On comprend l’émotion du monde agricole à l’idée d’une OPA possible d’un groupe américain sur Danone. Sa puissance d’achat, tant dans le lait que dans des produits comme la farine, fait de l’ancien BSN un groupe stratégique pour une agriculture dépendant de plus en plus des lois du marché. Imaginons le coup dur que pourrait représenter le choix du futur Danone d’aller s’approvisionner de plus en plus en lait allemand et de moins en moins en lait français.
On comprend les pouvoirs publics de s’émouvoir des conséquences du rachat possible de cette « cathédrale de Chartres, » comme l’appelait Antoine Riboud. Les enjeux en terme d’emplois et d’aménagement du territoire sont trop sérieux pour que, quand bien même ils ne peuvent pas faire grand-chose, les décideurs de l’État n’évoquent pas le problème.
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On comprend moins les dirigeants de Danone qui appellent le gouvernement à la rescousse. Feindre de s’étonner d’une OPA possible ne manque pas de sel. D’abord, les OPA ne font-elles pas partie de la vie des entreprises ? BSN n’était-il pas né d’une OPA – ratée, certes – et ne s’est-il pas développé grâce à une OPA – réussie cette fois – sur Général Biscuits ? En second lieu, depuis qu’il a succédé à son père, Franck Riboud n’a eu de cesse de vendre des actifs jugés non stratégiques ou non rentables (les sauces, les bières), pour maximiser les profits. Le père avait été un bâtisseur, tout en suscitant un pacte d’actionnaire tandis que le fils a agi en financier tout en omettant de sécuriser son capital. De quoi susciter des appétits de raider. Franck Riboud paiera, si l’OPA se fait, le prix d’une stratégie sans doute inspirée par quelques actionnaires. Tout ceci montre en tout cas à quel point les agriculteurs doivent être attentifs à la gestion des groupes agroalimentaires avant même que ne surviennent les aléas.