Abonné

Coût du travail : Légumes de France craint les effets de la fin du CICE

- - 4 min

Le coût de la main-d’œuvre en France est bien supérieur à celui des pays qui font concurrence aux producteurs de légumes français. Et la fin du CICE risque de handicaper davantage les maraîchers français, s’inquiète Légumes de France.

« La main-d’œuvre représente 30 à 70 % des coûts de production pour un maraîcher », selon Céline Vila, responsable de la commission travail chez Légumes de France. Pour un producteur de mâche, il faut compter 30 %, car « c’est une production mécanisable » ; pour un producteur d’asperges, le coût de la main-d’œuvre couvre 70 % des coûts de production. La compétitivité des producteurs français dépend de fait en très grande partie du coût de la main-d’œuvre. Depuis 2008, Légumes de France réalise une veille des coûts de la main-d’œuvre dans les pays dont les productions concurrencent les producteurs français. Et c’est bien en France que les salariés coûtent le plus cher : 22 % de plus qu’en Allemagne, 30 % de plus qu’en Espagne, 35 % de plus qu’en Italie, 37 % de plus qu’en Belgique, et même 302 % et 1 580 % de plus qu’en Pologne et au Maroc !

Des dispositifs d’allégement

Le dispositif TO-DE, qui permet l’exonération de cotisations patronales pour les contrats de travail temporaire, a permis aux agriculteurs français de limiter l’écart de compétitivité avec les autres pays, explique Céline Vila. Car il faut savoir que dans la branche de la production de légumes, sur 200 000 emplois salariés, 120 000 sont des contrats saisonniers dont plus de 60 000 supérieurs à 6 mois, précise encore Céline Vila. « Le poids de l’exonération est vital », insiste-t-elle. Le TO-DE a évolué en 2013, la nouvelle version ayant notamment mis un terme à l’exonération des cotisations accident du travail et maladies professionnelles.

Cependant en 2013 également, l’apparition du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) a compensé les évolutions du TO-DE. Le CICE permet aux entreprises employant des salariés de bénéficier d’une réduction de leur impôt (sur le revenu ou sur les sociétés) qui a également contribué à améliorer la compétitivité des exploitations maraîchères.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

concurrence
Suivi
Suivre

Des charges à nouveau en hausse ?

Les producteurs de Légumes de France sont inquiets pour la suite : les députés ont voté la fin du CICE pour le 1er janvier 2019. « Il nous reste un an pour agir », affirme Céline Vila. Le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2018 prévoit en effet de remplacer les effets du CICE par un nouveau dispositif d’allégement de cotisations sociales pour les employeurs. « L’objectif selon les pouvoirs publics est d’arriver à zéro charge pour les contrats au SMIC », explique Céline Vila. Mais « les emplois saisonniers coûtent au minimum 1,1 Smic, c’est-à-dire le Smic auquel il faut ajouter 10 % pour payer les congés. Bref, on ne sera pas au maximum de l’allégement ! ».

Pour Légumes de France, il est évident que les baisses de charges ne viendront pas compenser la fin du CICE. « Il faut revenir au régime TO-DE appliqué avant le 1er janvier 2013 et l’étendre aux salariés permanents », estime Légumes de France. C’est, selon le syndicat, la meilleure des solutions à court terme, tant qu’une « harmonisation sociale européenne » n’est pas mise en place.

« Le poids de l’exonération est vital. Il nous reste un an pour agir »