La filière viande est au premier rang, dans les négociations pour la libéralisation du commerce mondial à l’OMC. Producteurs et transformateurs européens se sont alliés pour réclamer un arrêt des concessions de Peter Mandelson. Elles mettraient en péril, selon leurs estimations, plusieurs centaines de milliers d’emplois en Europe. Cette vision ne fait pas l’unanimité. Certains professionnels demandent à l’inverse à Bruxelles d’ouvrir plus grand ses portes aux produits agricoles des pays en développement pour maintenir la compétitivité de la transformation européenne sur le marché mondial.
Quelque 610 000 emplois directs sont menacés par les négociations OMC dans la filière européenne de la viande. C’est le cri d’alarme lancé à Bruxelles, le 21 novembre, par une plate-forme regroupant des éleveurs et « leurs partenaires économiques », comme l’explique son président, Laurent Spanghero. Cet ancien joueur de rugby, président de l’Union européenne du commerce du bétail et de la viande, a regroupé autour de lui des représentants de la région Bretagne (Breiz Europe), de l’industrie de transformation de volaille (AVEC), du porc (Industrie du Danemark, Danske Slagterier) ou encore les fabricants d’aliments pour animaux (FEFAC).
Ils dénoncent la dernière proposition offerte par Peter Mandelson, le commissaire européen au commerce à ses partenaires OMC. Elle avantagerait uniquement les grands exportateurs comme le Brésil et ruine les efforts de sécurité alimentaire faits par la filière depuis des années. Selon un représentant de l’industrie de la volaille, M. Ramekers, « la filière est arrivée aux limites du renforcement de l’efficacité de la production. Elle ne peut plus baisser ses prix ». Il évalue à 10 milliards d’euros le coût de la traçabilité et plus généralement de l’ensemble des mesures permettant d’assurer la sécurité des aliments de la filière viande.
Les chiffres fournis par ces professionnels tablent sur des importations de porc du Brésil à 1,08 euro/kg, en cas d’accord sur la base de la baisse de 45 % des droits de douanes envisagée par le commissaire au commerce, contre 1,32 euro/kg aujourd’hui. Ils disent, eux, ne pas pouvoir produire en dessous de 1,25 euro/kg tout en maintenant les normes de sécurité.
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Délocalisation
Un représentant des intérêts de la Bretagne à Bruxelles craint que l’agroalimentaire régional souffre d’une forme de délocalisation de la production. Si la matière première ne se trouve plus sur place, il n’est pas possible de maintenir durablement une activité de transformation, estime-t-il. Citant le cas de la grippe aviaire qui incite les producteurs thaïlandais à investir pour exporter des produits transformés et ainsi contourner l’embargo sur la volaille imposé en raison de la grippe aviaire, ce lobbyiste pense qu’à terme, les pays en voie de développement feront les investissements nécessaires pour se doter d’instruments de transformation leur permettant d’accroître leurs marges.
Fermetures d’usine
Laurent Spanghero demande donc à la Commission européenne de « revenir en arrière » dans les négociations. Il estime qu’elle a « dépassé la ligne rouge ». Le prix à payer en termes d’emploi serait, selon ses estimations, de 240 000 emplois directs pour la filière porc, dont 130 000 pour la transformation, de 301 000 emplois dans les filières bovine, ovine et caprine dont 24 000 pour l’industrie et de 71 400 pour le secteur de la volaille, dont la moitié dans l’abattage, découpe et transformation. Un lobbyiste évalue à trois le nombre de sites industriels qui seraient poussés à la fermeture pour la seule région bretonne du fait des négociations OMC.