Abonné

Culture viande veut reprendre la main

- - 4 min

L’assemblée générale de Culture viande, organisée le 9 octobre à Paris, a fourni à la filière l’occasion de dépasser « les idées reçues » sur la nutrition ou l’environnement et de présenter ses « axes de progrès » en matière de bien-être animal ou de social. Mais l’actualité n’était jamais loin : incendie d’un abattoir dans l’Ain, loi Egalim…

À l’heure où Emmanuel Macron recevait les dirigeants de dix interprofessions agricoles, Jean-Paul Bigard, président de Culture viande (ex-SNIV-SNCP), jugeait sévèrement, en assemblée générale, le résultat des États généraux de l’alimentation. Le « grand élan » suscité par le discours d’Emmanuel Macron, le 11 octobre 2017 au Marché de Rungis, a fait place, « un an et des dizaines de milliers d’heures de débat » plus tard, à la « déception », a déclaré Jean-Paul Bigard. « Les conclusions ne seront pas au niveau » du « nouvel ordre moral » (création de valeur, juste rémunération des éleveurs, réponses aux attentes des consommateurs, alimentation saine, sûre et durable) prôné par le président de la République. Non seulement il existe déjà, en matière de coûts de production, des « brouettes d’indices utilisables », mais encore il serait « totalement illusoire » d’imaginer que le relèvement du seuil de revente à perte « va modifier le comportement des distributeurs […] La guerre des prix reste (leur) arme de combat […] Dans quelques semaines, nous allons revivre le long calvaire des négociations annuelles ».

Appui à la FNSEA sur les anti-viande

Jean-Paul Bigard a dénoncé la « tournure très inquiétante » que prend le mouvement vegan. « Oui à la protection animale […] mais non, non et non à l’activisme de combat et de terreur », a-t-il déclaré, en indiquant que son organisation « soutenait la demande de la FNSEA d’une enquête parlementaire sur les anti-viande ». Jean-Luc Angot, président du Comité national d’éthique des abattoirs, a noté qu’il « reste des marges de progrès dans certains outils » et annoncé que son comité ferait des « recommandations à la fin décembre ou au début janvier 2019 ».

Autre traumatisme, le repli de la consommation. « Le cru 2018 ne sera pas brillant, et même pire globalement », a exposé le président de Culture viande en notant un « fort recul des viandes à cuisson lente », un « maintien des viandes grillées » sujet à une forte saisonnalité, la « progression de la viande hachée » (mais « la viande bovine n’existe plus sans le haché… »), et une « charcuterie à la peine ». Dans un tel contexte va être lancée, « dans les prochains mois », une « campagne collective » qui sera placée sous le signe du « plaisir » et du « manger mieux » associés à la viande, a annoncé François Cassignol, directeur communication de Culture viande.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Culture viande
Suivi
Suivre

Rapprochement avec la Fedev

Abordant les questions interprofessionnelles, Jean-Paul Bigard a proposé de rouvrir le dossier de la présentation des carcasses (dont « la réglementation a plusieurs décennies ») et fustigé l’étiquetage des morceaux de viande bovine avec des étoiles censées représenter leur qualité/tendreté relative. « C’est un fiasco monumental. Les bouchers avaient raison. Il va falloir faire quelque chose. »

Le président de Culture Viande a enfin appelé à un rapprochement avec la Fedev (ex-FNICGV). « Nous avons des problèmes communs, y compris les résultats calamiteux de nos entreprises souvent. Les combats entre différentes familles doivent cesser », a-t-il expliqué en substance. De la même manière, Jean-Paul Bigard a souhaité une « réconciliation au sein de la filière porc ». Culture Viande revendique 80 adhérents, 150 établissements industriels, 35 000 salariés, 9,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 78 % des abattages français de porc et 57 % des abattages français de gros bovins. La Fedev indique représenter 76 % des entreprises du commerce et de l’industrie de la viande pour un total de 16 000 salariés.