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OGM à Grézet-Cavagnan Contamination de l’environnement dès la première année

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Des agriculteurs cultivant des maïs « population » et des apiculteurs ont mis en place un protocole pour mesurer la contamination liée à la culture d’un champ de maïs OGM cultivé à Grézet-Cavagnan (Lot-et-Garonne). Dès la première année, le contamination de l’environnement est avérée, selon les analyses du laboratoire Atlangène Applications, ce qui met en cause la production biologique.

Un agriculteur de Grézet-Cavagnan ayant annoncé son intention de cultiver 100 ha de maïs OGM en 2006, les habitants du village ont organisé un débat au printemps avec les promoteurs des OGM, au cours duquel les paysans et les apiculteurs locaux ont proposé de mettre en place un protocole expérimental pour mesurer l’impact des OGM sur les cultures voisines. Les pro-OGM ayant refusé, les agriculteurs bio (Civam agrobio 47), la profession apicole, le réseau Semences paysannes, la Confédération paysanne et le Comité vigilance OGM 47 ont décidé de mener ensemble l’expérimentation, première du genre en conditions naturelles de culture.

Ils ont choisi des maïs « population » qui fleuriraient à la même période que le maïs OGM, les ont plantés sur trois parcelles situées à 25m, 80m et 305m. Les semences ont été analysées avant plantation (aucune contamination OGM détectée). Les apiculteurs ont placé des ruches à différentes distances du champ OGM (400m, 1200m et 1500m), vérifiées et scellées par huissier.

« Les niveaux de contamination peuvent atteindre 34% »

Les analyses réalisées ensuite par le laboratoire Atlangène Applications(prélèvements faits par huissier) sur les échantillons de maïs et de pollens de ruches ont toutes révélé des contaminations. Pour la parcelle de maïs population la plus proche, le taux de contamination de l’ADN est de 0,3%, pour celle située à 80m le taux est de 0,1% et pour la plus éloignée la contamination est détectée mais non quantifiée.

« On assiste donc au démarrage d’une contamination qui est bien présente sur toutes les parcelles étudiées dans un rayon de 300 m », note le Civam. Celle-ci remet en cause la culture biologique et soulève des craintes pour les maïs « population » multipliés par les agriculteurs en raison d’un inévitable phénomène d’accumulation année après année (le seuil de 0,9% serait vite dépassé). Les producteurs de maïs bio espagnols ont été confrontés à ce problème et certains ont dû cesser leur production.

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« Les niveaux de contamination (après plusieurs années, ndlr) peuvent atteindre 34% (taux relevé sur un maïs local en bio dans la région de Huesca) » (Espagne), note encore le Civam.

Evaluer l’impact des OGM sur les abeilles

Pour ce qui est des pollens, les résultats sont plus surprenants : le premier lot analysé (distance de 400m) a une teneur en ADN transgénique évaluée à 40% et le troisième lot (distance de 1200m) de 40% à 50% tandis que dans le deuxième l’ADN OGM est détecté mais non quantifié. Les analyses de miel ne revèlent pas de contamination. Ce qui montre la grande difficulté à anticiper le comportement des abeilles.

Les apiculteurs s’inquiètent des effets des pollens OGM sur ces insectes « en raison de l’absence d’études permettant d’évaluer l’impact éventuel des OGM au travers de leurs effets insecticides, larvicides ou ovicides possibles sur la colonie d’abeilles ».

« Nous apportons avec cette expérimentation (…) un élément scientifique nouveau qui permet à la France de suspendre légalement toute autorisation de culture de maïs OGM, jusqu’à ce que des études complémentaires soient menées », conclut Guy Kastler, représentant le réseau Semences paysanne, évoquant le Protocole de Carthagène qui autorise les Etats à refuser les OGM au titre des risques pour les systèmes agraires existants et en raison de la responsabilité qu’ils ont d’assurer la liberté de choix des consommateurs et des agriculteurs.