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Biscuits Danone voit mieux son avenir sans LU

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Après un mois de négociations, Danone va céder sa branche biscuits et produits céréaliers à l’américain Kraft pour 5,3 milliards d’euros. La cession ne concerne pas ses activités en Amérique Latine et en Inde. Les deux groupes se sont entendus pour qu’il n’y ait aucune restructuration en France pendant une période de trois ans suivant la signature définitive des accords qui devrait intervenir d’ici la fin de l’année. Ce désengagement des biscuits correspond pour Danone à une volonté de se focaliser sur ses produits à connotation santé. Le groupe français devrait tirer de cette opération une plus-value estimée entre 3,5 et 4 milliards d’euros. De son côté, Kraft, libéré depuis peu du fabricant de tabac Altria, renforce son activité «snacks» qui représente 7,4 milliards d’euros, soit 29 % de son chiffre d’affaires global, et prend une position forte en Europe.

« Vous ne savez pas à quel point nous avons une capacité de focalisation » se targue Franck Riboud, p.-d.g. de Danone. Cette phrase explique d’elle-même le choix de Danone de céder l’ensemble de son activité biscuits dans le monde, à l’exception de l’Amérique latine et de l’Inde, au groupe américain Kraft. En négociation depuis un mois, les deux groupes viennent en effet de confirmer les rumeurs qui couraient depuis quelques jours. Kraft a offert quelque 5,3 milliards d’euros pour acquérir l’activité biscuits et produits céréaliers du groupe Danone, comprenant notamment les marques LU, Mikado, Pépito, Petit Déjeuner et représentant un chiffre d’affaires de 1,994 milliard d’euros réalisé dans vingt pays. Soumise à la consultation des instances représentatives du personnel et à l’approbation des autorités de la concurrence, l’opération devrait être effective au cours du dernier trimestre 2007. La cession ne prend pas en compte ses activités en Inde où le groupe est présent via sa joint-venture avec la famille Wadia qui contrôle le numéro un du marché local Britannia. Ses activités en Amérique latine sont également exclues puisqu’elles entrent dans le cadre d’une société commune créée avec le groupe argentin Arcor qui détient 51 % de cette dernière.

« Cette décision stratégique a été prise afin que nous puissions accélérer le développement de nos produits à très forte connotation santé. Nous allons mettre tous nos moyens sur nos zones de compétences dans les produits laitiers comme dans les boissons à base d’eau de source et d’eau minérale. L’efficacité globale du groupe reste un des critères de décision. Deux ans de croissance sur nos deux métiers remplacent le chiffre d’affaires de notre activité biscuits dans sa totalité. La taille n’est pas un problème. Il faut savoir en faire un avantage compétitif », précise Franck Riboud.

Un recentrage programmé

Cette cession entre donc dans le cadre d’une « focalisation à outrance » sur ses deux autres métiers que sont les produits laitiers frais et les boissons. « Les biscuits n’étaient plus totalement au centre de nos préoccupations. Cette activité était devenue un marché régional. Elle entre désormais au cœur de la stratégie du leader mondial Kraft, qui va lui donner des moyens que nous n’aurions jamais mis »,précise Franck Riboud. Il faut dire que son activité biscuits enregistre la plus faible croissance interne de l’ensemble des métiers du groupe, et ce malgré un redressement perceptible depuis peu. En 2006, son pôle biscuits et produits céréaliers a affiché un résultat opérationnel courant de 301 millions d’euros et une marge opérationnelle de 13,7 %, contre 10,9 % un an plus tôt. En 2001, Danone avait engagé un plan de restructurations prévoyant la fermeture de sept usines en France et la suppression de plus de 1 800 postes. Aujourd’hui son pôle biscuits compte 36 sites de production dans le monde et emploie 15 000 salariés. Rappelons également qu’en 2005, Danone a vendu sa participation minoritaire dans une entreprise colombienne et, en 2004, Jacob’s and Irish Biscuit, se désengageant ainsi du marché en Irlande et au Royaume-Uni. Sa prise de participation complémentaire de 29 % au sein de la société tunisienne Sotubi, en 2005, fut la dernière acquisition du groupe dans cette activité. En avril 2006, le groupe français avait cédé sa société néo-zélandaise Griffin Foods pour 194 millions d’euros au fonds d’investissement Pacific Equity Partners. Plus récemment, en début d’année, Danone a cédé sa participation de 40 % au sein de la société allemande Griesson, qui garde pour une durée de trois ans la distribution des marques du groupe. Danone pense pouvoir retirer de la cession de son pôle biscuits « une plus-value évaluée entre 3,5 et 4 milliards d’euros », indique Antoine Giscard d’Estaing, directeur financier du groupe, qui attend sur l’exercice 2007 un résultat d’exploitation en croissance de 7 à 9%. « Nous sommes sereins pour atteindre notre objectif de marge pour l’année 2007. Notre résultat net de cette année sera important mais nous mettrons l’accent sur les résultats récurrents », ajoute-t-il. Franck Riboud s’est refusé à donner des détails quant à l’utilisation des liquidités retirées de cette cession, hormis le fait qu’il y a des « projets en interne et des cibles pour de futures croissances externes en vue » mais il exclut de réaliser « une grosse acquisition ». « Tout reste ouvert, nous pouvons redistribuer aux actionnaires ou bien investir dans une opération de croissance externe », explique Antoine Giscard d’Estaing.

Par ailleurs, Danone vient d’annoncer qu’il va procéder à l’annulation de 10 millions d’actions propres au 9 juillet prochain. A l’issue de cette opération, le capital social du groupe s’élèvera à 128,2 millions d’euros. En 2006, le géant français a dégagé un bénéfice net de 1,353 milliard d’euros pour un chiffre d’affaires de 14,073 milliards d’euros dont 56,4 % dans les produits laitiers frais et 28 % dans les boissons.

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Complémentarité géographique

Présent en France à travers ses marques de café (Carte noire, Jacques Vabre, Grand’Mère) et de chocolat (Côte d’Or, Milka, Toblerone, Suchard), Kraft n’avait pas d’implantations européennes sur le marché des biscuits à l’exception de l’Espagne et de la Russie. En juillet 2006, Kraft avait acquis les activités de United Biscuits dans la péninsule ibérique pour 1,07 milliard de dollars Cf Agra alimentation n° 1937 du 13/07/2006 page 25. A l’inverse, Kraft occupe des positions dominantes sur le marché des biscuits en Amérique du Nord, contrairement à Danone. « Ce projet d’acquisition s’inscrit pleinement dans notre stratégie de création de valeur à long terme pour nos actionnaires. Cette acquisition va renforcer notre présence sur la catégorie Biscuits – celle qui croît le plus rapidement au sein de notre portefeuille – et va transformer nos activités à l’international », précise Irène B. Rosenfeld, p.-d.g. de Kraft Foods. Elle considère, en outre, que l’activité biscuits de Danone permettra à Kraft d’avoir « une nouvelle catégorie de croissance en Europe, en plus de ses activités de café et de chocolat et constituera le socle pour une croissance plus rapide de notre présence sur de grands marchés en développement ». Outre l’Europe, Kraft va prendre également des positions importantes en Asie. En Chine, le groupe va doubler de taille. Il met également un pas en Malaisie, en Indonésie et en Russie où Danone était le numéro un local du secteur, ce qui lui ouvrira les portes du marché de l’Europe de l’Est. En 2006, le pôle snacks du groupe américain (biscuits sucrés, en-cas salés et confiserie) a généré un chiffre d’affaires de 7,4 milliards d’euros, représentant 29% du chiffre d’affaires global du groupe.

Aucune restructuration à court terme

Par ailleurs, Kraft s’est engagé « contractuellement » à ne décider aucune restructuration industrielle au cours des trois années qui suivent la date de signature définitive de la cession. En outre, l’activité biscuits restera gérée en France au sein de l’ancien siège social de LU, situé à Rungis, dans le Val-de-Marne, qui devient le siège social européen de l’activité biscuits de Kraft. Ces garanties sur trois ans n’ont pas rassuré les salariés et syndicats qui s’inquiètent pour « la pérennité de l’emploi » et ont rappelé que Kraft Foods avait annoncé début 2006 la suppression de 8 000 emplois dans le monde en raison de « problèmes de surcapacité industrielle et de la flambée des matières premières » Cf Agra alimentation n°1915 du 02/02/2006 page 34. Par ailleurs, Georges Casala restera à la tête de sa division ainsi que l’ensemble de l’équipe managériale du pôle biscuits de Danone.

Au global, Kraft a réalisé, en 2006, un chiffre d’affaires de 34,4 milliards de dollars (25,27 Mds EUR), en progression de 0,7% dans les snacks, les boissons, les produits laitiers, les plats prêts à consommer et l’épicerie. Cette dernière catégorie a enregistré une baisse de 7,4% de son chiffre d’affaires l’année dernière.