La réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE le 25 avril à Luxembourg devait, pour une fois, se résumer à faire le tour de quelques dossiers froids (séquestration du carbone, avancées de la mise en œuvre de la nouvelle Pac, bioéconomie, agents de lutte biologique) mais la situation sur les marchés agricoles – et plus précisément la question des importations de produits agricoles en provenance d’Ukraine – s’est de nouveau invitée à l’agenda. D’autres sujets, la proposition de révision de la directive européenne sur le miel, le règlement sur l’utilisation durable des pesticides ou les PFAS dans l’alimentation, sont au menu.
- Importations ukrainiennes en question
Les décisions unilatérales prises par plusieurs États membres limitrophes de l’Ukraine pour limiter temporairement l’afflux de produits agricoles ukrainiens et la réponse apportée par la Commission européenne (nouvelle enveloppe d’aide d’urgence de 100 millions d’euros et clause de sauvegarde spéciale activée dans le cadre de la libéralisation des échanges avec l’Ukraine) seront au centre des discussions des ministres de l’Agriculture des vingt-sept. Plusieurs délégations (notamment l’Espagne, la Finlande ou la Lituanie) ont déjà exprimé des critiques envers les décisions prises par les pays d’Europe centrale concernés.
- Lait : crise dans les États baltes
La Lituanie et la Lettonie vont, elles, une nouvelle fois solliciter une aide de l’UE pour leur secteur laitier. Déjà fin mars, ces deux pays avaient demandé la libération d’une partie de la réserve agricole pour soutenir leurs producteurs qui font face à une envolée de leurs coûts de production et un effondrement des prix payés aux producteurs. Mais la Commission européenne avait estimé que la baisse des prix était un retour à la normale après des mois de hausse. Pour ces pays, il est pourtant « de la plus haute importance d’empêcher des effets négatifs irréversibles pour le secteur laitier dans la région, ainsi qu’une propagation de la crise dans d’autres États membres, en particulier les pays voisins, où il y a déjà des signes inquiétants ».
- Séquestration du carbone : l’agriculture veut faire valoir ses arguments
Même si ce sont leurs confrères en charge de l’Environnement qui ont la main sur le dossier, les ministres de l’Agriculture de l’UE auront un échange sur la proposition de règlement de la Commission européenne établissant un cadre de certification relatif aux absorptions de carbone. Pour les ministres de l’Agriculture, les futures mesures devront être volontaires et surtout inclure la réduction des émissions de gaz à effet de serre, et non pas seulement les absorptions. Le texte reste à ce stade relativement flou sur le sujet. Les détails du dispositif ne seront connus qu’à l’issue des travaux d’un groupe de 70 experts chargés d’élaborer des méthodes de certification pour les différents types d’activités d’absorption du carbone dont la première réunion s’est tenu début mars.
- Pac : état des lieux après 4 mois
Quatre mois après l’entrée en vigueur de la nouvelle Pac, les ministres de l’UE feront le point avec la Commission européenne sur l’état d’avancement des plans stratégiques. Lors de la réunion du comité spécial agriculture, le 18 avril, les experts des États membres ont déjà souligné la nécessité pour la Commission européenne de faire preuve de souplesse dans l’approbation des modifications aux plans. Certains ont aussi déploré que l’objectif de simplification de la réforme n’avait pas été atteint. Enfin, plusieurs délégations ont aussi fait état des défis qu’ils rencontraient dans la mise en œuvre des aspects environnementaux de la réforme et en particulier des éco-régimes. La Commission européenne vient de lancer un tableau de bord en ligne accessible à tous afin de suivre les progrès réalisés par chaque État membre dans la mise en œuvre des objectifs qu’ils se sont fixés.
- Miel : révision de la directive
La Commission européenne devait présenter le 21 avril sa révision de la directive sur le miel comprenant notamment un renforcement de l’étiquetage de l’origine des mélanges de miels. Une proposition qui devrait répondre en partie aux inquiétudes de la Slovénie qui alertera une fois encore la Commission européenne sur les fraudes dans le secteur. Un récent rapport du centre commun de recherche de l’UE montre que 46 % des miels importés dans l’UE seraient adultérés principalement par l’ajout illégal de sirops de sucre. Pour la Slovénie, à Bruxelles de tenir compte des conclusions de ce rapport et proposer rapidement des solutions face aux problèmes identifiés (augmentation de la traçabilité, établissement d’un centre de référence, actions coordonnées entre les États membres).
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- Pesticides : nouvelle offensive
La Commission européenne n’a pas encore finalisé l’évaluation d’impact complémentaire du règlement sur l’utilisation durable des pesticides que les ministres de l’Agriculture des Vingt-sept lui ont réclamé d’ici au mois de juin, que plusieurs États membres (Bulgarie, Hongrie, République tchèque, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovaquie) vont encore dénoncer les propositions de Bruxelles. Leur angle d’attaque cette fois : le risque que l’UE ne puisse plus maintenir « un statut phytosanitaire adéquat » (éradication des maladies, respect des obligations internationales…).
- Biocontrôle : les défis du secteur
La Commission présentera les résultats de sa récente étude concernant le développement potentiel des agents de lutte biologique invertébrés dans l’UE. Des produits d’autant plus nécessaires que l’UE est en train de se fixer des objectifs ambitieux en matière de réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires les plus dangereux.
- PFAS : abaisser les seuils
Le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas et la République tchèque demanderont à la Commission européenne d’être aussi ambitieuse que possible en abaissant les niveaux maximaux existants et en fixant de nouveaux niveaux maximaux pour les PFAS dans les denrées alimentaires. « L’exposition humaine aux PFAS se fait principalement par la nourriture et l’eau potable », soulignent ces délégations dans une note.
- Bioéconomie : des conclusions adoptées
Enfin, les ministres des Vingt-sept adopteront leurs conclusions sur les apports de la bioéconomie. Le texte souligne sur la nécessité de renforcer la transition vers des énergies propres et renouvelables, des matériaux durables exempts de combustibles fossiles et une alimentation durable, résiliente et équitable, et sur le rôle que cette bioéconomie peut jouer dans le développement des zones rurales européennes.