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Danone et son président sur la sellette

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Le fonds Artisan Partners, détenteur d’environ 3 % du capital de Danone, expose dans un courrier adressé à la direction ses solutions pour améliorer les performances du groupe. Danone, il est vrai en perte de vitesse en 2020, a prévu des restructurations et des licenciements. Il doit annoncer ses résultats annuels le 19 février.

Danone et plus particulièrement son dirigeant Emmanuel Faber sont dans l’œil du cyclone ces derniers mois. Après la défiance des investisseurs suite aux annonces successives de restructuration et de licenciements en fin d’année dernière, puis l’arrivée d’un fonds activiste, BlueBell Capital, en janvier qui demandait le départ du président, le groupe est cette fois sommé de procéder à « un changement urgent » par le fonds Artisan Partners, désormais troisième actionnaire, avec environ 3 % du capital. Selon cette société américaine, entrée au capital l’an dernier en déboursant environ 1,6 milliard d’euros, les bouleversements engendrés par la pandémie ne suffisent pas à expliquer la baisse de performance du groupe (recul de 5,4 % de chiffre d’affaires sur les neuf premiers mois de 2020, soit un manque à gagner de près d’un milliard par rapport à la même période en 2019). Soucieux de ne pas être présenté comme un fonds activiste, Artisan Partners fait valoir qu’il avait un « plan » pour le groupe, dont « la performance financière n’est pas en ligne avec la qualité de ses actifs. » En réaction, Danone a dit accueillir « favorablement tous les investissements et les points de vue constructifs sur la manière dont nous pouvons créer de la valeur dans la durée ».

Créer de la valeur

Selon l’agence Agefi-Dow Jones, Artisan Partners appelle à dissocier les fonctions de président et de directeur général, dans une lettre adressée à Gilles Schnepp, l’administrateur référent du groupe agroalimentaire. « Une bonne gouvernance d’entreprise imposerait que les administrateurs soient véritablement indépendants, ce qui en exclut la précédente équipe de direction », ajoute en outre Artisan Partners. Une façon, selon certains de critiquer la nomination de Cécile Cabanis à la vice-présidence du conseil d’administration, alors qu'elle a démissionné de son poste à la direction financière. Le fonds qui déplore « le manque d’expérience » du conseil d’administration du groupe dans les biens de consommation, affirme avoir élaboré un plan avec Jan Bennink, ancien dirigeant de la division laitière de Danone et ex-p.-d.g. de Numico, une entreprise de produits alimentaires pour bébé rachetée en 2007 par Danone. « Notre plan repose sur une croissance fondamentale de long terme et la création de valeur » et « n’implique ni ingénierie financière, ni démantèlement ou vente de l’entreprise », déclare Artisan Partners qui dit « avoir hâte » de partager ce plan avec le conseil d’administration de Danone.

Des démarches opportunistes

Dans une note récente, le cabinet Alpha Value estime que des changements de têtes ne suffiront pas à redresser la croissance face aux difficultés structurelles du groupe, confronté à l’érosion des volumes de ventes avant la pandémie de Covid-19. « La concentration des positions de président et directeur général ne dérange les gens que quand la boîte va mal », remarque par ailleurs un analyste.

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Et si une source proche du dossier juge que les fonds, activistes ou pas, se livrent à une « manœuvre opportuniste », avant tout guidés par le souci de récolter les fruits du rebond du titre et des ventes, au moment où l’étau de la pandémie se desserrera, il n’empêche que tout ceci ne fait qu’accentuer la pression sur les dirigeants en pleine pandémie de la Covid-19.

Danone doit présenter ses comptes annuels le 19 février, au lendemain de son grand concurrent Nestlé. « Depuis deux ans, et ça a été accéléré par la pandémie, le modèle économique de Danone est sous tension en comparaison avec Nestlé. Est-ce lié au modèle de la boîte ou à de mauvais choix ? », s’interroge cette source. Et de constater que les critiques ont eu tendance à se focaliser sur le management, au risque d’ « évacuer un peu vite des éléments plus structurels ».

Plusieurs soutiens

Si Emmanuel Faber cristallise aujourd’hui tous les reproches ou presque, il conserve néanmoins des soutiens. Ainsi, Pascal Lamy, l’ex-directeur général de l’OMC, a prévenu le 15 févier qu’il était prêt à « rendre son tablier si ce conseil d’administration considère que Danone est allé trop loin dans la poursuite d’engagements environnementaux et sociétaux ». Pascal Lamy est à la tête d’un comité chargé d’évaluer la mise en œuvre par Danone de ses engagements depuis que le groupe est devenu une "entreprise à mission" en juin dernier. De même, le président du groupe a également le soutien des syndicats. FGA-CFDT s’est fendu d’un communiqué faisant valoir que « la gouvernance actuelle est la meilleure », alors que la FGTA-FO mettait en garde contre des fonds activistes qui « tentent d’imposer au groupe Danone leur modèle basé sur les seuls profits financiers à court terme avec des risques de répercussions imminentes et graves sur l’emploi, voire un démantèlement du groupe ».