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Production bovine et porcine Dans l’Allier, Nicolas Sarkozy se confronte aux problèmes de l’élevage

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Négociations avec le Mercosur, distorsions de concurrence, répartition des marges... les thèmes clefs de l’élevage ont été abordés par Nicolas Sarkozy dans son déplacement, le 25 novembre, dans l’Allier. Il n’a fait cependant aucune annonce pour une quelconque sortie de crise.

«L’agriculture ne doit pas être la variable d’ajustement des négociations commerciales, donc nous avons été au bout des négociations raisonnables dans les discussions à l’OMC et avec le Mercosur. Il n’y aura plus une seule ouverture sur le sujet. » Les propos de Nicolas Sarkozy semblent clairs. Pourtant Pierre Chevalier, président de la Fédération nationale bovine (FNB), se demande sur quel contrat le président verrouille les négociations : 400 000 tonnes de viande bovine importées, 250 000 tonnes ou un blocage complet des importations. D’autant plus que Guy Hermouët, vice-président de la FNB, parle, lui, de contrat allant jusqu’à 800 000 tonnes de viandes importées avec une extension possible à 1 million 500 mille tonnes en 2020. « Il n’est pas sûr que la Commission européenne ait la même fermeté que le président », affirme-t-il. Aussi les négociations sont-elles sous surveillance.

Tracabilité et bien-être animal
Sur le même sujet, Nicolas Sarkozy reprend : « Je n’ai pas l’intention qu’en Europe rentrent des viandes d’Argentine, de Nouvelle-Zélande ou de tout autre pays qui ne répondent nullement aux normes environnementales et sanitaires que nous imposons à nos éleveurs en France et en Europe. À quoi cela sert de poursuivre nos éleveurs français sur la traçabilité, si dans le même temps on continue de faire venir de l’étranger des viandes dont la tracabilité, le mot même, est ignorée ? [...] Le fait qu’un nouvel éleveur, quand il rachète une ferme, doit mettre systématiquement la totalité de ses bâtiments aux normes, c’est très bien, mais si l’on fait venir des viandes de pays dont la notion même de bien-être animale n’existe pas ? À quoi ça sert ? Si ce n’est à faire mourir nos éleveurs et notre agriculture. [...] Nous ne pouvons pas l’accepter. »

Distorsion de concurrence
Le président enchaîne sur les problèmes de distorsions de concurrence, qui posent de vraies questions de compétitivité dans la filière porcine : « Autant je peux comprendre des déficits de compétitivité avec des pays qui ont un modèle social moins élaboré que le nôtre, autant je ne peux pas accepter des problèmes de compétitivité avec des pays comme l’Allemagne qui se trouve au sein de l’Union européenne ». En Allemagne, les abattoirs travaillent essentiellement avec du personnel des pays de l’Est à des salaires trois fois inférieurs à ceux des Français, d’après le Collectif contre le dumping social en Europe. Selon ce Collectif, l’économie réalisée par les entreprises allemandes est de l’ordre de 0,05 à 0,08€/kilo de viande abattue, découpée et élaborée. Nicolas Sarkozy dit y porter « une attention très précise », avant de rappeler la mesure de suppression des charges sociales pour les saisonniers. Cette mesure reste cependant peu utile pour l’élevage, puisque ce sont essentiellement des employés à temps plein qui travaillent sur les exploitations.

Répartition des marges
Côté répartition des marges, le président déclare : « Grosso modo, depuis 12 ans, le prix de la carcasse de la viande bovine est resté le même. [...] Sur la même période, la marge brute des industriels et des distributeurs de viande a augmenté de 2€/kg. [...] Je n’accuse personne, ce sont des chiffres..., même si je sais que dans la carcasse tout ne se vend pas. » Cela « montre que ceux qui sont pénalisés sont les producteurs, sans que le consommateur en profite ». C’est le mot « inacceptable » que Nicolas Sarkozy utilisera pour définir cette situation inéquitable. Pour autant, il n’encourage pas « le monde agricole à aller contre la distribution » car il « trouve que c’est absurde d’aller en opposition avec ses premiers acheteurs », ses « premiers clients. Ça n’a pas de sens ». Il appelle les producteurs, comme le faisait Bruno Le Maire au Salon des productions animales (Space), le 14 septembre dernier, à « se rassembler face à la distribution » et à travailler davantage « la dimension assurantielle » de leurs produits.

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