À son assemblée générale, qui s'est tenue le 17 mars à Reims, la coopérative sucrière et éthanolière Cristal Union a officialisé sa stratégie résolument démarquée de celle de la coopérative sucrière et amidonnière Tereos, demandeuse d'une fusion. Ses dirigeants se sont attachés à mettre en avant l'importance de leurs investissements dans la production en France, les partenariats internationaux qu'ils ont noués, et leurs projets pour ces prochaines années.
Les dirigeants de Cristal Union ont affirmé à deux reprises, lors d'une conférence de presse qui s'est tenue le 16 mars à Paris, puis le lendemain devant leur assemblée générale, qu'ils ont une stratégie propre de développement et que la proposition de rapprochement avec Tereos aurait, au contraire, selon eux, des effets négatifs.
Investissements dans l'appareil productif
La coopérative rémoise a sa ligne stratégique propre, caractérisée par des investissements considérables dans l'appareil de production de sucre et d'éthanol, notamment à partir de la transformation de la betterave en France. Ainsi, elle a investi 98 millions d'euros (M€) pendant la campagne 2013/2014 et 202 M€ en cumulé sur les deux dernières campagnes. Ces investissements « ont porté principalement sur la modernisation et l'optimisation des sites de production », a indiqué la coopérative. Au tournant de la décennie, elle avait investi 300 M€ dans son usine d'éthanol de Bazancourt, à une vingtaine de kilomètres de Reims, a rappelé Olivier de Bohan, président de Cristal Union.
Malgré ces investissements soutenus, l'endettement financier net a été ramené à 345 M€ en 2013/2014, contre 426 en 2012/2013 et 629 M€ en 2011/2012, a exposé Jean-François Javoy, secrétaire général de l'entreprise chargé des finances, à l'assemblée générale à Reims le 17 mars. Les capitaux propres ont été multipliés par trois depuis 2005/06, passant de 349 M€ à 1 160 M€. « Nous avons peu de dettes », a résumé Olivier de Bohan, dans son discours de clôture. Il a précisé à cette occasion : « En trois ans, notre niveau de résultat net nous a permis de rembourser notre dette deux fois plus vite que dans notre business plan. »
Partenariats internationaux dans le raffinage, le conditionnement et la distribution
La coopérative a par ailleurs noué des partenariats internationaux, montrant sa capacité à sortir des frontières, ont souligné ses dirigeants. Elle a conclu lors de la précédente campagne un accord avec le Syndicat des sucres de l'île Maurice pour la commercialisation du sucre mauricien dans l'UE. « Nous n'alourdissons pas le marché européen du sucre avec du sucre extra-européen, parce que nous avons récupéré le contrat du syndicat mauricien, qui était noué avec un opérateur allemand », a précisé Alain Commissaire, directeur général.
Autre partenariat, celui conclu l'an dernier avec le sucrier American Sugar pour raffiner du sucre brut à Brindisi (Italie du Sud). L'usine de Brindisi a une capacité de raffinage de 450 000 tonnes de sucre par an. Son combustible est de l'huile de palme, dont l'énergie est transformée en chaleur et en électricité pour l'usine et le réseau électrique. Le partenariat inclut aussi la construction d'une raffinerie de sucre brut à Alger. Cette usine entrera en fonction avant l'été 2015, avec une première tranche de 350 000 tonnes de sucre brut (donc de canne) acheté sur le marché mondial. Une seconde ligne de 350 000 tonnes sera ouverte « ultérieurement », a indiqué Olivier de Bohan. American Sugar est un groupe familial américain qui exploite six sucreries (trois en Floride, une en République dominicaine, une au Mexique et une au Bélize) pour une capacité totale de 15 millions de tonnes de sucre.
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La coopérative Cristal Union a rappelé qu'elle a un partenariat avec le sucrier italien Eridania Sadam depuis mars 2011 dans le conditionnement et la distribution du sucre en Italie du Nord. Et qu'elle a également une participation avec le sucrier anglais ED&F Man pour l'exploitation de deux navires « bulk-in-bag, bulk-out » (Bibo), navires que l'on charge en vrac et que l'on peut décharger en sacs, avantage qui s'est révélé précieux lors de l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest ces derniers mois.
Cristal Union annonce de nouveaux développements de production
Cristal Union a détaillé ses projets pour 2017 : augmenter sa production de sucre et d'éthanol, ses adhérents coopérateurs étant prêts à accroître en moyenne leurs surfaces de betteraves de 20%. Cela sans investissement industriel majeur. La coopérative transforme 14 millions de tonnes de betteraves en 1,4 million de tonnes de sucre par an, 5,6 millions d'hectolitres d'alcool et d'éthanol et 174 000 tonnes de granulés de pulpes de betteraves et de luzerne. « Nous comptons intensifier nos exportations de sucre d'ici deux à trois ans » vers l'Afrique notamment, a précisé Alain Commissaire.
Lors de cette assemblée générale, plusieurs personnalités internationales sont venues à la tribune : Luis Fernandez, co-président d'American Sugar et Matthew Swindall, directeur des achats d'édulcorants (sucre, isoglucose de céréales) de la firme Coca-Cola au niveau mondial. Ce dernier a fait part de son intérêt à avoir comme fournisseur Cristal Union, et, à mots voilés, à continuer à traiter avec plusieurs fournisseurs français plutôt qu'un seul.
Évoquant ses liens noués l'an dernier avec American Sugar, le président de Cristal Union a insisté sur la vision commune des deux groupes. « Ce partenariat marche bien, nous sommes libres de notre choix », a-t-il insisté. « J'appelle à l'apaisement. Nous sommes tous collègues, voisins ou cousins », a-t-il précisé, déplorant que le débat entre Cristal Union et Tereos risque de diviser les planteurs de betteraves.
L'actualité mouvementée au Brésil en début de semaine du 16 mars, sur fond de contestation du pouvoir de la présidente Dilma Rousseff par la rue, a donné l'occasion à Olivier de Bohan de souligner la différence de vues stratégiques entre son groupe et Tereos sur les investissements au Brésil, premier pays producteur mondial de sucre. Il a rappelé que l'implantation dans ce pays n'entre pas dans les choix de Cristal Union. Les actifs industriels de son concurrent au Brésil se déprécient, a-t-il affirmé, du fait de l'affaiblissement du real et du pouvoir politique, ébranlé par le scandale de la compagnie d'État Pétrobras.