Les risques que les négociations de libre-échange avec le Mercosur font peser sur certains secteurs sensibles ont de nouveau été soulignés par plusieurs ministres de l’agriculture de l’UE qui souhaitent être consultés avant que de nouvelles étapes ne soient franchies dans ces pourparlers.
Plusieurs États membres, la France en tête, ont demandé lors du Conseil agricole de l’UE, le 12 juin à Luxembourg, que les négociations commerciales entre la Commission européenne et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) – dont la prochaine session est prévue dans la première semaine de juillet – ne puissent progresser dorénavant « qu’après une évaluation (par les ministres de l’agriculture) de l’équilibre actuel et potentiel des offres et engagements proposés par les deux parties » (1). Ils ont rappelé les résultats de l’étude sur l’impact cumulé des futurs accords commerciaux publiée par Bruxelles en novembre dernier qui « confirment les risques de ces pourparlers hautement sensibles pour les secteurs agricoles de l’UE » (2), le nouveau ministre français, Jacques Mézard, citant notamment le bœuf, le sucre et l’éthanol.
Soutenus par d’autres, ces États membres (France, Autriche, Bulgarie, Chypre, Grèce, Hongrie, Irlande, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Slovénie) appellent la Commission à la prudence et la transparence, compte tenu en particulier des « difficultés » rencontrées dans le cas des discussions avec les États-Unis (TTIP) et le Canada (CETA), mais aussi de la récente décision de la Cour de Justice de l’Union sur l’accord de libre-échange avec Singapour (3).
Obligation de « faire quelques concessions »
Les réponses du commissaire à l’agriculture Phil Hogan à ces préoccupations ne pouvaient être que prudentes, puisque le commerce est principalement du ressort de sa collègue Cecilia Malmström (et des ministres des Vingt-huit chargés de ce portefeuille).
Suite à une question écrite parlementaire, cette dernière vient de rappeler que l’ouverture du bloc sud-américain aux exportations agroalimentaires de l’Union, produits laitiers, vins et spiritueux en particulier, « ne saurait être obtenue sans faire quelques concessions dans les principaux secteurs d’intérêt du Mercosur, dont certains sont considérés comme sensibles pour les producteurs de l’UE ».
Les négociations avec le bloc sud-américain ont aussi fait l’objet, le 12 juin à Strasbourg, d’un échange de vues entre la commission de l’agriculture du Parlement européen et des représentants des services de la Commission de Bruxelles.
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(1) Voir n° 3589 du 03/04/17
(2) Voir n° 3570 du 21/11/16
(3) Voir n° 3596 du 22/05/17
Des « protectionnistes dans le secteur agricole de l’UE »
« Nous sommes heureux que les négociations pour un accord commercial entre le Mercosur et l’Union européenne aient été relancées », a déclaré le 9 juin Angela Merkel en visite à Buenos Aires où elle s’est entretenue avec le président argentin, Mauricio Macri.
« Je suis optimiste », a affirmé ce dernier, notant que la chancelière allemande « va avoir plus de travail avec les protectionnistes dans le secteur agricole de l’UE que nous n’en aurons au sein du Mercosur ». Angela Merkel ajoutant pour sa part que, « quand il y a une volonté d’atteindre un accord, les solutions de compromis doivent être acceptées ».