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Lutte contre les insectes Confusion sexuelle : un moyen de lutte efficace mais coûteux

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La confusion sexuelle, en viticulture et en arboriculture, est une alternative intéressante aux insecticides dont l’efficacité diminue. Deux conditions sont cependant nécessaires pour assurer son développement : des actions collectives portant sur de grandes surfaces et des aides pour compenser un surcoût sensible.

La confusion sexuelle, méthode utilisant les phéromones pour détourner les insectes nuisibles mâles des insectes femelles, a fait ses preuves en France et en Europe, a expliqué Denis Thiery, entomologiste à l’Inra de Bordeaux, lors d’une conférence à Paris le 16 novembre.
En Allemagne, la méthode est très largement utilisée par les viticulteurs (sur 61 000 ha), alors qu’en France elle peine à se développer (22 000 ha) tout comme en Italie (11 800 ha) ou en Espagne (8 000 ha), selon les chiffres de la firme BASF qui vend les phéromones.
A cela plusieurs raisons : la confusion sexuelle est vraiment efficace quand elle est pratiquée sur de larges zones et demande donc une démarche collective. D’autre part, son coût est plus élevé qu’un traitement insecticide classique. Le différentiel est d’environ 200 euros à l’ha (moins en cas de résistance, la multiplication des traitements réduisant cet écart).

Une alternative aux résistances

« Dans le Médoc, par exemple, on assiste à des explosions démographiques d’insectes allant jusqu’à 450 œufs de tordeuses par grappe, malgré six traitements insecticides », a constaté Denis Thiery, spécialiste des maladies de la vigne. Pour lutter contre le développement des résistances, il recommande d’utiliser la confusion sexuelle en la combinant à la lutte biologique (utilisation d’insectes prédateurs), tout en reconnaissant qu’une aide financière est nécessaire à la généralisation du système jusque là surtout utilisé dans des vignobles produisant des vins à forte valeur ajoutée. L’arrêt des contrats d’agriculture durable (CAD), qui avaient apporté des soutiens, pose problème. Dans certains cas, les conditions ne sont pas réunies pour les remplacer par les mesures agri-environnementales (MAE) et les viticulteurs ne sont plus aidés. Pourtant, « dans de nombreuses zones, les agriculteurs ont de grosses, voire très grosses difficultés », explique Claude Rivier, viticulteur et président de la cave coopérative de Chusclan (côtes du Rhône) qui utilise la confusion sexuelle sur un large territoire.

Une méthode mal prise en compte par le texte du Grenelle

Denis Thiery a évoqué un autre obstacle : la réduction des utilisations d’intrants prévue par le Grenelle se mesure en indice de fréquence de traitement (IFT), totalement inadapté à cette méthode. Ce qui rend difficile sa valorisation.
Point positif : les viticulteurs apprécient de ne pas être en contact avec les insecticides et de pouvoir entrer dans la vigne à tout moment, sans attendre le délai après traitement. L’organisation du travail en est facilitée.
« Nous sommes moins pointés du doigt comme pollueurs », se félicite encore Sébastien Beauvallet viticulteur en pays de Loire.
Le député Jean-Paul Garraud (UMP, Gironde), co-organisateur de la conférence avec Kléber Mesquida (PS, Hérault) et Elie Aboud (UMP, Hérault), a marqué sa volonté de trouver des soutiens pour ces méthodes. Le député qui a déposé un amendement (rejeté) au projet de loi des finances 2011 pour obtenir un financement de 10 millions d’euros en faveur des « luttes biologiques », ne baisse pas les bras. Il souhaite faire l’inventaire des freins réglementaires et agir pour modifier la réglementation au besoin. Il suggère encore de mener une analyse économique pour affiner les besoins d’aides des agriculteurs utilisant la confusion sexuelle, avant de remettre le sujet dans l’hémicycle.

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