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Dans l’Ouest, l’influenza ralentit, 8 millions de volailles tuées en Vendée

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En visite en Vendée le 22 mars, le ministre de l’Agriculture a annoncé un dépeuplement total des zones touchées par l’influenza. Des mesures spécifiques visent à protéger les élevages de reproducteurs, et les premières indemnisations sanitaires ont été versées.

Avec 33 nouveaux cas entre le 21 et le 23 mars, l’épizootie d’influenza aviaire ralentit dans les Pays de la Loire. Une nouvelle phase s’ouvre, matérialisée par la visite du ministre de l’Agriculture en Vendée le 22 mars. Après l’urgence, il s’agit désormais d’accompagner les éleveurs touchés et d’assainir la zone pour préparer le redémarrage, tout en protégeant le maillon reproduction, très présent dans la région. À l’instar des mesures prises fin janvier dans le Sud-Ouest, Julien Denormandie a annoncé un dépeuplement total des zones réglementées. « Il n’y a pas d’autre solution à court terme », a-t-il justifié. Aucun calendrier de remise en place n’a encore été communiqué. Celle-ci pourrait intervenir au printemps ou au début de l’été, sachant qu’en plus du nettoyage-désinfection et du contrôle de l’absence de virus, la réglementation impose un délai d’un mois après le dernier cas.

Environ 250 sites « stratégiques » à protéger

En parallèle, l’administration est « en train de finaliser » des mesures visant à « préserver les sites stratégiques » de la maladie, indique Joël Limouzin, président de la chambre d’agriculture de Vendée, à Agra Presse. Un dépeuplement serait envisagé autour de « 200 à 250 sites identifiés » en Pays de la Loire (élevages de reproducteurs notamment), et ce dans un rayon de « 3 à 5 km selon le type d’élevage ». « Si ces élevages disparaissent, il faudra au moins 18 mois avant de repartir », précise M. Limouzin, par ailleurs membre du bureau de la FNSEA. Dans ces zones dépeuplées, les abattages pourraient être « à vocation alimentaire pour les animaux indemnes et en âge d’être valorisés ». Mais ils pourraient aussi avoir pour destination le pet-food et l’équarrissage pour les jeunes animaux. Au 22 mars, des discussions étaient « encore en cours », notamment sur le sort réservé aux poules pondeuses.

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Lors de sa visite, le ministre a également annoncé les premiers versements d’indemnisations sanitaires, à hauteur de « 2 M€ d’acomptes pour une trentaine de dossiers », selon Joël Limouzin. L’élu insiste sur la nécessité « d’accompagner les éleveurs », du point de vue économique comme psychologique. « Nous allons organiser des réunions pour expliquer le dispositif d’aides », précise-t-il, ajoutant que « les groupements appellent les éleveurs pour faire le point sur leur situation de trésorerie. » Et d’annoncer qu’en Vendée, « toutes les banques se sont engagées à suspendre les échéances de prêts en attendant que les aides publiques arrivent. » Le président de la chambre départementale évoque aussi un « volet sur les entreprises de ramassage de volailles », visant à « ne pas perdre les salariés ou auto-entrepreneurs en chômage technique ». « La Vendée est en situation de plein-emploi, explique-t-il, les gens peuvent retrouver du travail ailleurs ». Côté éleveurs, à moyen terme, « l’attente est très forte sur le terrain concernant la vaccination », en expérimentation.

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Inquiétude en Bretagne et Maine-et-Loire

Au dernier bilan officiel du 23 mars, les Pays de la Loire et les Deux-Sèvres comptaient presque 600 foyers confirmés. Bien que provisoire, le bilan de l’épisode ligérien est d’ores et déjà très lourd : d’après Joël Limouzin, « entre 7,5 et 8 millions de volailles ont été tuées » en Vendée, épicentre de l’épizootie avec 451 cas. Une part « relativement importante » des cadavres a dû être enfouie, car la propagation fulgurante de l’épizootie a submergé les capacités d’équarrissage (lire l’encadré). Dans le Sud-Ouest, près de 4,5 millions de volailles avaient déjà été abattues ces derniers mois. Désormais, la profession nourrit une « grande inquiétude » sur une éventuelle remontée de la Vendée vers le Maine-et-Loire, car « la zone des Mauges ressemble à la Vendée en matière de densité », explique l’élu. Alors qu’en Vendée, « tout le monde a été pris de court », Joël Limouzin invite ses voisins mainoligériens à « jouer l’anticipation ».

Autre source d’inquiétude : les premiers foyers apparus en Bretagne. Un cas a été détecté dans un élevage de 6 600 canards de Barbarie à Essé (Ille-et-Vilaine), dans le secteur de Fougères, au nord-est de Rennes, entraînant des mesures de restriction, a annoncé le 19 mars au soir la préfecture. Il s’agit du deuxième cas breton, après un premier dans le Morbihan le 15 mars, dans un élevage de 15 000 canards de chair à Ambon. Située à une vingtaine de kilomètres à l’est de Vannes, cette exploitation serait proche de l’abattoir Procanar (Lauzach) et d'« au moins un élevage de poules pondeuses dans le périmètre de 5 km », d’après nos confrères des Marchés (groupe Réussir-Agra). Première région avicole de France, la Bretagne a produit 42 % des œufs et 32 % des poulets de chair de l’Hexagone en 2020.

« Entre 7,5 et 8 millions de volailles tuées » en Vendée

Deux cas en Bretagne, première région avicole française

Un « protocole très strict » sur l’enfouissement des cadavres dans les terres agricoles

Face à la progression fulgurante de l’influenza dans les Pays de la Loire, les autorités ont dû prendre des mesures « complètement inédites » sur l’élimination des cadavres, rappelle le président de la chambre d’agriculture de Vendée, Joël Limouzin. Faute de capacités d’équarrissage suffisantes, une part « relativement importante » a dû être enfouie. Selon l’élu, environ « 350 tonnes par jour » l’ont été définitivement dans des centres d’enfouissement technique d’ordures ménagères. Des volailles mortes ont aussi été enterrées « in situ » dans les élevages, avec de la chaux et « avec l’accord de l’agriculteur ». Une mesure d’urgence qui a fait l’objet d’un « protocole très strict signé entre la chambre d’agriculture, l’exploitant concerné, un hydrogéologue et l’État », explique M. Limouzin. Parmi les points vérifiés : la capacité du sol à absorber les cadavres, la pente, la distance par rapport à un cours d’eau ou des habitations. Ces fosses ont été signalées et le pâturage y est interdit « pendant neuf mois ». Après avoir éliminé « 17 000 à 18 000 t de cadavres », il restait au 22 mars « 4 000 t de cadavres à traiter », d’après le responsable syndical.