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Consensus parlementaire pour une Pac qui régule les marchés

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Réunis à Bruxelles les 3 et 4 novembre pour une rencontre interparlementaire sur l’avenir de l’agriculture européenne et son rôle au niveau mondial, députés européens et nationaux ont entamé la réflexion sur les contours de la future Pac dans le contexte des défis alimentaires et énergétiques. La plupart des intervenants se disent favorables à une régulation des marchés et le maintien d’une politique agricole forte sans toutefois revenir aux systèmes de gestion de la PAC d’avant 92.

Pour le rapporteur du Parlement européen sur le bilan de santé de la Pac, Luis Manuel Capoulas Santos (PSE, Portugal), « l’agriculture est un bon secteur d’investissement pour l’avenir si l’UE veut continuer à produire des aliments de qualité à des prix acceptables », mais pour que les citoyens continuent à défendre la Pac, « il faudra davantage d’objectivité et de transparence dans les critères de soutiens », en misant notamment sur des facteurs comme l’emploi et l’environnement. Hervé Gaymard, rapporteur de l’Assemblée nationale française et ancien ministre de l’agriculture, estime que « l’agriculture n’est pas un secteur du passé, c’est un secteur moderne et plein d’avenir, aussi important que l’industrie et les services ». Selon lui, un consensus pourrait être trouvé autour d’une Pac « capable de nourrir le continent et qui accorde plus de place à l’éco-conditionnalité ».

Un devoir de nourrir le monde

Pour Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale française : « Si les marchés doivent être la pierre angulaire, ils doivent également être soumis aux règles de la régulation, il ne faut pas moins de Pac, mais plus de Pac au niveau mondial ». La nécessité de simplifier les règles et d’assurer une plus grande prévisibilité pour les agriculteurs est aussi été des thèmes récurrents. De nombreux intervenants ont également fait état d’inquiétudes pour l’avenir du secteur laitier avec la disparition des quotas prévue pour 2014, en particulier les régions où les producteurs souffrent d’un manque de compétitivité du fait de conditions de production plus difficiles (montagne, etc.). Neil Parish (PPE, Royaume-Uni), Président de la commission de l’agriculture du PE a regretté de son côté que la proposition de la Commission européenne n’envisage pas comment la Pac devrait résoudre la question de la crise alimentaire mondiale et de la demande croissante en énergie ni ce que devrait être la Pac après 2013. « Il faut longtemps pour qu’un super tanker change de direction », a répondu la commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fischer Boel, justifiant son approche visant à peaufiner d’abord la réforme de 2003. Pour la libérale danoise il faudra, pour l’après-2013, « laisser davantage la place au jeu du marché » en maintenant des filets de sécurité « seulement en cas de vraie crise, et justifier encore plus les dépenses agricoles auprès des citoyens en développant la politique de développement rural et en tenant davantage compte de l’environnement ».

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Un rôle prééminent pour l’Europe

« Nous devons tirer les leçons de la crise financière et agir avec l’ensemble du monde pour relever le défi alimentaire », a affirmé Michel Barnier, ministre de l’Agriculture et président du Conseil agricole de l’UE. Il s’est prononcé notamment pour la création d’un partenariat mondial pour l’alimentation et l’agriculture impliquant des responsables de la FAO, de la Banque mondiale, du FMI et de l’OMC, la mise en place d’un groupe technique à l’image du GIEC établi pour la question du changement climatique, et une « mobilisation financière internationale à la hauteur des enjeux » pour développer l’agriculture dans les pays en développement. « L’agriculture sera au cœur des enjeux alimentaires de demain, car il nous faudra nourrir pas moins de 9 milliards d’hommes au cours de ce siècle avec une surface constante », a relevé en conclusion Jean-Paul Emorine, Président de la commission des affaires économiques du Sénat français. Pour relever ce défi, « l’Europe aura un rôle prééminent qu’il s’agisse de production, de régulation et de coopération avec les pays en développement », a-t-il estimé.