Malgré une volonté affichée d’aller de l’avant, la filière viande bovine manque d’une prise de conscience pour expliquer les mouvements sociétaux et accompagner ses membres dans son développement. Le congrès de la Fédération des industriels et des commerçants de la viande (FNICGV), le 24 juin à Bordeaux, a été une bonne illustration de cette problématique.
« L’homme domine l’animal. L’homme domine la création », s’est exclamé avec conviction Jean-Michel Lecerf, médecin au Centre hospitalier régional universitaire de Lille et membre de l’Observatoire Cniel (1) des habitudes alimentaires, lors du congrès de la Fédération des industriels et des commerçants de la viande (FNICGV), le 24 juin à Bordeaux. Un discours affirmé en réaction à la philosophie vegan, qui considère « l’homme comme un animal comme les autres » avec ce que cela implique, selon lui. Il rejoint le point de vue de Bruno Dufayet, président de la commission des enjeux sociétaux à Interbev, qui constate que « le discours de 3 à 4 % de vegan est en train de prendre le pas sur le reste de la société ». Pour autant, malgré ses propos il attire l'attention sur le refus croissant de consommer de la viande « chez les jeunes. Il n’y a pas 1 % de végétariens chez les jeunes mais 10 % ! ». Et des jeunes justement dans la salle du congrès, il n’y en a pas beaucoup ! La moyenne d’âge de la salle dépassait largement les 45 ans.
Un rapport au temps et à l’espace qui a changé
Denis Lerouge, directeur de la communication produit et promotion d’Interbev, explique de son côté que « notre rapport au temps change, il n’y a pas encore si longtemps, manger, préparer, chasser la nourriture structurait nos journées. Aujourd’hui, on court d’une activité à une autre, toutes porteuses de sens et de plaisir. Cela a un impact sur la préparation des repas. Il faut concevoir la viande comme un ingrédient parmi d’autres. C’est la même chose pour le rapport à l’espace. Nous multiplions les voyages, avec une obligation de manger sur le pouce. […] Est-ce que j’ai des solutions viande de bœuf pour un apéritif dinatoire, un sandwich pour mon fils, une salade composée vite faite le soir, une viande qui se conserve du samedi au mercredi ? ». « En un mot, l’offre évolue-t-elle au même rythme que la consommation ? », continue Denis Lerouge avant de préciser : « Ne me dites pas que la viande n’est pas assez chère, s’il vous plaît, ce n’est pas la question ! » Pourtant l’éternel problème du classement des carcasses et du prix de la viande reviendra tout de même dans les questions posées par la salle. Bruno Dufayet répondra du tac au tac : « C’est typiquement le genre de problème incompréhensible pour le grand public ! ».
S’adapter à une société en mutation
Et face aux vidéos de L214 et à la diminution de la consommation de viande rouge, il est l’heure de communiquer positivement sur l’élevage et d’adapter l’offre à la demande, de parler aux jeunes, tente de faire passer comme message la FNICGV. Mais pour cela, « il faut être la vague et pas l’écume » précise Annie Perdrosa, présidente de la commission jeunes de la Fédération des commerçants en bestiaux. Etre la vague signifie comprendre les mutations qui se vivent aujourd’hui pour mieux emporter l’avis du grand public sur les intérêts à consommer de la viande. « On ne pourra jamais aller contre l’abattage des animaux. On ne pourra pas aller à l’encontre d’images fortes comme celles de L214 », analyse Annie Perdrosa. La solution pour Denis Lerouge est de « ne pas focaliser tout sur ce point-là ! ». Un message qui semble difficile à entendre pour les membres du congrès de la FNICGV, toujours préoccupés par le prix des animaux et la crise. Entre « l’homme domine la création » et le titre de la table ronde du congrès : « Osons l’innovation ! », le congrès de la FNICGV révèlait bien les difficultés de la part de la filière à anticiper l’avenir.
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(1) Cniel : Centre national interprofessionnel de l’économie laitière
" Ne me dites pas que la viande n’est pas assez chère, s’il vous plaît, ce n’est pas la question ! "
Mouvement anti-viande, un discours « qui prend le pas sur le reste de la société » pour Bruno Dufayet
« Le discours de 3 à 4 % de vegan est en train de prendre le pas sur le reste de la société » a observé Bruno Dufayet, président de la commission des enjeux sociétaux à Interbev, le 24 juin au congrès de la Fédération nationale de l’industrie et des commerces en gros des viandes (FNICGV) à Bordeaux. Un point de vue partagé par Philippe Chotteau, responsable du service économie de l’Institut de l’élevage : « “Oh les produits animaux, c’est has been ! Moi je n’investis que dans les végétaux”. Dans les couloirs de Bruxelles, c’est un peu ce que l’on entend !. […] C’est comme si les 2 à 3 % de végétariens avaient pris le dessus, même dans l’élite à Bruxelles ! ». Et d’ajouter que « même dans les projets de recherche », il faut rappeler « qu’il n’y a pas que les végétaux et les nano-particules ! ». Bruno Dufayet retient également l’importance d’une communication positive de la part de tous les représentants des métiers du secteur de la viande bovine. Selon lui, « il faut qu’on soit en guerre mais de façon positive et structurante. Il faut aussi assumer, être fier de son métier » et l’afficher.