Abonné

Conférence souveraineté : les objectifs de la filière lait

- - 4 min

En se penchant sur son avenir, la filière laitière constate qu’il faudra répondre à une demande croissante de lait à l’échelle mondiale et plus particulièrement de matière grasse et de produits finis, y compris d’entrée de gamme. Un objectif qui passe par une meilleure compétitivité des élevages.

Maintenir le volume de lait de vache produit, obtenir plus de matière grasse et fabriquer les produits d’entrée de gamme demandés par le marché domestique, telles sont les premières conclusions des Conférences de la souveraineté pour la filière laitière présentées par Annie Genevard le 24 février. Pour les dix prochaines années, le groupe des ruminants dont le référent est Damien Lacombe, ex-président de Sodiaal, fixe l’objectif de 24 milliards de litres de lait de vache (contre 23,5 Md aujourd’hui). Il faut développer une offre française de produits accessibles, comme les fromages ingrédients et coproduits dont la consommation progresse mais qui sont aujourd’hui importés. La filière fixe aussi comme priorité le « renforcement d’Egalim » et la « valorisation des aménités positives (prairies, vitalité des territoires ruraux, paysages, patrimoine zoogénétique) ».

Le cheptel laitier de brebis, quant à lui, doit être maintenu et la production doit progresser pour arriver à 330-340 millions de litres (vs 290 M en 2023-2024). Pour le lait de chèvre, il faut installer 500 à 600 exploitations pour accompagner le renouvellement des générations et couvrir les volumes additionnels prévus, mais aussi mettre en place des outils de financement adaptés pour les installations et la modernisation des exploitations.

Ces premières conclusions, qui ne sont pas encore définitives, rejoignent en grande partie les recommandations du CGAAER (ministère de l’Agriculture) formulées dans un rapport publié le 17 février pour améliorer la compétitivité des élevages laitiers. Les auteures, Anne Dufour et Alessandra Kirsch, recommandent d’« envisager une mission de médiation pour travailler sur la rémunération du lait de façon à intégrer une meilleure valorisation de la matière grasse, tout en incitant à l’augmentation de la productivité des vaches laitières ». « Cette question de l’augmentation de la productivité laitière doit être abordée de façon collective, afin de s’assurer de la capacité de l’industrie laitière française à valoriser correctement davantage de lait », préviennent les inspectrices.

Imaginer les outils nécessaires

Autres leviers à activer, pour le CGAAER : réduire les charges (en particulier les coûts de mécanisation), optimiser la gestion technico-économique des ateliers de diversification et réduire le coût du travail salarié, notamment à travers la mutualisation. Le rapport souligne aussi « un besoin urgent de lever certains blocages sociétaux liés à l’acceptabilité de l’agrandissement des fermes et la création de bâtiments d’élevage pour les exploitations dont la production est en concurrence avec celle d’autres pays. »

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

restauration
Suivi
Suivre
agrandissement
Suivi
Suivre

Pascal Le Brun, président du Cniel (interprofession laitière), souligne aussi l’importance de produire en France ce que les marchés demandent alors que la demande mondiale en produits laitiers va continuer d’augmenter. Selon le président, en plus des produits à forte valeur ajoutée, il faut produire plus de matière grasse, notamment en s’appuyant sur la génétique bovine, mais aussi des produits de milieu de gamme comme des fromages ingrédients pour l’industrie, la restauration et l’export. Le plan stratégique du Cniel pour 2026-2028, dévoilé le 23 février, entend accroître la compétitivité et renforcer la résilience et l’attractivité en appelant à un engagement des pouvoirs publics pour simplifier les normes et les procédures, et soutenir l’innovation et la modernisation.

Pascal Le Brun appelle à être « imaginatif » afin d’inventer les « outils » nécessaires pour faire face à la volatilité des marchés mondiaux. Selon lui, il faut solliciter les banques et les assureurs pour trouver des solutions qui permettent de produire toujours autant en 2030 dans un contexte géopolitique et économique de plus en plus imprévisible.

CB

Il faut développer une offre française de produits accessibles, comme les fromages ingrédients et coproduits dont la consommation progresse