par de larges chapeaux de pailles pour se protéger de la chaleur. Ici, la production s’étire sur dix mois et le plus gros de la récolte va commencer. « Nous faisons de la production en contre-saison pour l’Europe en produisant à partir d’octobre, au moment où la production sur place commence à décliner », explique Nabil Belmkaddem, le directeur de Bestberry.
Dans cette culture gourmande en bras et difficilement mécanisable, l’inquiétude sur l’eau a laissé place à celui de la crainte du manque de main-d’œuvre. « C’est notre plus gros problème. La récolte est concentrée sur 60 jours pour la fraise, myrtille et framboise et il faut entre 25 et 30 personnes à l’hectare », explique Chahib Krafess, qui en plus des fruits rouges produit aussi des agrumes à 100 kilomètres d’ici. Avec le développement exponentiel des cultures dans la région grâce au Plan Maroc Vert (3 500 ha de fraises, 700 de myrtilles et 700 de framboises), sans compter les besoins des usines Messem, faisant de la surgélation de fruits, la compétition est devenue féroce. « Il y a une concurrence entre les fermes, les ouvriers vont chez celles qui paient le plus. On est obligé d’en employer une partie toute l’année pour en avoir aux pics », explique Chahib Krafess. Conséquence bénéfique pour les ouvriers : le salaire augmente. Dans les plantations de fruits rouges, celui-ci se situe entre 80 et 120 dirhams par jour, en comptant le transport assuré en camions par l’employeur depuis les villages de la région. Un montant supérieur aux 70 dirhams du SMAG, le Salaire minimum agricole garanti au Maroc. Conséquence négative pour les producteurs : le manque de bras peut parfois faire perdre une partie de la production. « La pénurie peut nous faire rater la fenêtre d’export. On peut alors perdre jusqu’à 70 % du prix si on arrive trop tard », détaille Chahib Krafess.
« Il faut tant que possible mécaniser »
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Un manque de bras qui ne touche pas seulement la région de Larache. « La main-d’œuvre », c’est aussi la première inquiétude de Reda Zniber lorsqu’on lui demande les défis de l’agriculture marocaine dans les prochaines années. Ses domaines exploitent 150 ha de fruits rouges à proximité d’Agadir, où plus de 2 500 ha de cultures similaires se seraient développées ces dix dernières années. Au moment de la récolte, il manquerait ainsi entre 15 et 20 % de main-d’œuvre. « En pleine saison, c’est près de 3 000 personnes/jour en même temps que la récolte d’oignons qui paye généralement autour de 150 dirhams/jours contre 100 pour nous. Alors il faut fidéliser et employer un socle d’ouvriers toute l’année », ajoute-t-il. La solution est pour lui dans les nouvelles technologies. « Il faut tant que possible mécaniser », conclut-il, pour être moins dépendant de ces variations. Un objectif encore à long terme dans ce type de culture.
La création d’emplois, enjeu du développement économique du pays
Si le manque de main-d’œuvre peut se faire sentir dans certaines filières agricoles, le Maroc reste globalement confronté au défi de l’emploi de ses jeunes, notamment ceux diplômés du supérieur. « Les différents plans de développement industriels n’ont pas réglé la question de la création d’emplois, qui reste inférieure à la masse des gens qui arrivent sur le marché du travail », rappelle ainsi Marie-Cécile Tardieu, conseillère pour le service économique de l’ambassade de France au Maroc. Le taux de chômage des diplômés du supérieur est ainsi de 16 % alors que le taux de chômage global se situe autour de 10 %. « C’est sur ce point que sont aussi attendues les entreprises étrangères qui s’installent dans le pays, la création d’emplois », insiste-t-elle.