La Cop25, qui s’est terminée à Madrid le 13 décembre, a accouché selon la plupart des observateurs français d’un bilan trop léger par rapport aux enjeux. Une préparation insuffisante et une présence politique trop discrète ont contribué à cet échec, mais aussi de vraies divisions, comme sur le marché du carbone.
En fin de Cop, d’habitude, les négociateurs marchent au pas de course, les ministres empoignent tous les micros tendus, et les pays organisateurs poussent les nations, juste avant la clôture des débats, à être au rendez-vous des ambitions. Cette année pourtant, à Madrid, l’ambiance en fin de session était très calme. « Les quarante-huit dernières heures ont été très douloureuses », résume Pierre Cannet, co-directeur des programmes du WWF France.
Douloureuses de lenteur, car les responsables politiques manquaient pour battre le rappel des troupes. La France, malgré les regrets exprimés sur « un manque d’ambition climatique », ne fait pas exception à cette règle. Le Premier ministre a fait un passage remarqué mais rapide lors de l’ouverture. Et la ministre de l’Ecologie, Elisabeth Borne, qui a fait le déplacement sur deux jours, est repartie avant le sprint de négociation final. Seule exception notable, Teresa Ribeira, ministre de l’Environnement espagnole, a su, d’après de nombreux observateurs, se mettre au service de la déclaration finale.
Un verre plutôt vide
Certains points de cette déclaration sont positifs, notent les observateurs français. La mention de la science, bien que sous une forme consultative, est perçue comme encourageante. Tout comme la main tendue aux acteurs non-étatiques, en rappelant leur importance dans les négociations, et en prévoyant leur implication dans la prochaine Cop.
Mais les points techniques sur lesquels cette Cop était attendue n’ont pas été résolus. Prévu par l’article 6 de l’accord de Paris, le futur marché international du carbone peine à trouver des règles qui fassent consensus. Certains pays, comme le Brésil et l’Australie souhaiteraient pouvoir compter leurs réductions d’émissions au titre de leur bilan national, tout en les proposant à l’achat. Une double comptabilité dénoncée par une nouvelle coalition qui a pris forme lors de cette Cop.
« On a vu des acteurs, comme les pays latino-américains, mais aussi l’Allemagne et la France, se fédérer autour des principes posés à San Jose au Costa Rica, pour refuser de transiger sur l’authenticité des réductions d’émissions, et imposer de bonnes règles de comptabilité », indique Lola Vallejo, directrice climat à l’Iddri.
Autre déception, le mécanisme de Varsovie sur les pertes et préjudices, prévu pour compenser les dégâts du changement climatique chez les États les plus vulnérables, n’a toujours pas trouvé son financement, ni son mode de gouvernance. « On est arrivé à une position de compromis, pour mieux coordonner la gestion des fonds actuels. L’idée n’est plus de créer une nouvelle ligne de financement, mais de voir comment la question climatique peut irriguer l’aide internationale », précise Lola Vallejo.
Cop maudite
Si elle n’a pas livré de résultats probants sur le plan technique, la Cop25 aurait pu être une réussite diplomatique. Mais là encore, les observateurs sont sévères. « Il y a eu des ratés dans le processus de préparation, et des erreurs dans la gestion de l’équipe chilienne, qui n’a pas donné le sens d’urgence nécessaire aux discussions », estime Paul Watkinson, négociateur climat pour le gouvernement français.
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Des ratés liés, entre autres, à une organisation précipitée. Refusé par le Brésil en novembre 2018 après l’élection de Jair Bolsonaro, l’évènement aurait ensuite dû avoir lieu au Chili. Mais deux mois avant son ouverture, en octobre dernier, Sebastian Piñera a renoncé à l’accueillir en raison du mouvement de contestation qui agite son pays. L’Espagne, sauvant l’honneur de la communauté internationale, a finalement récupéré l’événement en catastrophe, avec deux mois pour en organiser tous les détails.
Déni politique
Ces heurts dans l’organisation sont perçus comme une cause de l’échec de la Cop25, mais aussi comme un symptôme d’un problème plus profond, qui concernera les prochaines Cop. « Il y a un manque de leadership des grands pays émetteurs. Les USA, le Brésil, l’Australie ou l’Arabie Saoudite ont tout fait pour bloquer les avancées », souligne Armelle Lecomte, porte-parole Climat et Energie chez Oxfam. Le Green deal européen pourrait jouer le rôle nécessaire de rassemblement politique, en encourageant la Chine à se positionner. Avec une annonce tardive, à quelques jours de la clôture de l’événement, ses effets tardent cependant à se faire ressentir. « L’enjeu désormais, c’est que l’Union européenne arrive avec une ambition relevée pour 2030 », précise Pierre Cannet.
« Les quarante huit dernières heures ont été très douloureuses »
« Il y a un manque de leadership des grands pays émetteurs »
Un agenda dense avant la Cop26
Tous les espoirs se tournent donc déjà vers la Cop26, lors de laquelle les pays devront soumettre de nouvelles contributions sur leurs réductions d’émissions. Un calendrier international très dense à l’automne pourrait toutefois bousculer la donne. Les États-Unis, notamment, quitteront officiellement l’accord de Paris le 4 novembre, soit le lendemain de leurs élections présidentielles. Sans oublier que la Cop26 prendra place à Edimbourg, en Ecosse, à l’issue de la première année d’un Brexit qui devrait chahuter le Royaume-Uni.
Londres aura-t-elle le temps de concilier sa sortie de l’Union et son rôle de berger climatique ? Le choix du champion britannique, personnalité chargée de maintenir la dynamique, sera crucial selon Paul Watkinson. « Il faudrait que soit quelqu’un de très haut niveau. On a besoin d’une réflexion nourrie sur le rôle des conférences. Ce n’est plus qu’une réunion technique, mais cet aspect-là n’a même pas fonctionné cette année ». Définition du rôle des Cop, mobilisation des gouvernements, et relèvement des ambitions : espérons que le champion commence déjà à s’entraîner.