Abonné

COOPÉRATIVE/CONVENTION RÉGIONALE Coop de France mise sur de nouvelles relations avec la grande distribution

- - 6 min

Si l'Ania évoque une « déflation » de l'industrie agroalimentaire causée par la guerre des prix imposée aux fournisseurs par la grande distribution, une fenêtre s'entrouvre sur de nouvelles pratiques entre la FCD et Coop de France par la mise en place de relations durables et éthiques.

Comment mieux travailler ensemble ? Pour passer de l'incantation à la réalité, Coop de France et la FCD (Fédération du commerce et de la distribution) signaient le 23 septembre dernier une convention nationale pour aller dans ce sens (Agra Alimentation du 1er octobre 2015). Bons sentiments, vœux pieux, ultime effet d'annonce ? Pas vraiment. Cette semaine, les deux partenaires signaient en Paca la première déclinaison régionale de la convention et dévoilaient quelques résultats, certes encore timides, mais prometteurs. « La coopération a compris que la production alimentaire française vivait une crise de compétitivité et qu'une guerre des prix était destructrice de valeur, rappelle Pascal Viné, délégué général de Coop de France, lors d'une matinée de présentation de la distribution locale, à l'occasion de la signature de cette charte régionale, le 24 mars. La situation est flagrante, depuis cet été avec la crise agricole et pourrait s'aggraver avec une probable chute du cours des céréales. Notre seule issue est de passer d'une culture fondée sur la production, à une démarche orientée sur le client, concevoir nos métiers désormais de la fourchette à la fourche sur notre marché naturel qu'est l'Europe. Nous avons entamé un plan stratégique sur cinq ans en ce sens (marquée par sa pub télé NDLR) ». Jacques Creyssel, délégué général de la FCD, parle de « new deal » et « d'accord structurant pour éviter les crises à répétition ». Il parle de « sortir des débats de théâtre pour aller dans le concret, par un travail en commun dans le respect des démarches sociétales (RSE) ». Et de rappeler que les dernières études Nielsen soulignent une croissance de 7 % des produits locaux en linéaires, quand le reste de la consommation alimentaire ne croît qu'au rythme de la démographie nationale. « La question n'est pas de changer une énième fois la loi mais de construire de bonnes pratiques entre nous ».

PREMIÈRES RELATIONS ÉTHIQUES

La signature de la convention de septembre a suscité déjà quelques actions exemplaires parfaitement reproductibles. L'hypermarché Auchan de la Seyne, à l'est de Toulon, a donné pour mission à Véronique Lautier, responsable sourcing marques locales de l'enseigne, de construire une relation durable. « Nous sommes partis à la recherche de producteurs locaux sur internet, sur les marchés de village, à la Ruche qui dit oui, à la CCI, dans nos contacts et auprès de Coop de France Alpes Méditerranée, explique-t-elle. Entre la première rencontre et la première commande avec le producteur, il ne se passe que trois semaines, parfois dix jours. Nous avons simplifié les procédures de référencement et nos 40 nouveaux fournisseurs ne disposent que d'un seul interlocuteur même si leurs productions se retrouvent dans plusieurs rayons. Le magasin a développé une PLV (publicité sur le lieu de vente) spécifique pour présenter le produit et sa provenance. Nous avons organisé des salons de deux jours en magasin avec les producteurs pour donner un visage à leurs produits ».

De son côté, Philippe Imbert, médiateur « relations industrielles et agricoles » pour le groupe Casino, souligne que son enseigne a signé des accords dans le Massif Central avec le groupe Altitude (Aurillac) sur la génisse pour alimenter les magasins du sud de la France, en agneaux pour 14 hypermarchés du Sud-Ouest, ainsi que sur du porc Label rouge. « Pour que le contrat fonctionne, nous travaillons sur des volumes significatifs, explique-t-il. Nous avons mis en place un cadre souple pourvu que la viande soit saine et traçable. Nous avons ainsi limité les contraintes imposées au prestataire. L'origine des produits, clairement identifiable dans le magasin, suscite l'intérêt du consommateur. Certaines filières peinent déjà à fournir ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Industrie agroalimentaire
Suivi
Suivre
grande distribution
Suivi
Suivre

VALEURS DE LA COOPÉRATION

Autre pratique exemplaire, celle de Carrefour et de Coop de France qui ensemble ont mis en avant la production des caves coopératives viticoles. L'enseigne a réalisé un catalogue de 32 pages tiré à sept millions d'exemplaires distribué du 8 au 14 mars mettant en avant l'esprit éthique et de proximité de la coopération. « Nous avons proposé les produits de 12 caves qui couvrent tous les terroirs de France avec des produits souvent médaillés, voire étoilés dans des guides, proposés en moyenne à 6,5 € quand notre prix moyen est de 3 € le col », explique Guillaume Georgeon, acheteur vins et spiritueux chez Carrefour. Pour sortir de cette culture discount, « les prix n'étaient pas affichés dans le catalogue et le jaune criard propre aux promotions était proscrit », ajoute Rachel Blumel, directrice du département Chaîne Alimentaire durable chez Coop de France. Sur le premier trimestre 2016, le plan média prévoyait une double page sur l'opération dans la revue de l'enseigne tirée à 350 000 exemplaires, 20 000 pochettes à l'image de l'opération pour ranger les billets achetés en magasin pour le salon de l'Agriculture, un habillage du site web de l'enseigne et le clip télé de Coop de France diffusé sur les écrans des magasins. « Cette semaine nous présentons notre démarche de production éthique et non délocalisable à MDD Expo (30 et 31 mars) et Pro Durable (les mêmes jours) spécialisé dans les démarches RSE, puis au Sial en octobre ».

En marge des rencontres, certains responsables commerciaux de coopératives reconnaissaient qu'ils faisaient de la figuration pour ne pas se fâcher avec leurs clients. Les responsables d'enseigne, dont certaines subissent des baisses structurelles et durables de chiffre d'affaires, reconnaissaient à demi-mot que leur planche de salut passait par l'amélioration de la relation humaine avec les fournisseurs. A Joël Reynaud, président de Coop de France Alpes Méditerranée de conclure : « Nous devons réaliser au moins une rencontre annuelle pour faire le point sur l'amélioration des relations entre la coopération et la distribution ». Le rendez-vous est pris.