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Crise laitière : Bruxelles renvoie la balle dans le camp des Etats membres

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« Pas question de remettre en cause la disparition programmée des quotas laitiers en 2015 et les Etats membres ont un nombre considérable d’instruments à leur disposition pour rendre la situation plus supportable aux producteurs de lait». C’est en substance la principale réponse de la Commission européenne aux demandes des chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pour trouver des solutions possibles à la crise laitière actuelle.

Dans sa Communication sur la situation du marché du lait en 2009 qu’elle va publier le 22 juillet, dont Agra alimentation s’est procurée une copie, la Commission européenne adresse donc une fin de non recevoir aux producteurs de lait ou aux gouvernements qui réclament un gel, voire une baisse des quotas de production laitière afin de freiner la chute des prix des produits laitiers (1). Elle refuse notamment de revenir sur la disparition progressive du système des quotas. « Remettre en question cette politique ne ferait que créer de l’incertitude, retarder le processus de restructuration et ne rendrait pas service aux nombreux producteurs de lait et à leurs familles qui ont besoin de directives claires pour planifier leur avenir », insiste-t-elle dans son rapport. Rapport dans lequel elle se borne à proposer des mesures techniques limitées de soutien comme par exemple l’assouplissement des règles d’octroi d’aides publiques. Les Etats membres seraient ainsi autorisés à verser une aide allant jusqu’à 15.000 euros par exploitation pour améliorer le revenu des producteurs (aide ouverte à tous et pas simplement aux laiteries). D’autres pistes de sortie de crise pourraient aussi être creusées comme par exemple pénaliser davantage les agriculteurs qui dépassent leurs quotas individuels. L’argent ainsi dégagé pourrait aider ceux qui veulent quitter la profession. Les Etats pourraient aussi lancer des programmes de promotion des produits laitiers sur le marché intérieur.

Où est passée la différence de prix ?
Si pour certains producteurs, la hausse des quotas laitiers serait la cause de la chute des prix sur le marché, pour la Commission l’effondrement des prix est le résultat d’une baisse de la demande européenne et mondiale. Selon elle, la production laitière de l’UE n’a pas augmenté en raison des diverses augmentations des quotas car, dit-elle, avant le 31 mars 2009, la production laitière totale était estimée à 4,2 % en dessous du quota global de lait de l’UE. Elle note que la chute prononcée des prix des produits laitiers depuis la fin de 2007 (-39 % pour le beurre, -49% pour la poudre de lait écrémé, -18 % pour le fromage, -31 % pour le lait), n’a entraîné qu’une légère baisse des prix à la consommation des produits laitiers frais, d’environ 2%. « Même si le lait n’est qu’un élément parmi d’autres du prix à la consommation, l’ampleur et l’asymétrie de l’ajustement à la baisse des prix aux consommateurs prouve clairement que la chaîne de distribution ne fonctionne pas correctement », souligne le rapport. Qui ajoute que le « le manque de données complètes et fiables sur les prix et les marges dans la chaîne alimentaire globale est une source de préoccupations concernant la chaîne de distribution entre les producteurs, les transformateurs et les détaillants ». La Commission précise qu’elle continue d’enquêter sur les pratiques anti-concurrentielles à l’œuvre dans la chaîne de distribution et avertit qu’elle n’hésitera pas à agir si elle parvient à la conclusion que les industriels usent d’un pouvoir de fixation des prix au détriment des consommateurs finaux. Pour remédier à cette situation, elle propose de créer un système européen de contrôle et d’information sur les prix, incite les producteurs laitiers à s’organiser et à se regrouper pour accroître leur pouvoir de négociation face à la grande distribution. Elle appelle les Etats membres à favoriser de tels regroupements et à échanger des informations et des pratiques entre services de concurrence nationaux.

Plus de 600 millions déjà engagés
Les perspectives à court terme du secteur laitier demeurent dominées par la crise économique, note le rapport de la Commission. Les perspectives pour le fromage et le marché des produits laitiers frais à valeur ajoutée se caractérisent par une demande en baisse au sein de l’UE et au niveau mondial avec une baisse marquée de la production en 2009. En dépit d’une légère reprise de la demande prévue en 2010, une remontée suffisante des affaires n’est pas prévue à court terme. L’accumulation des stocks d’intervention pour le beurre et la poudre de lait écrémé continuera en 2009 et en 2010. En outre, des restitutions à l’exportation seront encore nécessaires pour équilibrer le marché. Les coûts estimatifs des mesures prévues pour aider le secteur laitier s’élèvent déjà à plus de 600 millions, indique le rapport, et la possibilité de financer de nouvelles mesures pendant l’année 2010 semble « tout à fait limitée » et la marge de manœuvre pour 2011 serait tout aussi limitée.

(1) La France et l’Allemagne ont plaidé, dans une lettre commune à la Commission européenne, pour de « nouvelles mesures de régulation en faveur du secteur laitier et un gel éventuel de l’augmentation des quotas laitiers de 1 % prévue pour 2010 ». European Milk Board (EMB) demandait de son côté une réduction de 5 % des quotas de production dans l’UE pour faire remonter les prix.

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