« De nombreux sujets transversaux concernent l’agriculture et l’agroalimentaire », affirme Philippe Tillous Borde, directeur général de la Fop (Fédération des oléoprotéagineux) et de Proléa, à propos du rapport de la Commission Attali, dont il a été membre. Tout ce qui concerne les PME, les ressources tirées de la biomasse, les biocarburants et même les investissements prônés dans les biotechnologies sont porteurs d’espoir, selon lui, pour l’agriculture. Celle-ci est bien partie prenante de la croissance de demain, mais elle doit considérer aussi qu’elle n’est qu’un des éléments de la société entière. Réponses à trois questions d’Agra Presse.
N’est-il pas dommage que le rapport Attali soit essentiellement centré sur les aspects high-tech’ de la croissance mondiale alors que les trois quarts de cette croissance sont fondés sur les produits de base comme l’alimentation ?
Ce jugement est trop sévère. Il serait exagéré de ne pas reconnaître que l’agriculture et l’agroalimentaire sont en bonne place dans le rapport de la commission Attali. Ils sont reconnus comme un des atouts fondamentaux de la France, notamment avec sa position de deuxième exportateur mondial dans ce domaine. Si le rapport et sa présentation donnent une impression différente, c’est qu’ils ont surtout insisté sur les domaines où se situent des freins à lever pour libérer leur croissance. L’agriculture et l’agroalimentaire sont, au contraire, en perpétuelle évolution, tout le monde l’a reconnu. Il est vrai que l’essentiel de son évolution dépend de la politique agricole commune décidée au niveau de Bruxelles. Du coup, la question est aujourd’hui de savoir comment on peut prolonger ce dynamisme par une politique européenne portant sur les nouvelles composantes de la préférence communautaire, à savoir la sécurité alimentaire, l’environnement et la protection sociale.
En outre, de nombreux sujets transversaux s’appliquent prioritairement à l’agriculture et à l’agroalimentaire. Quand on parle des délais de paiement à raccourcir, cela concerne en premier lieu les milliers de PME qui constituent ces secteurs. De même lorsqu’on prône un raccourcissement du délai de remboursement de la TVA, ou encore quand on suggère la création d’une agence de services pour les PME. Également lorsqu’il est question de recherche et de l’effet d’entraînement des grandes entreprises sur les PME.
Sans oublier enfin l’ensemble des propositions concernant le développement durable, la biomasse, les OGM, etc. Vous remarquerez que la commission a osé aborder le sujet des OGM en prônant des investissements massifs sur la recherche pour évaluer leur innocuité. Tout cela peut sembler dispersé mais il y a bien une cohérence d’ensemble et une confiance dans ce secteur.
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Le rapport prône une dérégulation des relations entre fournisseurs et grandes surfaces de distribution. N’y a-t-il pas eu des membres de la commission pour souligner le risque de déstabilisation des fournisseurs que sont les PME ou l’agriculture ?
Nous avons été quelques-uns à souligner ce risque et à bien faire sentir le déséquilibre qu’il pouvait y avoir entre les PME et la grande distribution. Mais le maître mot de la commission était la hausse du pouvoir d’achat des Français par la baisse des prix. Il s’agissait donc d’introduire plus de concurrence. Pour autant, il n’est pas question de « loi de la jungle ». Il doit y avoir de nouvelles règles. En ce qui concerne les rapports fournisseurs-distributeurs, la libéralisation évoquée fait surtout référence à la loi Chatel en cours de discussion. Elle apporte une souplesse de discussion à l’occasion du rapatriement des marges arrières vers l’avant, dans la négociation des prix de vente. Une autre marge de négociation porte aussi sur le contrat unique qui liera le fournisseur à son distributeur. Au delà, ira-t-on, dans les conditions générales de vente, jusqu’à la remise en cause du principe de non-discrimination des distributeurs par un fournisseur ? Ira-t-on également jusqu’à supprimer le seuil de revente à perte ? Cela nécessite beaucoup de prudence. Le rapport propose également de nouvelles protections. J’attire notamment votre attention sur la constitution d’organismes économiques de producteurs qui doit aider les petites entreprises à accroître leur compétitivité et leur pouvoir de négociation vis-à-vis de la grande distribution, dans le respect des règles de la concurrence.
Quels sont selon vous les points les plus positifs du rapport pour le monde agricole et agroalimentaire ?
D’abord, il est très intéressant de voir que l’agriculture et l’agroalimentaire sont largement abordés dans un débat de cette ampleur, sur la croissance du pays. Mais il est tout aussi intéressant, pour nos secteurs, de constater qu’ils sont les éléments d’un ensemble qui a aussi d’autres contraintes. Ce que dit le rapport sur les atouts de l’agriculture n’en prend que plus de valeur. En ce qui concerne l’avenir plus ou moins proche, il cite, explicitement, la chimie verte et son potentiel, l’énergie issue de la biomasse, l’importance des biocarburants et la nécessité de mobiliser les investissements de l’État sur les 2 e et 3 e génération. C’est extrêmement encourageant et mobilisant.