Cooperl et son partenaire local Xinda ont inauguré, le 25 mars, leur nouvelle ferme de sélection génétique en Chine, à proximité de la ville d'Anyang (province du Henan). Patrice Drillet, président du groupe et Emmanuel Commault, directeur général, détaillent la stratégie de la coopérative dans l'Empire du Milieu.
Quel est l'intérêt de la Chine pour Cooperl ?
Emmanuel Commault : Nous sommes présents en Chine depuis une quinzaine d'années, avec des ventes de viande et de génétique. C'est un débouché important pour les éleveurs et la coopérative. La Chine représente environ 10 % de nos 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires, avec une valorisation globalement intéressante, même si elle varie d'une année à l'autre. Outre les immenses besoins de la Chine sur le marché porcin, il est important d'être présent dans plusieurs zones géographiques. Quand le marché russe s'est fermé, nous avons redéployé nos efforts commerciaux vers l'Asie, et notamment la Chine.
Patrice Drillet : En quinze ans, nous avons construit la marque Cooperl en Chine. L'élevage ouvert avec Xinda renforce cette image. Nous y observons les mêmes règles sanitaires qu'en France et il nous sert de vitrine pour nos clients, que ce soit pour la vente de génétique ou de viande.
Concrètement, comment se matérialise votre présence en Chine ?
Nous avons une société en propre sur l'importation et le négoce de viande, qui représente la majeure partie de notre activité, ainsi qu'une coentreprise dédiée à la génétique, détenue à parité avec Xinda, un éleveur porcin important. Cette dernière a investi dans un élevage de sélection génétique que nous avons inauguré le 25 mars. Nous y aurons, à terme, 1 500 animaux reproducteurs, destinés à améliorer la génétique en Chine. (En France, Cooperl compte 3 500 truies en sélection génétique, ndlr). Les besoins sont immenses, et nous avons déjà signé un premier contrat avec le groupe groupe T'zan Zhong, qui prendra livraison de 500 reproducteurs dès leur mise en marché, à l'automne prochain.
Nous avons aussi commencé à exporter du jambon blanc, à marque Brocéliande, vers la Chine l'an passé, et nous allons lancer huit nouvelles références cette année, avec des rôtis cuits et des saucissons cuits, nature et fumée. C'est une activité prometteuse.
Pourquoi est-il si important pour Cooperl d'être présent matériellement dans la sélection génétique en Chine, alors que le groupe exporte des reproducteurs ? Ne craignez-vous pas un effet de cannibalisation ?
Emmanuel Commault : Pour répondre à votre deuxième question, il y aura toujours un marché pour les produits importés de France, que ce soit en génétique ou en viande, car l'intérêt pour les produits sûrs et tracés est très important en Chine.
En ce qui concerne notre stratégie, nous avons une très bonne génétique, que nous vendons déjà sur une quinzaine de pays. Avec ce projet en Chine, nous consolidons la vocation mondiale de cette activité. Beaucoup de nos concurrents sont déjà présents sur ce marché. La Chine produit un porc sur deux dans le monde et il serait illusoire de croire que nous pouvons servir le marché exclusivement depuis la France, ne serait-ce que pour des questions de prix de vente. De même que l'équilibre des ventes de certains produits de viande requiert d'être présent sur le marché mondial, la génétique doit être envisagée à l'échelle mondiale.
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Cette présence en Chine apporte-t-elle d'autres avantages à Cooperl que des développements commerciaux ?
Emmanuel Commault : Le fait de peser certaines problématiques dans un contexte international plutôt que dans un contexte régional permet de les gérer beaucoup mieux. Nous avons ainsi beaucoup progressé en ce qui concerne nos systèmes d'information ou encore nos achats.
Que répondez-vous à ceux qui se demandent si le rôle de Cooperl est d'investir en Chine ?
Patrice Drillet : Si nous ne le faisons pas, d'autres le feront à notre place. Soit nous restons dans la bataille, soit nous compromettons notre avenir. L'activité en Chine ne vient pas concurrencer la France, au contraire, elle offre des débouchés supplémentaires. Pour sa pérennité, Cooperl doit se positionner sur les marchés pertinents pour chacune de ses activités.
Face à la crise de la filière porcine, Bruxelles a récemment annoncé de nouvelles mesures. Quels sont vos commentaires à ce sujet ?
Patrice Drillet : Les nouvelles mesures d'aides au stockage privé annoncées par Bruxelles n'ont été demandées par aucun professionnel de l'abattage-découpe.
Emmanuel Commault : Bruxelles propose une mesure ponctuelle, mais la seule solution, c'est de véritablement s'attaquer aux distorsions de concurrence. Il y a tout de même eu une bonne nouvelle, avec l'autorisation donnée par Bruxelles d'étiqueter l'origine de la viande dans les produits transformés en France.