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Congrès des JA : un rapport d’orientation centré sur « l’autonomie » et la « résilience »

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Pour leur 52e congrès, les Jeunes agriculteurs avaient choisi pour thème de leur rapport d’orientation l'« autonomie » et la « résilience ». Au programme : performance économique, sociale et environnementale mais aussi fiscalité et renforcement de la formation et du parcours à l’installation.

La résilience et l’autonomie décisionnelle ont été au cœur des débats des Jeunes agriculteurs (JA) lors du 52e congrès du syndicat qui s’est tenu à Lourdes du 5 au 7 juin. En effet, cette année, leur rapport d’orientation, à « ambition politique », comme le rappelle Jérémy Decerle, président des JA, est intitulé Élevons notre autonomie pour cultiver notre résilience. Et comme le veut la tradition du syndicat, le rapport a été discuté par l’ensemble des congressistes lors de la séance dite des amendements, « une belle preuve de démocratie », souligne Pierre-Marie Vouillot, rapporteur, et qui « permet à l’ensemble du réseau de se saisir des propositions ». Bien que parfois cela soit « un exercice fastidieux », souligne le président.

L’an passé, les JA avaient planché sur la gestion des risques, et le souhait du réseau était d’avancer sur ce sujet, explique le président des JA, mais « il faut laisser le temps » que cela se mette en place. De plus, « si le risque est permanent et que les aléas reviennent tous les ans alors il faut revoir le fonctionnement même de nos exploitations » prône Pierre-Marie Vouillot. D’où ce nouveau thème.

Une réforme fiscale en profondeur

La première partie du rapport est dédiée à la « résilience » des exploitations qui doit passer, selon les JA, par la « triple performance économique, sociale et environnementale ». « Sans ce triptyque, il ne peut y avoir de résilience », affirme le rapporteur, car « nous ne pourrons être résilients sur un seul de ce pilier ».

Ainsi, la performance économique des exploitations pourra passer par la diversification, tant des productions, que des circuits de commercialisation. Et comme « l’exportation doit être un marché rémunérateur et non un marché d’écoulement des surplus », les JA prônent une coordination des filières françaises et proposent la création d’une plateforme à l’export et d’une « charte graphique visant à promouvoir les produits agricoles français » comme cela est déjà réalisé par l’Irlande avec la démarche marketing Origin Green qui s’applique à l’ensemble des filières irlandaises.

Le syndicat prône également une réforme de la fiscalité agricole « qui doit être revue en profondeur » et non ajustée à la marge. Le calendrier parlementaire permettra « à court terme de trouver un support législatif » aux propositions faites par le syndicat, indique Pierre-Marie Vouillot. Par cette réforme, les JA souhaitent notamment favoriser la transmission des exploitations grâce à la mise en place d’incitations fiscales pour les cédants mais aussi de prêts à taux zéro, consentis par le cédant, dans le cadre de la dotation unique épargne et transmission (DUET), qui serait remboursé par le jeune dans un délai de dix ans.

Des coopératives ou OP pour commercialiser l’énergie

La production énergétique semble aussi être une réponse aux crises que traversent régulièrement les agriculteurs car « elle n’est pas en concurrence avec l’agriculture », affirme le président des JA. Une ligne rouge tout de même : le photovoltaïque en plein champ, pour lequel le syndicat ne veut laisser « aucune porte ouverte ». Les débats se sont cristallisés autour des amendements visant à augmenter le seuil d’incorporation de cultures alimentaires dans les méthaniseurs. Cela a clairement fait apparaître les spécificités régionales, entre zones d’élevages et de grandes cultures. Mais les JA et leur président ont finalement souhaité réaffirmer une « position politique et éthique » de par la « fonction nourricière » de l’agriculture.

De plus, alors que le président de la République prône l’organisation des producteurs pour commercialiser leurs productions, les JA « souhaitent que la profession s’organise le plus rapidement possible pour maîtriser l’offre énergétique d’origine agricole » grâce à la mise en place d’une coopérative ou d’une organisation de producteurs (OP) pour commercialiser l’énergie produite dans les fermes.

Coté environnement, la gestion de l’eau a été sujet qui a soulevé beaucoup d’attente lors des interventions régionales car le secteur « a besoin de souplesse et d’alliés en dehors de l’agriculture » pour appuyer cette « nécessité de mise en place de retenues d’eau » dans certaines régions face à des « positions dogmatiques ».

La formation : outil d’autonomie

La seconde partie du rapport s’attarde sur l’« autonomie » et la « capacité de réflexion et capacité à agir » des chefs d’exploitation « pour lever les freins à la résilience », précise Pierre-Marie Vouillot.

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Le syndicat regrette le passage de quatre à trois ans du bac professionnel agricole « qui a entraîné une baisse de niveau ». Il préconise le renforcement de la formation initiale et la création, à côté des « CS très techniques », d’un certificat de spécialisation à la gestion « adapté à la reprise d’exploitation » axé notamment autour de la gestion des risques, des relations humaines ou commerciales.

L’objectif de ce rapport a été de réaffirmer « des positionnements politiques mais aussi donner quelques solutions dans lesquelles les paysans pourraient se retrouver pour être plus autonomes et avec des exploitations plus résilientes », affirme Jérémy Decerle. Et, au grand dam de certains adhérents, qui ont « bataillé » lors de la séance des amendements, il est bien souvent écrit au conditionnel car « on fait attention aussi à laisser aux agriculteurs la liberté de faire leurs propres choix pour leurs exploitations ».

« Si le risque est permanent alors il faut revoir le fonctionnement même de nos exploitations. »

« L’exportation doit être un marché rémunérateur et non un marché d’écoulement »

« S’organiser le plus rapidement possible pour maîtriser l’offre énergétique d’origine agricole »

Élections aux chambres d’agriculture : FNSEA et JA en ordre de marche

Le 52e congrès des JA a été l’occasion de lancer la campagne de la coalition FNSEA et Jeunes Agriculteurs pour les prochaines élections des chambres d’agriculture qui « partiront ensemble avec un projet commun », affirme la présidente de la FNSEA. Pour montrer un « chemin clair » dans un « partenariat responsable et engagé », confirme Jérémy Decerle.

Christine Lambert prône un « syndicalisme humaniste, progressiste et réformiste » et n’a pas été tendre avec ses adversaires : les « drapeaux jaunes qui se nourrissent du désarroi des agriculteurs et qui sont prêts à tout pour nous faire tomber en pactisant parfois avec tous les diables. » Le président des JA acquiesce et laisse « la démagogie à ceux qui y consacrent tout leur savoir-faire ».

Ours, Loup : les JA les préfèrent « en peluche »

Se tenant dans les Hautes-Pyrénées, les discussions du congrès des Jeunes agriculteurs ne pouvaient pas faire l’impasse sur les prédateurs suite à l’annonce de la réintroduction de deux ourses dans le Béarn. Ainsi, la présidente des JA du département, Pauline Robert, a rappelé qu’entre les prédateurs et le pastoralisme, les JA faisaient le « choix du pastoralisme ». Lors des interventions régionales, Roland Legrand, président des JA Occitanie, a jugé « inacceptable » les politiques actuelles. Une banderole a également été brandie à destination de Stéphane Travert, par les JA du PACA : « Les Alpes ne sont pas une réserve à loup ». Et, Pauline Robert, en offrant des peluches à l’effigie d’ours et de loups au ministre de l’Agriculture, conclut « les ours et les loups, nous les préférons en peluche. »

NDDL : les JA veulent le respect des procédures d’installation

Alors que les Jeunes agriculteurs ont été les moteurs de la professionnalisation du parcours à l’installation, les procédures simplifiées mises en place lors du démantèlement de la ZAD de Notre Dame des Landes (NDDL) interrogent Jérémy Decerle, président du syndicat, notamment concernant la « vérification des capacités professionnelle des exploitants ». Ainsi, il demande au ministre de l’Agriculture de « ne pas envoyer un mauvais message » alors qu’en France, « les politiques d’accompagnement à l’installation tiennent la route. ». Il plaide « l’équité » de traitement pour tous car « l’agriculture est un métier sérieux, qui s’apprend ».