Abonné

Secteur betteravier Cristal Union passe sa dixième sucrerie au gaz

- - 5 min

Le quatrième transformateur de betterave européen, Cristal Union, a annoncé le 12 juin un investissement de plus de 40 millions d'euros pour moderniser sa sucrerie de Sainte-Emilie (Somme), qui utilisera du gaz naturel à la place du fuel. Au-delà d'une meilleure efficacité énergétique, l'objectif est d'accroître la capacité de production après la fin des quotas en 2017.

« Cristal Union poursuit sa transition énergétique », a indiqué le président Olivier de Bohan. La sucrerie de Sainte-Emilie, « notre dernier site ne fonctionnant pas au gaz », abandonnera le fioul en 2018, a-t-il assuré lors d'une visite sur place. Plus de 40 millions d'euros sont prévus pour remplacer les six chaudières existantes par une centrale de cogénération (électricité et chaleur). Cet équipement au gaz est « plus performant et moins polluant, augmentant ainsi l'efficacité énergétique », d'après un communiqué du groupe. L'idée est aussi d'« optimiser la performance agricole et industrielle du site afin d'accroître, à terme, sa capacité de production ». L'usine, située à Villers-Faucon (Somme), a été rachetée fin 2011 au groupe familial Vermandoise Industrie. Elle fait partie des dix sucreries de Cristal Union, qui affiche une production de 1,5 Mt de sucre, 175 000 t de pellets, 588 Ml d'alcool et bioéthanol, pour un chiffre d'affaires de 1,815 Mrd d'euros.

Le site autosuffisant en électricité

Avec Sainte-Emilie, toutes les sucreries du groupe auront donc adopté le gaz, moins cher que le fioul. L'intérêt est économique, mais aussi environnemental : « C'est la moins polluante des énergies fossiles. Les émissions de CO2 sont 1,4 fois plus faibles qu'avec le fioul », souligne le communiqué. La centrale de cogénération produira suffisamment d'électricité pour couvrir les besoins du site et un surplus sera même revendu à EDF, tandis que la chaleur de la vapeur d'eau sera utilisée dans le process de fabrication du sucre. « Le retour sur investissement est de cinq à six ans », a calculé le DG Alain Commissaire. Cristal Union a déjà réduit de 25 % sa consommation énergétique en dix ans et vise encore une baisse de 10 % d'ici à 2020. « L'énergie représente environ 9 % de nos coûts de production et nous sommes l'un des dix plus gros clients industriels de gaz d'Engie (ex-GDF Suez, ndlr) en France », a expliqué le directeur industriel Maurice Lombard.

La fin des quotas en toile de fond

La modernisation des usines du groupe est liée à la fin programmée des quotas de sucre dans l'UE en 2017. Pour profiter à plein de la libéralisation du secteur, des gains de compétitivité sont nécessaires. « On est pressés de commercialiser davantage, a déclaré Alain Commissaire. Les quotas représentent un frein à notre ambition » « 25 à 30 % d'augmentation des surfaces » betteravières lui semblent « plausibles », au vu des enquêtes menées auprès des planteurs.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

électricité
Suivi
Suivre

« On a vocation à grandir », a considéré Olivier de Bohan, tout en rappelant « l'objectif majeur de proximité avec les adhérents. » Né en 2000, le groupe s'est développé jusqu'en dehors des frontières, en particulier sur le pourtour méditerranéen, a noué des partenariats, notamment avec American Sugar.

Non au mariage avec Tereos

Les dirigeants de Cristal Union ont toutefois réaffirmé leur opposition à un mariage avec Tereos. « Grossir pour grossir, ça ne nous intéresse pas », a déclaré Olivier de Bohan, précisant que son conseil d'administration avait « unanimement rejeté » l'offre de Tereos. Olivier de Bohan ne croit pas en la prévision de Tereos selon laquelle une fusion des deux groupes coopératifs pourrait rapporter aux agriculteurs adhérents « trois euros par tonne de betteraves ». « Ces 3 euros annoncés, on ne les retrouve pas », dans l'évaluation des impacts d'un rapprochement, a-t-il déclaré. « L'intérêt de nos 9 000 agriculteurs n'est pas de rejeter la proposition de Tereos par principe, mais parce que stratégiquement on ne s'y retrouve pas », a-t-il insisté. Alain Commissaire a lui pointé l'endettement de Tereos au Brésil, y voyant « la chronique d'une catastrophe annoncée ».

Fin des quotas : les sucriers « pas tous prêts »

Avec la fin des quotas en 2017, des sucriers doivent « accélérer dans les mois à venir » leur mutation, a estimé PwC le 25 juin. « Tous les acteurs ne sont pas prêts aujourd'hui à faire face aux défis qui les attendent : diversification géographique et de culture, rationalisation de l'outil industriel, consolidation du marché pour atteindre la taille critique », selon un communiqué du cabinet d'audit. PwC voit les prix du sucre en Europe s'aligner sur les cours mondiaux à 400/450 euros/t. D'où une nécessaire transformation de la filière pour rester compétitif. « Il y a urgence pour les acteurs européens, et en particulier français, à s'engager dans ces transformations en termes de performance agricole comme de compétitivité industrielle et commerciale », juge le cabinet. Et d'ajouter qu'en France, « une montée en taille paraît envisageable pour renforcer les positions sur les marchés à l'export ». Cette étude ne devrait pas passer inaperçue, dans le contexte des discussions achoppées sur un mariage entre Tereos et Cristal Union.