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 Face au démantèlement de l’OCM sucre Cristal Union (sucre-alcool) définit sa stratégie d’adaptation

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Face au futur démantèlement de l’organisation de marché du sucre, le groupe de coopératives sucrières Cristal Union a défini une stratégie d’adaptation centrée sur une baisse des prix, un plan de restructuration pour les planteurs de betteraves qui veulent quitter l’activité et une forte augmentation de la production d’éthanol. C’est ce qu’il ressort de son assemblée générale le 9 mars à Reims.

Le groupe de coopératives sucrières Cristal Union (sucre-alcool), regroupant 5 300 planteurs de betteraves, de l’Aisne au Loiret en passant par la Marne, estime qu’il doit dès maintenant anticiper la période où le sucre communautaire entrera en concurrence avec le sucre des pays dits « PMA » (pays les moins avancés), à partir de 2006.

La baisse des prix du sucre, un mal nécessaire

Pour cela, la politique la plus réaliste sera de réduire les prix du sucre, afin de limiter ces nouvelles importations. « La brèche est ouverte et comme s’il s’agissait d’une voie d’eau dans la coque d’un bateau, il faut tout de suite réduire la brèche c’est-à-dire l’attrait du marché européen et la seule façon de le faire c’est bien d’en réduire le prix de manière significative et rapide », a commenté Daniel Collard, président de Cristal Union.

Cette politique aura un prix, que devront payer les planteurs et les industriels. Les planteurs devront s’adapter à des prix de vente de la tonne de betteraves à 30 euros, contre 40 actuellement. Les plus performants subsisteront, prenant la place de ceux qui quitteront l’activité. Quant aux industriels, ils devront se restructurer. Déjà Cristal Union envisage la fermeture de la sucrerie de Châlons-en-Champagne. « Les surfaces emblavées de nos planteurs ont été réduites de 22% ces trois dernières années », car le marché s’est effondré du fait du boom de la production brésilienne. Quant aux pouvoirs publics, ils devront piloter un plan de restructuration, qui ne devrait pas beaucoup leur coûter, selon M. Commissaire.

En effet, les planteurs de betteraves qui voudront cesser leur activité, recevront une indemnité de départ, financée par le moindre coût du régime d’importations préférentielles. Par ces importations préférentielles, réalisées par l’Europe aux pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique), l’UE paye le sucre 650 dollars la tonne et le ré-exporte 160 dollars. Dans le cas de figure d’une baisse des prix sur le marché européen, ces importations se feront à des prix de l’ordre de 450 dollars. Les fonds économisées pourraient ainsi servir à financer des aides au départ.

« Nous proposons un système gagnant-gagnant», a souligné M. Commissaire : d’une part les planteurs qui veulent partir, en bénéficiant d’une aide à la cessation, d’autre part les planteurs restants bénéficiant d’un marché accru, qui prendront la place des sortants, de préférence avec des rendements accrus. Il s’est dit lors de cette assemblée générale qu’avec de nouvelles variétés de betteraves, les rendements pourront passer de 12 tonnes de sucre /hectare actuellement à 15.

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Après la baisse des prix et le plan de restructuration, le troisième moyen de faire face au démantèlement de l’OCM sucrière est d’augmenter la production d’éthanol. Le projet Cristanol du groupe tient toujours : trois millions d’hectolitres sur le site de Bazancourt dans la Marne et trois millions sur celui d’Arcis-sur-Aube (ce site produit actuellement 1,3 million d’hectolitres). Il ne manque plus, pour la construction des nouvelles installations, que la transcription noir sur blanc de l’autorisation d’incorporer l’éthanol en direct dans les essences (sans passer par la filière ETBE). Une autorisation qui devrait figurer dans la future loi sur l’Énergie.

Repères

Cristal Union, deuxième groupe sucrier français avec 775 000 tonnes de sucre, a réalisé un chiffre d’affaires de 337 millions d’euros pendant l’exercice 2002/03, contre 341 pendant l’exercice précédent. Il compte cinq usines principales. Il produit aussi 1,7 million d’hectolitres d’alcool. Il a une capacité moyenne de transformation de betteraves de 16 000 tonnes par usine en moyenne et par jour.

Alexandre Adler : l’Europe doit retrouver l’idéologie de ses fondateurs

L’Europe comptera bientôt dix membres de plus, mais cet élargissement ne s’arrêtera pas là et ira même en s’accélérant, englogant tous les Balkans, y compris l’Albanie qui n’a pas de raison de faire exception, puis la Turquie et l’Ukraine, a indiqué le politologue Alexandre Adler, invité par Cristal Union. Mais face au risque de dilution du projet européen dans un espace si vaste et qui est tiraillé par des membres qui n’y croient pas vraiment, comme le Royaume-Uni, il faut qu’un petit noyau de pays (Italie, Bénélux), autour d’un axe franco-allemand solide, joue un rôle moteur, avec une défense, des affaires étrangères et des finances communes. « L’Europe doit retrouver l’idéologie de ses fondateurs». L’Europe ne doit pas se contenter d’être un espace « charmant et en déclin», elle « ne peut être l’Autriche-Hongrie du monde ». Le monde « a besoin de l’Europe pour son équilibre géopolitique », a évoqué, entre autres nombreux sujets, Alexandre Adler. Dans un tel contexte, chaque pays européen pourra choisir comme il le voudra son degré d’intégration, sans menacer la cohérence du projet européen, a-t-il conclu.