Pionnier des betteraves bio, Cristal Union annonce pour le mois de mars leur lancement inédit sur le marché du sucre français. Le groupe coopératif soigne la rémunération des planteurs pour répondre à une forte demande du produit.
La récolte des premières betteraves à sucre bio en France est lancée. C’est Cristal Union qui est à l’œuvre, avec 460 ha répartis entre le sud de Paris et la Champagne. Le groupe coopératif annonce pour mars la mise en marché inédite de sucre certifié bio et issu de betterave française.
Tout a commencé en 2017 avec une phase d’expérimentation sur une dizaine d’hectares, suivie l’an dernier par un test à grande échelle concernant 150 ha et 25 agriculteurs majoritairement dans le sud de Paris. La transformation s’effectue à Corbeilles-en-Gâtinais, dont l’usine a été certifiée bio fin septembre.
Pour séduire les agriculteurs, Cristal Union les rémunère à 77 euros la tonne à 16 % de sucre. « On paye la betterave bio trois fois plus cher qu’en conventionnel », souligne Stanislas Bouchard, DG de CristalCo, la filiale commerciale. Une rémunération de 300 €/ha, sous réserve d’un engagement dans la durée, est aussi prévue « pour encourager le producteur ». Le groupe affirme par ailleurs être le seul à permettre une récolte « au meilleur moment, alors qu’à l’étranger les arrachages bio interviennent en début de campagne ». Cela garantit au planteur un rendement optimum. Mais nécessite une prouesse technique à l’usine, qui doit être nettoyée en milieu de campagne pour traiter pendant quelques jours la production bio.
Une demande en croissance à deux chiffres
Environ 3 000 tonnes de sucre de betterave bio sont prévues pour la récolte 2019. Un volume que Cristal Union destine au marché européen et principalement la France. L’essentiel concerne l’industrie agroalimentaire, moins le circuit de la distribution où le consommateur a le réflexe d’acheter du sucre bio issu de la canne. « La demande de sucre bio affiche une croissance à deux chiffres », observe Stanislas Bouchard. Dans le monde, le marché est évalué à quelque 500 000 t, en Europe 150 000 t dont un gros tiers issu de la betterave produite surtout en Allemagne, en Autriche, selon lui. « Un doublement des quantités vendues est envisagé d’ici cinq ans en Europe, à 300 000 t de sucre de canne et de betterave », déclare-t-il. Il s’agit pour Cristal Union de répondre à cette dynamique, portée notamment par « une demande en hausse pour les circuits courts ».
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« On prévoit un fort développement de nos surfaces de betteraves bio », indique le directeur agricole Bruno Labilloy. « Pour autant, ce n’est pas simple d’en avoir partout. » Cristal Union s’appuie sur le savoir-faire de ses producteurs de luzerne déjà certifiés en agriculture biologique. L’intérêt de cette légumineuse est d’être « une tête d’assolement stratégique » qui limite l’enherbement des parcelles et apporte l’azote nécessaire à la betterave. Avec 2 400 ha (85 % en bio) autour de son usine de déshydratation Sidésup à Engenville (Loiret), le groupe se présente comme le premier producteur de luzerne biologique. Une culture jugée essentielle pour gagner des surfaces en betterave bio.
Une production à risque
L’exploitation de Damien Blondel, à Ludes (Marne), fait partie des converties. Onze hectares de betteraves bio y sont cultivés, sur un total de 220 ha en polyculture. « Cette production comporte une grande part de risque, reconnaît-il. Mon plus gros souci concerne le désherbage, qui influence beaucoup le rendement. » En plus de la herse étrille, de la bineuse, un arrachage manuel est nécessaire, représentant 80 heures à l’hectare. Mais les résultats sont là, malgré un rendement estimé inférieur de 40 % au conventionnel. L’an prochain, il prévoit de monter à 15 ha, puis 20 ha assez rapidement. Sa ferme compte parmi les nouvelles surfaces de betterave bio chez Cristal Union, situées en Champagne. À terme, toutes les régions sont visées. Deux tiers des superficies actuelles concernent le sud de Paris avec l’usine de Corbeilles-en-Gâtinais. « On espère lancer un autre site l’an prochain », confie Bruno Labilloy, évoquant la Champagne. L’idée n’est toutefois pas de basculer entièrement vers le bio. « Le sucre bio pèse 1 % du marché et toutes les prévisions montrent qu’il restera très inférieur à 5 % », signale Stanislas Bouchard, tablant sur 2-3 % d’ici à cinq ans.
« On paye la betterave bio trois fois plus cher qu’en conventionnel »