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C’est leur résolution pour cette année : les membres de l’Académie d’agriculture ont programmé pour 2012 un dépoussiérage notable de leur institution.
L’Académie d’agriculture a-t-elle perdu son lien avec la société? « Laboratoire d’idées », comme ses membres aiment à la définir depuis 1761, l’institution a toujours poursuivi ses travaux de réflexion, mais semble souffrir à son âge de ne parvenir à les faire vivre hors de son cercle. Redevenir « un lieu de débat, de discussion, voire même de confrontation entre scientifiques, acteurs économiques et société civile », telle est l’ambition de ses 120 membres pour cette nouvelle année académique qui commence. Le défi est grand puisque la première marche consistera à étudier la baisse progressive de l’âge de l’éméritat et de l’honorariat, aujourd’hui fixé à 80 ans. « Cela nécessitera de toiletter les statuts et le règlement intérieur, ce qui ne paraît pas insurmontable, même si des difficultés ont été rencontrées dans le passé pour y parvenir », a rappelé le secrétaire perpétuel Gérard Tendron qui, à l’occasion de la séance de rentrée solennelle de la compagnie qui s’est tenue le 3 octobre, à Paris, s’est fait le porte-parole de la modernisation programmée de l’institution, tant dans son organisation que son fonctionnement. Son site Internet sera également rénové et une réflexion s’apprête à être lancée sur le devenir de ses publications traditionnelles sur support papier. Des illustrations et de la couleur ne nuiraient pas en effet à la qualité des travaux présentés, a argumenté Gérard Tendron : il s’agit pour les académiciens de mieux valoriser leurs missions et de les faire connaître à un plus large public. Cet objectif sera aussi poursuivi par la création d’un nouvel outil, de type bulletin ou revue.
Des cérémonies à nouveau d’actualité
Mais se rendre attractif demande d’aller au-delà d’un simple lifting : la maison entend également remettre au goût du jour quelques coutumes laissées de côté au fil des ans. La cérémonie de présentation des nouveaux membres titulaires par leur parrain devrait notamment faire sa réapparition. L’accueil des nouveaux correspondants nationaux sera aussi plus marqué. Lui redonner du caractère, lui redonner vie... L’Académie prévoit même d’ouvrir ses portes et de louer à l’occasion ses salles. Une autre façon aussi pour elle de financer certains de ses projets. « Nous devons nous adapter au changement et jouer plus que jamais notre rôle social auprès des pouvoirs publics, des décideurs, des acteurs professionnels, de la société civile et des médias », a estimé Gérard Tendron. Pourquoi ne pas envisager sa modernisation à travers également une ouverture plus grande aux femmes ? Si elles furent majoritaires à être récompensées lors de la remise des prix de l’Académie, ce 3 octobre, pour leur travail de recherche ou leur mémoire de fin d’études, elles sont seulement 10% aujourd’hui parmi les 120 membres, les 180 correspondants, les 60 membres étrangers et les 60 correspondants étrangers de l’institution. En marge de la séance, le président de l’Académie d’agriculture, Jean-François Colomer, a précisé que 7 personnes dont 4 femmes seraient présentées aux élections de la compagnie qui se tiendront 12 décembre. Le mouvement s’apprête à s’amorcer.