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Coronavirus : l'Onu et l'OMC alertent d’un risque de crise alimentaire mondiale

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Les dirigeants de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ont dans un rare communiqué commun publié le 31 mars, alerté d’un risque de crise alimentaire mondiale dans le cas où il y aurait une vague massive de restrictions à l’exportation. Face à cette éventualité, la FAO a établi une feuille de route afin d’atténuer les répercussions sur l’agriculture et les systèmes alimentaires mondiaux.

En raison des perturbations des marchés des denrées agricoles, du manque de bras dans les champs ou encore de la protection déficiente des salariés de l’agroalimentaire face au coronavirus, les dirigeants des trois organisations multilatérales, Qu Dongyu de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Tedros Adhanom Ghebreyesus de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et Roberto Azevêdo de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), mettent en garde, dans un rare communiqué commun publié le 31 mars, contre un risque de crise alimentaire mondiale.

Ces derniers soulignent que « les incertitudes liées à la disponibilité de nourriture peuvent déclencher une vague de restrictions à l’exportation, provoquant une pénurie sur le marché mondial ». Ils précisent que « de telles réactions peuvent contribuer à altérer l’équilibre entre l’approvisionnement alimentaire et la demande, avec pour conséquence des augmentations de prix et une hausse de leur volatilité. Les populations les plus vulnérables et en situation d’insécurité alimentaire seront alors les plus durement touchées ». Par ailleurs, Qu Dongyu, directeur général de la FAO, a indiqué le 26 mars dans le cadre d’un sommet virtuel extraordinaire, aux leaders des pays du G20, qu’« il est important d’assurer que les chaînes de valeur alimentaires ne soient pas perturbées et qu’elles puissent continuer à bien fonctionner tout en favorisant la production et la disponibilité d’une nourriture saine, diversifiée et nutritive ». Il a également assuré que, pour l’instant, « les marchés alimentaires mondiaux étaient bien approvisionnés » (1) tout en instant sur « la nécessité de prendre des mesures fortes afin de garantir la transparence et la stabilité des marchés nationaux et mondiaux, grâce à des informations opportunes et fiables ». À cette fin, il précise que « la FAO et le Système d’information sur les marchés agricoles (AMIS), lancé par le G20 en 2011, continuera son travail de suivi des marchés alimentaires et fournira des informations régulières ».

Un plan d’urgence pour garantir l’approvisionnement alimentaire mondial

Pour atténuer les répercussions sur l’agriculture et les systèmes alimentaires mondiaux, la FAO par la voix de son économiste en chef, Maximo Torero Cullen, propose ainsi aux pays un cadre de travail afin de mettre en place des plans cohérents et solides. Dans cette feuille de route, celui-ci souligne notamment l’importance de maintenir le commerce alimentaire mondial en particulier pour les pays importateurs de denrées alimentaires de base (pays africains principalement) qui sont particulièrement vulnérables en cas de ralentissement du volume commercial et de dévaluation monétaire. Il précise qu’à cette fin, « il faudra empêcher les politiques protectionnistes, qui se sont manifestées sous la forme d’une hausse des taxes à l’exportation ou par des interdictions directes à l’exportation lors de la crise des prix des produits alimentaires en 2008 ». La FAO indique également qu’il est important de garder intact les chaînes d’approvisionnement, et précise à cet égard qu’« il est à la fois question d’abordabilité mais aussi de disponibilité et d’accessibilité ». Par ailleurs, le chef économiste de la FAO préconise, pour assurer la sécurité des travailleurs impliqués dans les systèmes alimentaires, « de mettre en place des mesures sanitaires dans chaque pays, d’autonomiser les politiques favorisant les congés maladies, la distanciation sociale et de renforcer les capacités, ou encore de fluidifier le processus de livraison des denrées alimentaires. Tout en interdisant l’accès des visiteurs aux sites de production, aux entrepôts et aux marchés de gros ».

En outre, la FAO propose aussi que des subventions pour les agriculteurs pauvres soient octroyées ainsi que des subventions pour relancer la production. À cette fin, son économiste en chef explique que « les banques peuvent renoncer aux frais et prolonger leurs dates limites de paiement et tout en les incitant à financer des projets agricoles et ainsi aider les agro-entreprises de petite et moyenne taille et leur main-d’œuvre à se maintenir ». Et d’ajouter que « pendant cette situation d’urgence, les gouvernements peuvent acheter des produits agricoles des petits agriculteurs afin d’établir des réserves d’urgence stratégiques à des fins humanitaires ». En parallèle, la FAO appelle aussi les États à augmenter les capacités afin d’améliorer l’aide alimentaire d’urgence et à renforcer les filets de sécurité pour les populations vulnérables.

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Aujourd’hui, la FAO assure qu’« il est crucial de mettre en place ces mesures rapidement et encourager ainsi une coopération internationale afin d’aider les pays à lutter efficacement contre l’épidémie de coronavirus ».

(1) Voir n° 3735 du 30/03/2020

Baisse sévère des prix alimentaires mondiaux en mars

Fortement perturbés par l’épidémie de coronavirus, les prix mondiaux des produits alimentaires enregistrent pour le mois de mars une nette baisse de 4,3 % par rapport à février, indique l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dans son bulletin mensuel publié le 2 avril. « Ces baisses de prix s’expliquent en grande partie par les facteurs relatifs à la demande et non à l’offre » influencés par des perspectives économiques qui tablent vers une constante détérioration, précise Abdolreza Abbassian, économiste principal à la FAO. Sur le marché mondial, le prix du sucre a enregistré la plus importante baisse de 19,1 % par rapport au mois précédent. Les prix mondiaux de l’huile ont également alimenté cette chute avec une baisse de 12 % des prix des huiles végétales. « Les prix des huiles ont diminué de moitié le mois dernier, reflétant un effet à la baisse sur les biocarburants, qui représentent une source importante de demande sur les marchés du sucre et des huiles végétales », indique Peter Thoenes, analyste à la FAO. Par ailleurs, en raison de l’abondance des stocks et d’une forte baisse de la demande de la part du secteur des biocarburants, les prix du maïs ont également baissé. La FAO indique également que les prix des produits laitiers suivent cette tendance baissière en chutant de 3 % tout comme les prix des céréales qui baissent de 1,9 % depuis février ou encore les prix de la viande qui baisse de 0,6 %. En revanche, les prix mondiaux du riz ont augmenté pour le troisième mois consécutif.