Du fait d’une pression parasitaire forte et d’un contexte économique favorable aux grandes cultures, les agriculteurs ont augmenté leurs applications fongicides sur 2007/2008, en quantité et en qualité. Deux maladies ont plus particulièrement marqué la campagne : la septoriose, de plus en plus résistante aux strobilurines, et les fusarioses.
En 2007/2008, les dépenses des céréaliers en fongicides ont progressé de 26 % par rapport à la campagne 2006/2007. Une hausse due à l’augmentation de 6 % des surfaces traitées, mais pas seulement : les producteurs ont augmenté de 11 % les traitements en volume, et ils se sont orientés vers des produits plus chers. Globalement, le nombre d’applications s’est accru. « On passe de 1,98 à 2,19 traitements par hectare, ce qui est significatif », a indiqué Claude Maumené, spécialiste des fongicides chez Arvalis, le 21 novembre, lors d’une conférence de presse organisé par l’institut à Paris. Les mauvaises surprises de la campagne 2006/2007, avec entre autres l’apparition inattendue de la rouille brune, ont laissé des traces dans les têtes des agriculteurs, par ailleurs motivés par la cherté des céréales. Ce sont surtout les blés tendres qui ont bénéficié d’une meilleure protection, plus que les orges ou les blés durs. Pour Claude Maumené, les producteurs « ont eu raison ». Car, « la pression parasitaire était là », a-t-il poursuivi.
Retour en force de la septoriose
En moyenne, la réponse du blé aux fongicides dans les essais de l’institut montre des gains de 27,1 q/ha, contre 24,2 q/ha en 2007 et 17 à 19 q/ha de moyenne sur les dernières campagnes.
Parmi les vedettes de la campagne : la septoriose. « Elle revient en force », a précisé Claude Maumené. Les pluies du mois de mai ont favorisé le développement de la maladie, qui a touché une grande partie de la France, y compris le sud-ouest. Avec une difficulté majeure : les échantillons prélevés dans le cadre du « réseau performance » septoriose blé animé par l’Inra et Arvalis ont montré une généralisation de la résistance des différentes souches du champignon aux strobilurines. « En fin de saison, la résistance a augmenté dans le sud de la France, où les strobilurines ont aussi perdu de leur intérêt », a noté Gilles Couleaud, ingénieur spécialisé chez Arvalis.
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Les souches moyennement résistantes se généralisent
Ce sont les souches TriMR, moyennement résistantes, qui se généralisent et ont constitué en 2008 78 % de la population. Point positif : elles sont encore sensibles aux triazoles, sachant toutefois que toutes ces molécules « ne sont pas à égalité entre elles, même si elles appartiennent à la même famille », a souligné Claude Maumené. Car « le comportement des différents produits est lié aux différences dans les structures de population », a-t-il précisé. Huit phénotypes ont été identifiés dans les souches TriMR, chacun se caractérisant par un génotype. Pour Gilles Couleaud, il y a un bénéfice à associer d’autres modes d’action aux triazoles. Mais globalement, l’utilisation du prochloraze, un produit qui reste plutôt bon marché, apporte dans tous les cas un gain d’efficacité. Il a un avantage supplémentaire : son utilisation contre-sélectionne certaines souches qui présentent justement une sensibilité plus importante au prochloraze.
Seconde année sous pression en fusarioses
Autre point difficile de la campagne, les fusarioses des feuilles et des épis. « C’est la seconde année sous pression, même si les fusarioses étaient un peu moins présentes qu’en 2007 », a précisé Claude Maumené. Les prélèvements ont montré que le champignon Microdochium s’était développé davantage dans les épis. Si les strobilurines ou le prothioconazole permettent encore pour l’instant de juguler le parasite, une mutation semble toutefois s’être développée : « Tous les signes d’une perte d’efficacité sont là, mais elle n’a pas encore été confirmée sur le terrain », a indiqué le spécialiste.
A ce développement des résistances, vont s’ajouter pour la campagne prochaine des changements réglementaires et la probable hausse des prix des fongicides de 8 à 10 %. « Prévoir son programme 2009 ne va pas être facile », a prévenu Claude Maumené.