Le commissaire européenne à l’agriculture a rencontré l’ensemble des organisations professionnelles liées à l’élevage ; il a mentionné les mesures proposées par le ministre de l’Agriculture français, en expliquant qu’elles étaient à l’étude. Aucune piste n’a été écartée, note le président de la FNSEA Xavier Beulin. Le dossier le plus avancé semble être celui du relèvement du plafond des aides de minimis.
Lors d’une réunion organisée au Salon de l’agriculture, avec le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll et l’ensemble des organisations agricoles françaises liées à l’élevage (syndicats agricoles, industriels et interprofessions viande et lait), le commissaire européen à l’agriculture a évoqué plusieurs mesures demandées par la France, en expliquant qu’elles étaient à l’étude, en vue du prochain conseil des ministres de l’Agriculture le 14 mars. « On doit regarder toutes les options pour faire en sorte que les agriculteurs n’arrêtent pas leur activité », a-t-il expliqué en introdution, tout en rappelant qu’il agissait dans un cadre budgétaire et législatif contraint. Parmi les mesures évoquées, le relèvement des plafonds d’aides de minimis (en précisant pour les jeunes agriculteurs), les crédits à l’export (en se référant à une politique mise en œuvre en Allemagne) et le soutien financier des agriculteurs par l’intermédiaire de la Banque européenne d’investissement. De même, les mesures exceptionnelles de régulation des volumes (article 222 et extensions) n’ont pas été écartées, et vont être examinées, a-t-il expliqué. « Il y a des pistes ouvertes, c’est en discutant qu’on avancera », a conclu Stéphane Le Foll. « Il n’a fermé aucune porte », a réagi Xavier Beulin, à la sortie de la réunion. La FNSEA a bon espoir d’obtenir un doublement des plafonds des aides de minimis, actuellement limitées à 15000 euros par producteur sur trois ans – Stéphane Le Foll a d’ailleurs expliqué qu’une position franco-allemande devrait être trouvée sur ce point. De son côté, le vice-président du Copa-Cogeca Henri Brichart a regretté que Phil Hogan « ramène tout à la France, alors qu’on lui a rappelé que la crise était européenne », et regretté le manque d’initiative du commissaire pour dépasser les cadres législatifs et les enveloppes budgétaires actuelles.
Mesures de stockage trop peu utilisées par les Français
Rappelant la batterie de mesures qu’il a mises en place en 2015 (enveloppe de 500 millions d’euros, aides au stockage privé, promotion), Phil Hogan a regretté que les mesures d’aide au stockage privé, pour le lait et le porc, aient été si peu utilisées par les industriels français. « J’aimerais que les Français y participent plus, a-t-il expliqué. Il n’y a aucune excuse ». Stéphane Le Foll a rebondi plus tard sur cette remarque, expliquant que les industriels affaiblissaient sa position en Europe, en n’utilisant pas ou peu les mesures qu’il avait lui-même demandées. Réagissant à l’interpellation du président de la FNPL (lait) Thierry Roquefeuil, qui l’accusait d’avoir « tourné le dos aux éleveurs durant les dix-huit derniers mois », Phil Hogan a par ailleurs expliqué qu’il n’était « pas responsable de l’embargo russe. C’est la politique de l’Union européenne, il faut m’aider à changer cette politique ». « Votre responsabilité est totale depuis la mise en place de l’embargo russe […]. L’Europe est aujourd’hui dans le mur », avait lancé Thierry Roquefeuil. En viande bovine, Phil Hogan a fait remarqué que les prix insuffisants perçus par les éleveurs étaient moins dus à un déséquilibre de marché, qu’à un problème de filière. Sur l’embargo russe, il a rappelé que l’objectif de la Commission européenne était de normaliser les relations commerciales avec la Russie, mais que les discussions étaient « frustrantes » et rendues difficiles, notamment par le fait que le ministre de l’Agriculture russe soit « black-listé en Union européenne ».
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Les syndicats demandent une meilleure régulation du marché européen
Lors de la réunion, les représentants des principaux syndicats agricoles (FNSEA, JA, CR, Conf', Modef) ont chacun partagé, malgré leurs divergences par ailleurs, leur souhait que les marchés européens soient mieux régulés. « Il y a une question fondamentale : laissera-t-on le marché seul régler la crise ? », a lancé Xavier Beulin, président de la FNSEA. « Nous sommes dans une dérive où l’Union européenne est devenue un espace extrèmement violent, et où l’on a oublié de faire une politique en faveur des paysans », a regretté Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. « Nous ne devons plus être soumis au marché. Le marché européen doit être domestiqué et protégé », a demandé le vice-président de la Coordination rurale François Lucas. Le Copa-Cogeca, par la voix d’Henri Brichart a demandé que le commissaire prenne des mesures qui aillent « au-delà de ce que permet la législation et les budgets actuels ». Réagissant par ailleurs aux propos de Marine Le Pen qui affirmait la veille vouloir « la peau de PhilHogan », les syndicats ont unanimement rappelé leur attachement à la construction européenne, tout en critiquant chacun son orientation politique ou son immobilisme face à la crise, et averti d’un ressentiment croissant des agriculteurs à son encontre.