Les intrants de l’agrochimie (engrais, phytos) coûtent cher aux agriculteurs… et à la société. Un rapport du Commissariat général au développement durable (CGDD), publié le 13 janvier, estime que l’utilisation des engrais azotés coûterait entre 0,9 et 2,9 milliards d’euros chaque année à la société. Mais le coût sociétal de l’agriculture, pour être complet, doit aussi prendre en compte les externalités positives de l’agriculture.
Pollution de l’eau, pollution de l’air, dégradation de la biodiversité… c’est la douche froide pour les produits phytosanitaires et les engrais azotés ! Le CGDD a publié un rapport le 13 janvier sur le coût pour la société des externalités environnementales (1) générées par l’usage d’engrais azotés et de produits phytosanitaires dans l’agriculture. « L’étude du bilan de la circulation de l’azote dans l’agriculture fait apparaître des quantités non négligeables d’azote en excès, qui pourraient atteindre 1,5 million de tonnes par an, non assimilées par les plantes et rejetées dans l’eau, dans l’air ou stockées dans le sol », lit-on dans le rapport. Les externalités environnementales liées à l’usage agricole des engrais azotés coûtent entre 0,9 et 2,9 milliards d’euros par an, selon cette même étude. Les externalités prises en compte sont la pollution de l’eau, de l’air, le changement climatique et la dégradation de la biodiversité.
Des pistes d’amélioration
Néanmoins, le manque de données est immense pour déterminer la valeur des externalités de l’agriculture. « Il faut des informations précises », explique Hervé Guyomard, directeur scientifique de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique). L’objectif est de réduire les externalités négatives. Le CGDD liste des pistes d’amélioration : fiscalité spécifique aux engrais minéraux, marchés de permis négociables pour les effluents d’élevages, etc. Il prend aussi pour exemple la Finlande qui est « le premier pays à avoir introduit une taxe sur les engrais, dès 1976. » L’objectif est de mettre en place une fiscalité verte la plus juste possible. Le rapport du CGDD est un début. Mais il est loin d’être suffisant. « Il faut avoir un paysage d’ensemble », insiste Hervé Guyomard, rappelant que le travail du CGDD porte spécifiquement sur les pollutions par les engrais azotés et les produits phytosanitaires.
Rémunération des aménités
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De fait, l’agriculture a aussi des externalités positives. Ce sont les aménités. « L’ouverture des paysages, les prairies qui stockent du carbone… ce sont des externalités positives », explique Hervé Guyomard. Ces services rendus par l’agriculture sont parfois rémunérés par les politiques agricoles. « Les mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC) permettent en quelque sorte de rémunérer le maintien de la biodiversité. La conditionnalité des aides de la Politique agricole commune est aussi une façon de rémunérer les aménités de l’agriculture », illustre Hervé Guyomard. Par exemple, la MAEC système grandes cultures rémunère les agriculteurs jusqu’à 230 euros à l’hectare pour limiter l’utilisation des produits phytosanitaires. Si les experts travaillent à une diminution des externalités négatives de l’agriculture, les agriculteurs, eux, attendent que soient davantage rémunérés les services non marchands rendus à la société.
(1) Externalité : il s’agit des conséquences de l’action d’un acteur économique sur un autre, sans contrepartie. Ces conséquences peuvent être positives ou négatives.
Les coûts liés à la pollution de l’eau par les produits phytosanitaires se situent entre 260 et 360 millions d’euros par an.