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Photovoltaïque Crispation sur le photovoltaïque en agriculture

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Quelques annonces des candidats à la présidentielle, un rappel de Xavier Beulin sur les 700 dossier de photovoltaïque bloqués et un colloque national dédié au photovoltaïque remettent le sujet sur le devant de la scène. Un sujet qui reste douloureux pour le monde agricole.

«Il y a 700 cas d’agriculteurs pénalisés par le décret de décembre 2010, lançait Xavier Beulin au congrès national de la FNSEA, le 28 février à Montpellier. Si nous gérions nos entreprises comme on a géré le photovoltaïque en France, nous serions tous sur la litière ».
700, c’est en effet le nombre de dossiers bloqués, selon le recensement de la FNSEA, après le moratoire de décembre 2010 qui a gelé les tarifs de rachats de l’électricité photovoltaïque. 700 dossiers en phase d’étude ou d’instruction déposés par des agriculteurs qui avaient pour certains engagé des frais pour les études préalables ou entamé des commandes de panneaux. L’arrêt puis la réduction des tarifs les ont contraints à adapter ou abandonner leurs projets. La plupart des affaires se sont réglées à l’amiable avec les fournisseurs, mais « cela a laissé des traces financièrement », plaide Laurent Paquin, chargé des question d’énergie à la FNSEA. Alors que la situation a changé, que les tarifs de rachats ont été revus, ce chiffre continue de crisper le discours syndicaliste sur le photovoltaïque, deux ans après les faits.
Pourtant, « aujourd’hui, il n’y a plus d’agriculteurs qui soient dans des conditions très compliquées sur ce point », estime Fabrice Genin, en charge du dossier énergies non renouvelables chez les Jeunes agriculteurs. « Mais le monde agricole a l’impression que l’État s’est désengagé », explique-t-il.

« Quasiment plus rentable »
Le bilan de François Tahon est plutôt sombre. Ancien directeur de la FRSEA Auvergne et gérant d’Enerjit, entreprise spécialisée dans le photovoltaïque sur toiture, il analyse : « Ce qui était trop rentable au départ l’est devenu moyennement et ne l’est quasiment plus aujourd’hui. On ne peut plus faire de proposition intéressante aux agriculteurs. » S’il reconnaît « qu’il y a eu des abus », il n’hésite pas à parler d’« asphyxie » et déplore des « contraintes strictement françaises », telles que l’intégration au bâti, et des « demandes de raccordement extrêmement compliquées » dans un contexte où le « nucléaire est archidominant ». La situation reste critique pour son entreprise, qui prévoit un plan de licenciement qui devrait réduire de quatre à deux le nombre d’équipes.

Des projets au cas par cas
Le photovoltaïque sur toitures serait-il condamné en agriculture ? Pas tout à fait, reconnaît François Tahon : « Il reste intéressant dans les régions très ensoleillées comme le Sud, ou sur des bâtiments neufs ou à rénover ». Pour Laurent Paquin, de la FNSEA, « il n’y a pas de recette, l’intérêt se détermine au cas par cas ». Une autre piste réside « dans le développement des technologies et la baisse des coûts des installations, analyse-t-il. Mais pour y parvenir, des choix sont à faire maintenant, et la France, en ne les réalisant qu’à moitié, ne s’en donne pas les moyens. »
« Faire du photovoltaïque, sur les toitures agricoles comme ailleurs, est probablement moins rentable. Mais dire que ça ne l’est plus n’est pas tout à fait exact, tempère Cédric Garnier, du service agriculture et forêt de l’Ademe. Des projets continuent d’être proposés et réalisés. » Arnaud Mine, président de Soler, le groupement des professionnels du solaire photovoltaïque, renchérit: « Dans la première tranche de l’appel d’offres simplifié pour les toitures moyennes, dont les résultats ont été connus fin mars, plus de 50 % des sites correspondent à des bâtiments agricoles. On ne peut pas dire que le monde agricole soit plus maltraité que d'autres ».

Le spectre des installations au sol
Sauf que, sur les 120 MW ouverts à l’appel d’offres, les projets finalement retenus ne représentent que 45 MW au total, souligne Philippe Touchet, chargé de mission à l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture, c’est seulement « 30 % de ce qui était possible ». Il s’inquiète en revanche de l’engouement provoqué par l’appel d’offres pour les projets au sol. Il prévoyait une capacité totale de 450 MWcrête et les 425 dossiers déposés totalisent plus de 2400 MWc.
Les centrales au sol sont aussi l’une des craintes des Jeunes agriculteurs, même si la loi stipule que les installations sur des terres agricoles ne doivent pas gêner cette activité. La porte entr’ouverte inquiète le monde agricole, qui y voit une pression de plus sur le foncier, déjà difficile à protéger.

Élargir l’horizon
Le tableau des énergies renouvelables en agriculture n’est pas complètement noir, rassure Fabrice Genin. « Sur la question de l’énergie, c’est la méthanisation qui nous semble être aujourd’hui une piste réellement intéressante, car elle s’inscrit dans un projet réellement agricole de valorisation des effluents, d’utilisation des digestat, en plus de la plus-value qu’elle peut générer. »
Pour Cédric Garnier également, la question mérite d’être élargie : « Le temps de retour sur investissement s’allonge pour le photovoltaïque sur toiture agricole. Selon les situations, il serait aujourd’hui compris entre 6 et 12 ans sur un bâtiment agricole. Mais les coûts des installations continuent de baisser par ailleurs. La question pour le financeur potentiel est alors de savoir si l’agriculteur peut avoir une vision suffisante de son avenir, à ce pas de temps, ce qui peut être délicat dans les filières les plus fragiles. » Il ajoute : « Les énergies renouvelables sont à développer, mais il y a déjà beaucoup de progrès à faire pour améliorer les pratiques et réduire les consommations d’énergies, y compris en agriculture ».

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