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Lait Contrat-cadre, les OP du groupe Lactalis toujours désunies

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Les négociations au sujet du contrat-cadre imposé par la loi Sapin II, entre Lactalis et ses organisations de producteurs (OP), avancent plus vite que l’an passé, semble-t-il. Mais la diversité de réflexion entre les OP signe la rémanence de désaccords entre éleveurs.

Le groupe Lactalis négocie depuis plusieurs semaines son contrat-cadre avec les différentes organisations de producteurs (OP) comme le demande la loi Sapin II. Mais à écouter ces dernières, une fois encore, les différences de position et les désaccords sont palpables. Michel Ernault, trésorier de l’OP Lactalis Grand Ouest (OPLGO) se veut plutôt discret sur la question des négociations : « Nous n’avons pas grand-chose à dire ! ». Il reconnaît cependant qu’avec le groupe industriel, les discussions vont bon train. Pour lui, intégrer les coûts de production dans la formule de prix, comme le demande le projet de loi issu des États généraux de l’alimentation (EGA), n’a pas de sens. À moins que ce coût de production ne soit « un indicateur de prix de départ ». En effet, les producteurs sont toujours incités à réduire leurs coûts de production. Aussi, en intégrant ce coût de production dans la formule de prix du lait, « les producteurs resteront toujours la variable d’ajustement » dans la filière, explique-t-il. Pour lui, il s’agirait de « figer cet indicateur de coût de production » et d’intégrer des « indices » supplémentaires pour faire évoluer la formule.

Une reprise en main des volumes par l’OP

Côté facturation, rendue aux OP par le projet de loi EGA, la réponse de Michel Ernault est catégorique : « Ce n’est pas un sujet pour OPLGO ! ». Volume et qualité du lait semblent donc être mis de côté par OPLGO. « Nous sommes aussi efficaces que les autres OP », précise cependant, avec vigueur, Michel Ernault. Denis Jehannin, vice-président de France Milk Board Grand Ouest (FMBGO), est plus inquiet sur le sujet. La reprise en main de la facturation par les OP est un sujet crucial, selon lui.

"Le sujet [de la facturation, ndlr] n’est pas encore d’actualité" pour Fabrice Deshayes, président de l’organisation de producteurs APLBL et membre de l’Union nationale des éleveurs livreurs Lactalis (Unell). Mais, le cas échéant, il estime que les laboratoires d’analyse des Criel (Centres régionaux interprofessionnels d’économie laitière) pourraient prendre le relais pour donner ces informations (quantité et qualité) afin que la laiterie ne soit pas la seule détentrice de ces éléments indispensables à la facturation. Si « chaque producteur a la capacité de connaître son litrage », confirme-t-il, il doute cependant de la rigueur des adhérents quant à la régularité de la remontée des informations auprès de l’OP.

« Lactalis n’est pas fermé »

Actuellement, le contrat-cadre en négociation comprend une formule de prix avec 50 % du prix PGC France (produits laitiers valorisés par l’industriel sur le marché français), 20 % du prix export (produits laitiers valorisés à l’export) et 30 % du prix des produits industriels (beurre et poudre de lait). Christophe Malgouyres, président de l’OP Lactalis Rodez, estime que les « négociations sont assez sereines ». Lactalis « n’est pas fermé » à la mise en place de nouveaux indicateurs ou à faire évoluer la formule de prix, qui a déjà été testée « grandeur nature », d’après lui.

Denis Jehannin a observé de son côté une volonté de Lactalis de faire avancer rapidement les négociations avant le vote de la loi EGA. Un producteur membre de l’Unell reconnaît également que si les négociations n’avançaient pas bien vite l’an dernier, elles ont accéléré ces derniers temps. « On sent qu’ils ont envie d’être prêts si les choses tournent mal », relève-t-il.