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Pascale Briand — directrice générale de l’Afssa « Confier l’homologation des pesticides à l’Afssa »

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La directrice de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), Pascale Briand, veut communiquer de manière plus efficace sur les dossiers sanitaires et élargir les possibilités de financement de l’agence. Parmi ses souhaits : le transfert de l’homologation des produits phytosanitaires à l’Afssa. Deux mois après avoir succédé à Martin Hirsch, Pascale Briand dresse dans cet entretien les grandes lignes de son action.

Vous avez pris la tête de l’Afssa il y a maintenant un peu plus de deux mois. Avez-vous trouvé une « maison » en bon état de marche ?

J’ai trouvé une maison solide ; une maison qui tournait bien et qui répond à ses missions. Cette impression, je l’avais eue en arrivant mi-juillet, et je peux vous la confirmer aujourd’hui. J’ai le sentiment que l’Afssa a bien pris sa place depuis six ans dans le paysage sanitaire et a acquis une reconnaissance nationale et internationale.

Dans quel état d’esprit arrivez-vous à la direction de l’agence ? Avez-vous un programme en tête ?

J’ai pour ambition d’inscrire l’Afssa dans un nouveau cycle. A ce stade, je n’ai pas de programme à proprement parler mais de grandes orientations dont je souhaite valider la pertinence avec les principaux acteurs.

J’entends mettre à profit mon parcours dans le domaine de la santé et de la recherche. L’intérêt que je porte de longue date aux biotechnologies animales et végétales ainsi qu’aux questions de société qui s’y attachent sont également des composantes importantes de l’état d’enthousiasme qui m’anime aujourd’hui.

Quels sont vos objectifs ?

D’abord un constat : la sécurité sanitaire n’a cessé de s’améliorer et les agences y ont largement contribué. Leur organisation qui, en France, sépare l’évaluation de la gestion du risque, a montré sa pertinence. Mais en ce domaine, rien n’est jamais définitivement acquis. C’est un défi des tous les instants. Défi de maintenir la qualité d’une expertise totalement indépendante. Défi d’en assurer la valorisation. Défi d’en garantir le financement. C’est évidemment une mission régalienne que d’assurer, par un financement public, l’indépendance de l’expertise. Il n’est pas exclu, cependant, que certaines problématiques de recherche (comme celles touchant à l’expertise elle-même) puissent bénéficier de financements privés via un système de fondation.

Quels sont vos autres grands chantiers ?

Le positionnement européen de l’agence est un chantier d’envergure. J’ai l’intention de renforcer la direction des affaires internationales de l’Afssa, pour que l’agence puisse tenir pleinement son rang. L’agence européenne de sécurité sanitaire sera d’autant plus forte que les agences nationales – en l’occurrence l’Afssa pour la France – seront puissantes.

Par ailleurs, je souhaite améliorer l’information et la communication de l’agence. L’impact des avis émis par l’Afssa sera d’autant plus fort que l’information et la communication seront efficaces et diversifiées. Les avis que nous rendons sont des aides à la décision politique. Le travail des experts mérite d’être valorisé et cela y contribue.

Vous voulez dire qu’il est nécessaire de modifier l’élaboration des avis de l’Afssa ?

Non. Les procédures d’élaboration des avis n’ont pas à être changées. Elles ne sont pas remises en cause. Je souhaite seulement porter une attention particulière à l’information du public et des professionnels. L’évolution du site de l’Afssa en sera une composante.

La réforme des agences sanitaires en France est un long serpent de mer. Que souhaitez vous pour votre part ? Souhaitez-vous par exemple une fusion de l’Afssa et de son homologue en matière d’environnement, l’Afsse ?

Pour ce qui est de l’Afssa et de l’Afsse, je vous répondrais que l’organisation actuelle est un peu complexe. Les dossiers traités par les deux agences sont dans certains champs imbriqués. En d’autres termes, je ne suis pas persuadée que la mutualisation souhaitée réponde aussi bien aux objectifs d’efficacité et d’optimisation des moyens que ne le permettrait la fusion.

Le projet de loi d’orientation agricole prévoit la création d’une agence du végétal chargée de l’évaluation des produits phytosanitaires ? Comment s’articulera t-elle avec l’Afssa ?

L’agence nationale des intrants végétaux sera intégrée à l’Afssa, comme l’est déjà aujourd’hui l’agence nationale du médicament vétérinaire. Ceci dit, il est envisagé que l’homologation des produits phytosanitaires reste du ressort du ministère de l’Agriculture. C’est dommage à mon sens. Il serait probablement plus efficient que l’homologation des produits phytosanitaires entre également dans le périmètre de l’Afssa.

Concernant le dossier de la grippe aviaire, l’Afssa a rendu fin août un avis tempéré sur le risque d’introduction de la maladie en France. Ce risque a t-il évolué depuis ?

L’avis que nous avons rendu le 25 août est un avis préliminaire dans l’attente de l’avis complet qui sera publié fin octobre. Sur le fonds, cet avis préliminaire vaut toujours (le risque de contamination des élevages domestiques de poulets est jugé faible, et un peu plus élevé pour les canards, NDLR). Il n’y a, pour l’heure, aucun élément nouveau de nature à remettre en cause cette première analyse concernant l’épizootie.

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Quel message souhaitez-vous adresser aujourd’hui au monde agricole ?

Je veux dire aux professionnels que la sécurité sanitaire se construit avec eux et non contre eux. Le monde agricole le sait, mais cela va mieux en le disant. Je me réjouis de sentir qu’on peut travailler ensemble autour d’objectifs partagés : protéger le consommateur et la santé.

Energie

Un plan « biocombustible »

dans les prochains mois

Le décret de nomination n’est pas encore paru au Journal officiel mais le futur coordonnateur interministériel pour la valorisation de la biomasse est déjà au travail. Claude Roy a annoncé le 22 septembre qu’un plan de développement des « biocombustibles » devait être mis au point « dans les prochains mois » en France, en complément du plan « biocarburant ».

S’exprimant le 22 septembre lors d’un colloque sur les bioproduits organisé à la Maison de l’Agriculture de Chartres, Claude Roy a indiqué que le futur plan « biocombustible » aura pour objectif de développer la méthanisation, la cogénération et la production d’énergie en général à partir des déchets ou des sous-produits de l’élevage (effluents, déjections etc...), de l’agroalimentaire ou des industries utilisatrices de bois.

3 milliards d’euros d’investissement

Des mesures de soutien au développement des biomatériaux et des biomolécules pourraient également être adoptées. Le coordonnateur interministériel pour la valorisation de la biomasse a également précisé que l’objectif d’incorporation de biocarburant dans les essences à l’horizon 2010 (7%) devrait se traduire en France par : la création de 20 usines et de 30 000 nouveaux emplois, l’économie de 3,5 à 4 millions tonnes-équivalents-pétrole et l’utilisation de 2,5 à 3 millions d’hectares de cultures dédiées. L’investissement requis sera de l’ordre de 3 milliards d’euros. Le dimensionnement du plan « biocombustible » devrait être du même ordre en terme d’investissement, d’emploi et de création de valeur ajoutée, selon Claude Roy.

Un rôle de chef d’orchestre

Jusqu’ici directeur de l’action internationale à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), Claude Roy entend jouer – dans ses nouvelles fonctions – un rôle de chef d’orchestre. Ingénieur agro, fils d’agriculteur, Claude Roy aura pour tâche de proposer « au Premier ministre, les grandes orientations de valorisation de la biomasse en matière de politiques énergétique, agricole et industrielle », selon le texte du décret à paraître. La valorisation de la biomasse visée par la mission « consiste en son utilisation en biocarburants, biocombustibles, biomatériaux et autres bioproduits ou biomolécules », ajoute le décret. De fait, contrairement à d’autres domaines énergétiques – tel que l’éolien qui met en œuvre une ressource (le vent) et un débouché (l’électricité) –, la biomasse mobilise des dizaines de ressources pour des débouchés extrèmement variés. Les matières premières peuvent être nombreuses : paille, grain, tubercules, bois, feuilles, etc., pour des usages variés : chaleur, électricité, biocarburants, solvants, résines, cosmétique, médicaments. « Personne ne joue la même partition, ni dans le même ton, ni avec la même clé », explique le coordonnateur interministériel. Sa tâche sera de « réécrire la partition », selon ses propres mots. (oib, mn)