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Coup d’arrêt à la hausse des valeurs européennes de l’agroalimentaire au troisième trimestre

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Après trois trimestres consécutifs de hausse, l’IAA 80 d’Unigrains, regroupant les valeurs européennes de l’agroalimentaire, est repassé dans le rouge au cours du troisième trimestre de 2021. Les craintes d’un second semestre plus compliqué que prévu pèsent sur les marchés boursiers. Mais sur un an, l’IAA 80 conserve son avance avec une progression de 9 %.

L’embellie du deuxième trimestre, qui avait permis aux valeurs européennes de l’agroalimentaire de retrouver leurs niveaux d’avant la crise, n’a pas duré. L’indice IAA 80 d’Unigrains, tout comme les indices boursiers globaux, a marqué le pas au troisième trimestre (période de juin à septembre), sur des craintes d’un second semestre et d’une année 2022 plus compliqués qu’initialement escompté. « Les investisseurs voient d’un mauvais œil le resserrement de plus en plus probable des politiques monétaires des banques centrales, alors que les tensions inflationnistes ne diminuent pas. La croissance économique semble aussi marquer le pas aux États-Unis et en Europe, tandis que les doutes s’accumulent sur la capacité de la Chine à maintenir son rythme actuel de croissance », explique l’analyste d’Unigrains. L’IAA 80 a reculé de 4,4 % sur ce troisième trimestre, après une hausse de 8,4 % sur les trois mois précédents. Pour autant, l’IAA 80 reste dans le vert sur un an, avec une progression de 9 %, tout comme le sous-indice Food à +1,8 et le segment Boisson (+24 %).

La frilosité des investisseurs observée ce troisième trimestre sur les valeurs de l’agroalimentaire s’explique aussi par leurs inquiétudes sur la capacité du secteur à répercuter sur les consommateurs les hausses généralisées et parfois historiques des matières premières agricoles, mais aussi des emballages, des transports et de l’énergie. À l’heure où s’ouvrent les négociations commerciales entre fournisseurs et distributeurs, le sujet de l’inflation généralisé des coûts de production pour les fabricants de l’agroalimentaire est sur toutes les lèvres. L’Adepale (porte-parole de 400 établissements des TPE, PME, ETI en France via six syndicats membres) vient d’ailleurs de lancer « un appel à la distribution et à la restauration afin que les négociations à venir soient l’occasion d’une collaboration renforcée pour préserver les entreprises ».

Du bon comme du moins bon

À noter, durant ce trimestre, la meilleure résistance du sous-indice « Food » qui se replie de 2,4 %, alors que le segment « Boisson » cède 7,6 %. Celui-ci « est tiré vers le bas par le sous-secteur Brasserie (-16 %), qui concentre ses trois pires performances trimestrielles : AB-Inbev, Carlsberg et Heineken », relève Unigrains. Une contreperformance qui revient essentiellement à AB Inbev qui accuse le plus fort retrait (-19,1 %) « confronté tout à la fois à une dette trop élevée et une rentabilité difficile à maintenir dans le contexte d’un marché en pleine mutation », souligne l’analyste. On notera au sein de ce sous-segment « Boisson », la bonne tenue des valeurs vins et spiritueux au troisième trimestre, tirées par les poids lourds de la cote que sont Diageo (+2,8 %), Pernod Ricard (+2 %) et Campari (+6,8 %), dont les investisseurs estiment qu’ils ont « les reins assez solides pour leur permettre de traverser les prochaines turbulences sans véritables dommages », explique l’analyste. Plusieurs opérations de fusion-acquisition ont en outre contribué à tirer à la hausse le segment des vins et spiritueux. « En septembre les actionnaires de Stock Spirits (+43,6 %) ont donné leur feu vert pour son acquisition par le fonds CVC, et le finnois Altia (+83,6 %) a fusionné avec le norvégien Arcus pour donner naissance au groupe Anora », relève Ungrains.

Concernant les valeurs du sous-indice Food, l’analyste pointe du doigt les performances négatives de neuf d’entre elles comme étant le reflet de leur stratégie. « La conjoncture sanitaire et économique ayant moins de prise sur l’industrie alimentaire, les variations des valeurs Food ont continué à surtout refléter les forces ou faiblesses intrinsèques des business models que la crise sanitaire a pu par ailleurs amplifier ou révéler. » À titre d’exemple, sont notamment cités Hochdorf ou encore Ebro. Le groupe suisse, dont l’action cède 37 % sur le troisième trimestre, « fait figure de mouton noir. Sa sous-performance n’est pas nouvelle puisque le cours baisse depuis 2017. Un plan de réduction des coûts avait été mis en place en 2019 mais n’a pas été suffisant pour permettre de se montrer résiliente face à la crise », est-il indiqué dans la note d’Unigrains. Quant à Ebro (baisse des cours de 17 %) « la marge de manœuvre pour améliorer croissance et rentabilité sur le long terme est jugée faible. Les effets positifs de la crise sanitaire sur les ventes et profits ainsi que la cession des activités pâtes, moins rentables, n’ont par définition qu’un impact positif ponctuel », est-il expliqué.

Très bonne tenue des valeurs françaises

De son côté, le sous-indice FR 13 (composé des treize valeurs françaises de l’agroalimentaire) est resté quasi stable au troisième trimestre (-0,4 %), en ligne avec le CAC 40 (-0,5 %), l’indice phare de la Bourse de Paris. Cette bonne résistance tient à la composition de l’indice Unigrains. En effet, Pernod Ricard et Danone représentent 87 % de sa capitalisation au 30 septembre et Pernod-Ricard « qui vole de records en records, est soutenu par des résultats et des perspectives de croissance solides », ajoute encore le spécialiste. Et l’IAA 80 converge désormais à la baisse avec son homologue américain établi par Unigrains, l’US 62 (composé de 62 valeurs américaines de l’agroalimentaire). L’indice américain d’Unigrains « perd 2,1 % sur le trimestre, lui aussi affecté par les inquiétudes sur l’environnement macro-économique ». Mais sur un an, l’IAA 80 garde une petite longueur d’avance sur l’indice composé des valeurs de l’agroalimentaire américaines qui gagne quant à lui 8 %.

Et en dépit de ce coup d’arrêt à la hausse de l’indice, les valorisations demeurent à des niveaux élevés. En effet, la valorisation moyenne de l’IAA 80, mesurée en multiple de l’Ebitda, au troisième trimestre s’inscrit à 15,6x, contre 16,0x au trimestre précédent. « Un tel niveau reste historiquement élevé, toujours soutenu par la reprise économique et l’abondance de liquidités sur les marchés », note Unigrains. Et la palme de valorisation revient au sous-segment Boisson à 16,2x (contre 17,7x au deuxième trimestre), la composante Food restant stable à 15,1x (contre 15,0x). On retiendra que dans le contexte actuel, « le FR 13 a retrouvé sa prime de cherté vis-à-vis du CAC 40 » à respectivement 13,5x et 12,2xs. « À repli similaire de capitalisation boursière sur le trimestre, l’effet de ciseau lié au regain de profits au premier semestre a été moins fort pour le FR 13 que pour le CAC 40, celui-ci intégrant une plus forte proportion d’entreprises évoluant dans des secteurs cycliques », explique Unigrains.

L’IAA 80 reste dans le vert sur un an, avec une progression de 9 %

En dépit de ce coup d’arrêt à la hausse de l’indice, les valorisations demeurent à des niveaux élevés

Zoom sur les valeurs britanniques : le Brexit et Unilever

Unigrains s’est penché sur les conséquences potentielles du Brexit sur l’évolution des seize valeurs britanniques de l’agroalimentaire, regroupées au sein de ce qu’il appelle l’UK 16. Si « la baisse conséquente des exportations vers l’Union européenne, ainsi que les pénuries de main-d’œuvre et de gaz carbonique – affectant l’industrie de la viande tout autant que celle des sodas – pouvaient laisser présager d’un décrochage du UK 16 vis-à-vis de l’IAA 80 », il n’en a rien été. Sur un an en effet, le UK 16 qui affiche une hausse de 6,7 % talonne l’IAA 80 (+9 %). Selon Unigrains, cet écart est « entièrement imputable à la plus grosse valeur du sous-indice britannique, Unilever (-11,8 % au troisième trimestre), qui représente 47 % de sa capitalisation boursière totale au 30 septembre 2021. Hors Unilever, l’UK 16 surperforme même très largement l’indice Unigrains, à +30,1 % contre +12,8 % », note l’analyste. De fait, ce dernier rappelle que l’action Unilever est sur une tendance baissière depuis août 2019. « Au-delà de sa forte exposition aux pays émergents pénalisante à court terme, Unilever ne parvient pas à convaincre les marchés qu’il peut améliorer durablement son rythme de croissance et sa rentabilité. Face à sa plus forte hausse de coûts depuis 2011, sa capacité à augmenter ses prix de vente sans sacrifier ses volumes apparaît limitée. Cela réduit d’autant ses marges de manœuvre en matière d’investissements – marketing, capex et R & D – dont la relance après plusieurs années de baisse est jugée nécessaire pour maintenir sa compétitivité ».

Une analyse que ne vient pas contredire la récente publication du groupe. Le 21 octobre, Unilever a publié pour le troisième trimestre de l’exercice 2021 un chiffre d’affaires de 13,5 milliards d’euros, faisant ressortir une croissance organique de 2,5 % (+4 % en publié). Soutenue aux États-Unis, en Inde, et en Chine, les trois marchés prioritaires du groupe, la croissance a été tirée par la hausse des prix de 4,1 %, « pour compenser la hausse des coûts des matières premières et des autres intrants », souligne-t-il dans son communiqué, tandis que les volumes se repliaient de 1,5 %. Un repli qui n’est sans doute pas sans lien avec l’augmentation des prix…