Dans la perspective notamment des nouveaux accords de l’OMC Sucre et des nouvelles règles de l’Union Européenne régissant les quotas et pour se développer à l’international, le groupe coopératif Cristal Union vient d’annoncer un projet de rachat du groupe Vermandoise. Si il aboutit, le rapprochement donnera naissance au numéro deux français du secteur et cinquième européen. Pratiquement, Cristal Union propose de racheter, via une offre amicale, pour 951 M EUR, la totalité du capital du Groupe Vermandoise. Il ouvrira, ensuite, le capital du nouvel ensemble aux planteurs de la Vermandoise. Les principaux actionnaires familiaux, constitués des membres de la famille Delloye, ont déjà répondu favorablement à l’opération. Après consultation et information des institutions représentatives, deux offres publiques seront proposées aux actionnaires de la Société Sucrière de Pithiviers-le-Vieil (SSPLV) et de la Société Vermandoise de Sucrerie (SVS), cotées en Bourse.
Ce sont les nouveaux enjeux du marché mondial du sucre et notamment la volonté de conquérir des parts de marché en France et à l’international, notamment hors Union Européenne, qui ont motivé le projet de prise de contrôle par Cristal Union du groupe Vermandoise. Avec une forte demande, issue de la croissance chinoise et indienne, le marché mondial du sucre est en effet redevenu porteur. Si l’on ajoute que le Brésil affiche des productions largement inférieures à ce qui était annoncé dans les années 2005/2006, la demande hors Union Européenne devrait continuer à être soutenue, avec également un renchérissement du prix selon Alain Commissaire, directeur général de Cristal Union. A cela s’ajoutent, pour les pays producteurs européens, les nouvelles perspectives qui pourraient naître de la réforme de la réglementation européenne de 2015 avec la suppression des quotas, la remise en cause du prix garanti pour la betterave et la libéralisation de la production. Autant de facteurs qui ouvrent un nouvel espace de conquête aux sucriers français. Ajoutons que le marché de la chimie verte fait partie des ambitions de croissance de Cristal Union. Deux molécules viennent d’être découvertes aux Etats-Unis qui permettraient d’accroître le potentiel énergétique des carburants. La société est en négociation avec les deux sociétés américaines qui les ont découvertes en vue de développer la production en Europe. D’où la justification de ce « nouveau socle » de production français.
Des entreprises complémentaires
Outre le prix proposé -l’offre publique simplifiée sur le capital des deux entreprises cotées, la Société Sucrière de Pithiviers-le-Vieil (SSPLV) et la Société Vermandoise de Sucrerie (SVS), représente des primes de plus de 110% par rapport à la moyenne des cours des douze derniers mois (voir encadré)-, les actionnaires familiaux qui ont déjà apporté leur titres SVS ont vu dans Cristal Union le partenaire idoine. Les deux groupes sont en effet complémentaires géographiquement et industriellement. Détenu par 5 350 agriculteurs coopérateurs, environ 20 % des planteurs français, qui siègent au conseil, Cristal Union (855 M EUR de chiffre d’affaires 2010/2011, avec 1 500 salariés en France) est présent dans quatre métiers : la production de sucre (65% du CA), d’alcool et d’un substitut d’éthanol le jet fioul issu de la biomasse (25% du CA), la chimie verte (7% du CA) et l’alimentation pour animaux (3%). Cristal Union détient 21% du quota national de sucre. Sa production annuelle est de 900 000 tonnes de sucre et 4,5 millions d’hl d’alcool. Le groupe sucrier, présidé depuis sept mois par Olivier de Bohan, dispose, via ses adhérents, de 86 000 hectares à l’est de la France, essentiellement en Champagne, et au sud de Paris, soit 20% de la surface nationale en betteraves. Le groupe est connu du grand public via ses marques Daddy et Erstein commercialisées par sa filiale Cristalco.
Le groupe Vermandoise, spécialisé dans la fabrication du sucre depuis 1854, s’appuie, lui, sur des exploitations agricoles dans la Somme et dans l’Aisne et produit chaque année 550 000 tonnes de sucre et 600 000 hl d’alcool. Près de 83% de son activité sucre (autour de 83% du CA) est réalisé en France, plus de 84% pour les alcools (environ 12% du CA). Vermandoise produit aussi des mélasses (1,2% du CA), des pulpes (1,2% du CA) et des marchandises revendues en l’état (3,2%).
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Vers un ensemble de 1,2 Md de CA
Avec le groupe Vermandoise (328 M EUR de CA) et ses 14 % de quotas sucriers, le nouvel ensemble aurait 35,1 % des quotas français, un chiffre d’affaires voisin de 1,2 Md EUR et un EBE cumulé de 225 M EUR. Il se hisserait au deuxième rang français et cinquième européen derrière les allemands Sudzucker (propriétaire de Saint Louis), Nordzucker, le britannique British Sugar et le français Tereos. En outre, a précisé Alain Commissaire -qui devrait prendre la direction générale du nouveau groupe-, avec ce rapprochement la France va avoir, comme en Allemagne, deux groupes majeurs et « l’écart entre le deuxième sucrier français et le troisième (Saint Louis Sucre) se rapproche au profit des clients ».
Enfin, ajoutons que les deux entreprises se connaissent bien. Une des usines actuelle de Cristal Union avait été rachetée à la Vermandoise. C’est d’ailleurs les relations qu’elles entretiennent et certains points communs qui ont permis ce rapprochement. « Notre groupe n’a jamais été à vendre, il est solide, ses usines sont performantes, les personnel est de qualité et notre trésorerie nous permet de franchir de nombreux obstacles », a déclaré Jean-Claude Delloye président du directoire et d’ajouter pour convaincre que l’opération a du sens : « Le rapprochement du Groupe Vermandoise et de Cristal Union lui ouvrirait de nouvelles perspectives de croissance en France et à l’international. Je connais depuis longtemps Cristal Union et ses équipes dirigeantes et il nous est apparu que ce projet était la meilleure solution d’avenir pour nos salariés, nos planteurs et nos usines. Nous avons aussi constaté que nous partagions une éthique commune ». Pour Jean-Claude Delloye, la condition sine qua non était notamment le maintien des effectifs et des sites actuels, chose acquise.
Concernant les conditions de l’offre, outre une Offre Publique Simplifiée (OPS) pour le rachat des minoritaires, on retrouve le même schéma que celui mis en place pour le rachat de Béghin-Say par Union SDA, en 2002, devenu Tereos. Après les OPS, le capital du nouveau groupe sera ouvert aux agriculteurs de la Vermandoise appelés à devenir ainsi coopérateurs.
La dernière grosse entreprise familiale du secteur sera donc reprise par un groupe coopératif qui dans sa forme actuelle n’a qu’un peu plus dix ans d’existence. Cristal Union est né en janvier 2000 de l’union des coopératives Arcis, Bazancourt, Corbeilles et Eclaron, pour faire face, déjà, à la mondialisation. Une évolution qui signe la domination du modèle coopératif dans l’industrie sucrière et sa nouvelle avancée dans l’ensemble de l’agroalimentaire (lire notre article en page 14).