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Congrès de la FNSEA : Stéphane Le Foll fait le dos rond

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Dans un contexte de colère exprimée par les congressistes de la FNSEA le 1er avril à Laval, le ministre de l’Agriculture a aquiescé à une bonne partie des revendications de la FNSEA.

Attendu de pied ferme par les agriculteurs de la FNSEA en clôture de leur congrès national, le ministre de l’Agriculture aura passé près de 2 heures douloureuses : hué dès son arrivée, attaqué par Xavier Beulin dans son discours, et ignoré des syndicalistes qui lui tournaient le dos – pour ceux qui n’étaient pas carrément partis – lors de son intervention. Xavier Beulin a reproché à Stéphane Le Foll d’avoir « contribué à opposer les modèles » agricoles, en voulant « ménager la chèvre et le chou ». Comme il l’avait déjà indiqué en 2013 au congrès de Troyes, Xavier Beulin a rappelé qu’« il ne saurait y avoir une politique agricole mise en place sans une approbation des paysans et nous en représentons la majorité légitime ».

Plan de soutien, relations commerciales, Pac : le ministre acquiesce

Sur la crise agricole, le président de la FNSEA a demandé au ministre de ne pas « inventer de nouveaux critères pour l’éligibilité des dossiers » et d’« abonder les enveloppes (FAC, année blanche, NDLR) des départements sous-dotés ». La demande était d’autant plus pressante que, la veille, avait été diffusée, sans concertation, et plafonnée à 25 millions d’euros, la nouvelle phase de soutien via une « année blanche » aux autres secteurs que l’élevage. Un bilan de l’utilisation effective de l’enveloppe de 25M€ sera réalisé d’ici le début du mois de juin et celle-ci sera complétée si nécessaire, a concédé le ministre en retour. Pour la demande de versements complémentaires dans le cadre du FAC (Fonds d'allègement des charges) un bilan sera fait fin avril et, si des disponibilités restent, des compléments pourraient être attribués aux départements où le taux d'aide est le plus bas.

L’indicateur que sont les coûts de production

Sur les relations commerciales, Xavier Beulin a demandé que les coûts de production « soient des indicateurs qui servent à déterminer le prix dans le contrat » et que « les négociations commerciales se déroulent en deux temps », la première entre agriculteurs et industriels, la deuxième entre industriels et distributeurs. Stéphane Le Foll s’est engagé, dans le cadre de la révision de la LME, à présenter deux amendements en ce sens.

Quant à la déclaration des dossiers PAC, ouverte depuis le 1er avril, la FNSEA a demandé que la période soit prolongée au-delà du 15 mai et que les corrections de SNA (surfaces non agricoles) effectuées en 2016 soient également prises en compte pour la campagne 2015, dont les aides n’ont toujours pas été soldées. Le ministre s’est montré ouvert, indiquant que si besoin il ferait la demande de prolongation auprès de la Commission européenne. Il a confirmé que les modifications sur une SNA 2016 seraient prises en compte pour 2015. Enfin, lorsque Xavier Beulin a fustigé l’absence de versement des aides complémentaires à l’assurance récolte 2014, le ministre a assuré que celles-ci seraient soldées fin mai.

« Nous nous battrons pour faire bouger les choses ! » a prévenu Xavier Beulin au sujet du diméthoate

Quant au plan Ecophyto, le ministre a voulu se montrer ouvert, affirmant accepter le principe d'un indicateur composite sur l'emploi des phytos et intégrant des techniques alternatives. Cet indicateur devrait être intégré au projet de décret prévu pour la mise en œuvre du dispositif écophyto au 1er juillet. Il a également assuré qu'il était prêt à baisser le niveau des sanctions sur les fournisseurs en cas de dépassement, pour éviter le transfert de charges sur les agriculteurs. 

Pas de compte pénibilité

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Le dialogue est cependant resté tendu sur la question des normes environnementales, la FNSEA estimant que le ministre se laissait influencer par « des ONG convaincues de leur bon droit à dire et à faire le droit au nom du peuple ». Xavier Beulin a notamment déploré la position du ministre au sujet de l’utilisation du diméthoate sur les cerisiers. « La France l’interdit quoi qu’il en soit et le cas échéant ferme ses frontières », a-t-il résumé la situation. « C’est inacceptable. Nous nous battrons pour faire bouger les choses ! », a-t-il prévenu.

Même blocage quant au compte pénibilité : la FNSEA ne veut pas entendre parler des facteurs « agents chimiques » et « postures pénibles ». « Je vous le dis avec beaucoup de solennité, ils seront inappliqués », a menacé Xavier Beulin sous les hourras de la salle.

Stéphane Le Foll indique ses priorités pour les discussions sur la prochaine Pac

À l’occasion de son discours le 1er avril devant le congrès de la FNSEA, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a indiqué les priorités qu’il comptait adopter pour les discussions à venir sur la prochaine réforme de la Pac. Le sujet sera abordé lors de la réunion informelle des ministres européens de l’agriculture les 30 et 31 mai. Stéphane Le Foll compte insister sur le renforcement des outils de gestion de crise, sur le maintien des indemnités de compensation des handicaps naturels, sur une extension du recouplage de certaines aides et sur la simplification des mesures de verdissement de la Pac. Il a également indiqué qu’il voulait obtenir que le fonds de gestion de crise (400 M€) puisse être utilisé pour soutenir la mise en place de systèmes contracycliques fondés notamment sur l’assurance.

FNSEA et JA veulent faire preuve « d’unité »

Intervenant au Congrès de la FNSEA, le président de Jeunes Agriculteurs Thomas Diemer a affirmé la nécessité « de faire preuve d’unité face à la crise ». « Je crois sain que notre profession garde une jeunesse mobilisée et exigeante » a-t-il déclaré avant d’inviter la FNSEA à participer au Congrès de JA qui se tiendra du 31 mai au 2 juin à Mâcon. Thomas Diemer a par ailleurs appelé le ministre de l’agriculture à « tenir bon » dans ses négociations avec l’Europe.

L’économiste Nicolas Bouzou appelle la FNSEA à assumer l’agriculture « de haute technologie »

« Les rationalistes doivent montrer à ceux qui restent dans des débats passionnés que les hautes technologies peuvent être au service de l’environnement et d’une agriculture de qualité » a affirmé l’économiste Nicolas Bouzou, invité au congrès de la FNSEA. Il a appelé les syndicalistes à « montrer ce que sera l’agriculture dans 30 ans et à la faire aimer ». Un défi possible selon lui, « si on a un vrai récit ». L’économiste estime qu’il faut changer l’image « romantique » de l’agriculture qui, produisant de l’alimentation, est finalement une activité « antinaturelle par excellence ». Si « tout le monde n’assume pas l’agriculture de haute technologie », il semble cependant que cette dernière, en allant jusqu’aux OGM, « est excellente pour l’environnement ».