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Danone donne un sévère tour de vis pour renouer avec la croissance rentable

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Mis à mal par la pandémie mondiale de la Covid-19, Danone a annoncé un vaste plan de restructuration mondial qui devrait lui permettre de générer 1 milliard d’euros d’économies récurrentes d’ici à 2023. Ce plan qui s’accompagne d’une réorganisation locale devrait entraîner jusqu’à 2000 suppressions d’emplois dans le monde, dont près entre 400 et 500 en France. Les syndicats appellent à la mobilisation générale.

Après l’annonce mi-octobre d’une nouvelle organisation opérationnelle et du départ de Cécile Cabanis, la directrice générale finances, Danone a annoncé le 23 novembre, à l’occasion d’une réunion investisseurs, un vaste plan de réorganisation qui devrait avoir de lourdes conséquences sur l’emploi au niveau mondial. Pour justifier cette décision, Emmanuel Faber, le p.-d.g., met en avant la nécessité pour le groupe de se réinventer pour faire face au contexte actuel. S’il souligne que la crise de la Covid-19 a conforté certains principes chers au groupe concernant la santé et l’alimentation « notamment sur l’immunité, auxquels participent la fermentation des protéines et probiotiques, la conversion accélérée au végétal, le boom de l’e-commerce », énumère-t-il, elle fait en revanche peser des difficultés sur certaines de ses activités en raison de la fermeture des canaux hors domicile, mais aussi de la réduction des gammes portées par nos distributeurs, sans parler des coûts opérationnels plus élevés inhérents aux mesures sanitaires. Et le dirigeant de reconnaître que les résultats récents de Danone prouvent qu’il n’est pas « en mesure ni de tirer pleinement des évolutions actuelles les opportunités qu’elles représentent, ni de répondre de façon optimale à ses défis ».

Plus grande autonomie locale

Une réinvention du rapport à l’alimentation qui passe, selon le groupe, par le local. Ce plan baptisé « Local First », vise à redonner de l’autonomie aux business unit locales par zones, au plus près des réalités et des spécificités des différents marchés et ainsi des consommateurs, en remplacement de l’actuelle organisation mondiale par catégories. En « redonnant le pouvoir aux pays », Danone compte regagner « en agilité, en raccourcissant les chaînes de décision sur nos processus de routine ». Et qui dit redistribution des cartes, dit également redéfinition des rôles. Shane Grant pour la partie Danone North America et Véronique Penchienati-Bosetta pour Danone International ont été nommés en octobre à la tête de ces deux macros-zones. Et pour renforcer les prises de décisions locales, Danone International sera organisé autour de cinq zones, avec cinq présidents bientôt nommés et également membres du comité exécutif, à savoir : Floris Wesseling pour l’Europe ; Corine Tap pour la zone Asie/Afrique/Moyen-Orient ; Bruno Chevot pour la zone Chine/Océanie ; Charlie Cappetti pour la zone CIS/Turquie ; et Silvia Davila pour l’Amérique Latine.

1 milliard d’euros d’économie et de nombreux licenciements

Concrètement, ce plan combiné avec la nouvelle organisation intégrée de chaîne de valeur, annoncée en octobre dernier, devraient « générer des économies récurrentes que nous avons chiffrées à 1 milliard d’euros d’ici à 2023, qui serviront d’une part à investir dans la croissance, en soutien de nos marques, mais également à renforcer nos marges », indique Danone dans son communiqué. Dans le détail, ces économies « comprenant de nouvelles sources de productivité industrielle », permettront de réduire de 300 millions d’euros le coût des produits vendus et de 700 millions les frais généraux et d’administration, soit environ 20 % des coûts de structure de l’entreprise. Dans le même temps, les coûts exceptionnels liés à la mise en place de la nouvelle organisation pèseront pour 1,4 milliard d’euros pour la période 2021-2023. Surtout, ce plan d’économies devrait entraîner la suppression de 1500 à 2000 postes dans le monde, dont entre 400 et 500 en France.

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Retour à une meilleure rentabilité

De fait, le groupe qui se qualifie de « champion de la croissance » compte bien retrouver une croissance rentable en moins de douze mois, dès le deuxième semestre 2021, « et un retour de la marge opérationnelle courante à son niveau pré-Covid, à plus de 15 %, en 2022 », est-il encore précisé. Le tout avec un objectif à moyen terme d’une croissance des ventes comprise entre 3 % et 5 % à données comparables. À l’occasion de cette communication, Danone a par ailleurs confirmé ses objectifs pour 2020 « d’une marge opérationnelle courante de 14 % et d’un free-cash-flow de 1,8 milliard d’euros, malgré des conditions d’activité plus difficiles créées par de nouvelles mesures de restriction et de fermeture prises depuis la publication du chiffre d’affaires du troisième trimestre, notamment en Europe ».

La CGT appelle à la mobilisation

Autant dire que ces annonces ne sont pas du tout du goût du syndicat CGT-Fnaf qui dénonce la « stratégie économique sur les produits à haute valeur ajoutée » menée depuis plusieurs années par Danone, visant surtout à « produire moins et plus cher » pour « une minorité de la population solvable pour se faire un maximum de profits ». Le syndicat insiste, évoquant ainsi une « priorité absolue au tiroir-caisse » qui se fait « au détriment des volumes, des emplois, du potentiel industriel et des populations ». Pour la CGT-Fnaf, cette annonce pourrait même être l’arbre qui cache la forêt, avant « le début du démantèlement complet du groupe, de la vente par appartement ou de la cession à un autre grand groupe de l’agroalimentaire plus puissant encore ? », s’interroge-t-il. En conséquence, la CGT appelle à la mobilisation générale. Elle appelle à une assemblée générale des militantes et militants CGT du groupe le 26 novembre à son siège à Montreuil.