Abonné

ELEVAGE PORCIN/MARKETING Cooperl engage la lutte contre l'antibiorésistance

- - 5 min

Cooperl va progressivement orienter sa production de porcs (5,670 millions de têtes l'an passé) sur le modèle d'un porc « sans antibiotique » et décliner sa gamme de viande et de salaisons avec des éléments marketing ad hoc. Le groupe s'oriente vers une montée en gamme de ses produits pour améliorer sa compétitivité.

LE groupe coopératif breton a dévoilé la semaine dernière un projet stratégique majeur sur lequel il travaillait depuis 2011 au sein de l'interprofession porcine. Cooperl Arc Atlantique a finalement décidé de faire cavalier seul pour en faire un élément de sa stratégie propre en segmentant sa gamme. Le gouvernement a lancé, en 2012, le plan Ecoantibio qui prévoit de réduire d'un quart l'usage des antibiotiques en élevage, d'ici à 2017. L'excès d'antibiotiques sur ordonnance pour les enfants ou sous la forme de résidus dans la viande peut renforcer la résistance des bactéries et constituer un problème de santé publique majeur. Dans ce dossier, Cooperl Arc Atlantique a procédé par étapes. En trois ans, il a d'abord étendu sa démarche de porc bien-être qui repose notamment sur la non-castration des jeunes mâles, les rendant plus robustes et plus résistants à certaines pathologies. Le travail a porté également sur la génétique et l'alimentation, en particulier pour réduire le risque d'odeurs sexuelles. Les trois quarts de sa production (5,670 millions de têtes l'an passé) répondent aujourd'hui à ce cahier des charges. Cooperl Arc Atlantique a ensuite bâti un cahier des charges spécifique sur la notion de porcs élevés sans antibiotiques et ouvert un grand chantier d'informations et de discussions avec les éleveurs.

1 MILLION DE PORCS SANS ANTIBIOTIQUES EN 2016

L'arrêt des antibiotiques s'entend à la fin du sevrage, c'est-à-dire quand le porcelet passe d'une alimentation lactée à une alimentation solide au terme de la sixième semaine et non pas lorsqu'il est enlevé à sa mère au bout de quatre semaines. Il lui reste alors quatre à cinq mois d'engraissement avant abattage, sans antibiotiques. Cooperl Arc Atlantique annonce une montée en puissance rapide de son offre en viande de porc élevé sans antibiotiques : 150 000 cette année, 1 million en 2016 et 1,5 en 2017.

Cette stratégie doit permettre à l'entreprise coopérative de Lamballe de générer demain, plus de valeur dans sa production de viande (environ 430 000 t l'an passé pour 2,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 15 usines et 5000 salariés), ont indiqué ses dirigeants la semaine dernière, lors du point presse annuel.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

sans antibiotiques
Suivi
Suivre
UNE CONCURRENCE ACCRUE

Le contexte reste tendu dans une filière qui a perdu, en dix ans, 3 millions de porcs à 23,5 millions de têtes élevées en France par an. Gad SAS, le numéro 3 du secteur, a fermé l'an passé un de ses deux outils dans le Finistère. Et « la restructuration industrielle va se poursuivre », est persuadé le président de Cooperl Arc Atlantique, Patrice Drillet. Cooperl Arc Atlantique a plutôt bien résisté dans la tourmente avec un résultat net de 13 millions d'euros, soit un peu plus du double que l'année précédente et une capacité d'autofinancement renforcée à 46 millions. Pour autant, le maillon de l'abattage-découpe dans la filière porcine reste fragile. Et les perspectives ne sont guère réjouissantes. Emmanuel Commault, directeur général de Cooperl Arc Atlantique, estime en effet que des distorsions de concurrence maintiendront la filière dans « une situation d'extrême concurrence ». Autant en raison « du dumping social (de l'Allemagne NDLR) qui n'est pas et ne sera vraisemblablement jamais réglé » que de l'importation prochaine de viande de porc du Canada et peut-être, dans un second temps, des Etats-Unis.

AUGMENTATION DES INVESTISSEMENTS

Cooperl Arc Atlantique a donc choisi de tout faire pour « monter en gamme » son offre et l'éloigner « du standard à faible coût », poursuit le directeur général de Coo-perl Arc Atlantique. En segmentant sa gamme vers le porc sans antibiotique, mais aussi par de l'innovation produit. Le groupe a accéléré l'an passé les investissements dans l'aval de sa filière (viande et salaisons) en injectant 49 millions d'euros dans ses usines, contre 40 millions en 2012. Il prévoit de consacrer cette année de nouveau une cinquantaine de millions d'euros dans son parc industriel. Toujours pour améliorer sa compétitivité et renforcer sa capacité à innover. En parallèle, de gros efforts d'innovation ont été réalisés pour créer de la valeur sur les produits.

Sa marque Brocéliande, jusqu'à présent cantonnée à la salaison libre-service, va devenir l'estampille vedette de l'entreprise sur toute la largeur de sa gamme, de la viande aux produits de salaisons. Cooperl réduira donc progressivement ses ventes sous marques de distributeurs. Les premiers produits issus de porcs élevés sans antibiotiques devraient sortir d'ici la fin de l'année. « C'est un projet qui suscite beaucoup d'intérêt du marché, en France comme à l'étranger où Cooperl Arc Atlantique réalise 35 % de ses ventes », souligne encore Emmanuel Commault.