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Reportage Dans l'Isère, la directive nitrates inquiète les éleveurs de montagne

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Au cœur du territoire de la noix de Grenoble (Isère), l'extension des zones vulnérables inquiète les éleveurs, qui se demandent comment ils vont pouvoir continuer à faire leur travail.

Loin des zones d'élevages intensifs, sur les territoires vallonnés de la basse vallée de l'Isère, les agriculteurs regardent vers Bruxelles avec inquiétude. La nouvelle cartographie des zones vulnérables, imposée par la directive nitrates, remet en cause leur travail.

À Varacieux, Bruno Neyroud produit 500 000 litres de lait avec trois associés en GAEC. Un bâtiment récent, bardé de bois, abrite les vaches. La commune est concernée par l'extension des zones vulnérables. « Si on passe en zone vulnérable, il faudra agrandir la fumière. Financièrement, ce n'est pas possible, on est au maximum niveau emprunts », alerte Bruno Neyroud, à l'accent dauphinois marqué. Une situation incompréhensible, d'autant que « le taux de nitrates dans l'eau potable est 10 fois inférieur au taux maximal autorisée ».

Réduire le troupeau

A une quinzaine de kilomètres d'une route sinueuse traversant les rangées de noyers, Jean-Claude Rochas élève 50 vaches laitières sur 30 hectares de collines. Avec quatre salariés, il transforme le lait en saint-marcelin, qui sera vendu sur les marchés de l'agglomération grenobloise. La commune, située à 650 mètres d'altitude, doit aussi passer en zone vulnérable. « Tout est en pente ici, plus rien ne sera épandable », explique-t-il. En cause, l'autre versant de la commune, qui donne sur un ruisseau. Mais qui ne devrait pas concerner le versant sur lequel est située l'exploitation. Si le zonage reste en état, il envisage de réduire son troupeau, et d'essayer de vendre son fumier. « C'est une aberration. Je ne suis pas pour les actions radicales, mais là ça m'interpelle », lance l'éleveur.

« C'est des conditions de travail un peu difficile, mais on ne se plaint pas : c'est malgré tout viable, explique-t-il. S'il n'y a plus d'agriculture, tout va finir en buisson ».

Les noix remplacent les vaches

Venu en voisin, Yann Dherbey, trésorier des Jeunes agriculteurs de l'Isère, abonde. Alors que l'on a beaucoup parlé de la « céréalisation » de la France, ce sont les noyers qui prennent ici la place de l'élevage. « L'élevage nous prend 70% de notre temps mais fait 30% de notre

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revenu », s'accordent plusieurs JA. Alors la noix de Grenoble, qui a le vent en poupe, étend son territoire partout où on peut planter des noyers.

Jean-Claude Darlet, président de la Chambre d'agriculture de l'Isère, rappelle toutes les actions réalisées par l'agriculture pour la protection de l'eau depuis 25 ans. « Nous avons fait des progrès énormes, il faut que la société s'en rende compte et accompagne les agriculteurs qui font des efforts ».

Revoir le classement

Le 23 juillet, Ségolène Royal annonçait que 3 900 communes supplémentaires vont être classées en zones vulnérables au regard de la qualité des eaux (1). Elle anticipait une condamnation de la Cour de justice de l'Union européenne, intervenue 4 septembre, pour non-respect de la directive nitrates. La France doit remédier aux griefs qui lui sont faits sans quoi la Commission pourrait décider d'envoyer la France de nouveau devant la Cour, lui imposant cette fois des sanctions pécuniaires dont le montant pourrait atteindre plusieurs dizaines de millions d'euros. Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll assure se battre à Bruxelles pour que soient revues les modalités de classement en zones vulnérables.

(1) Voir Agra N°3458-3459

(2) Voir Agra N°3461

(3) Voir Agra N°3465